vendredi 1 mai 2026

Le petit bleu de la côte Ouest de J-P Manchette

Éditions Folio
★★★★☆

 Il n’y a pas longtemps, je suis tombée sur un post de Nicolas Mathieu vantant les livres de Jean-Patrick Manchette. J’avais très envie de découvrir cet auteur de polars. C’est donc fait et effectivement, c’est quelqu’un qui savait écrire. En fait, ce livre est plus qu’un roman policier : c’est l’histoire de Georges Gerfaut, homme ordinaire et sans histoires, poursuivi par deux tueurs genre pieds-nickelés pas très doués qui veulent lui faire la peau sans qu’il sache pourquoi. L’homme en question, assez coriace, va donc tenter coûte que coûte de leur échapper et il va en profiter pour quitter son travail de cadre commercial, sa famille et son train-train quotidien, comme si les tueurs lui offraient l’occasion inespérée de se barrer, l’excuse idéale pour quitter une vie qui l’ennuie. Bref, foutre le camp. Et donc d’un polar, on passe à une espèce de fuite existentielle complètement folle. Encore une fois, Manchette est doué : le vocabulaire est précis, varié, riche et les descriptions ultra-précises. L’effet de réel est garanti. C’est hyper-réaliste. Les phrases sont rythmées, elles claquent. Ça dépote là-dedans. C’est très cinématographique. Cadre années 70 garanti ! Pas de blabla sur les sentiments des uns ou des autres. La psychologie, c’est pas pour Manchette. On avance. Pas de chichis. Et quand ça tire, ça tire. Les références au jazz sont omniprésentes, Manchette étant un grand connaisseur en la matière. Ajoutez à tout cela de l’humour et vous y êtes.

Bref, si vous êtes prêt à vous lancer dans une course-poursuite effrénée sur un rythme jazzy endiablé, ce roman est fait pour vous.

J’ai beaucoup aimé.  


 

2 commentaires:

  1. Je confirme : " La psychologie, c'est pas pour Manchette ". C'en est au point qu'on en est décontenancé, pour ne pas dire démuni. Oui, démuni, c'est ça. J'avais lu, il y a très longtemps, " La position du tireur couché ". J'en garde une sensation de malaise. Ni sordide, ni glauque. Pire : quelque chose de l'ordre du vide sidéral. Manchette a du génie, je n'en disconviens pas et en même temps je n'y retournerai pas.

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  2. Je peux effectivement comprendre votre réaction. Mais pour le personnage de Gerfaut, ce point de vue externe convient assez bien me semble-t-il : il donne l'impression de gestes automatiques comme si la vie avait vidé l'homme de son humanité, comme s'il avait été anéanti par son travail et sa vie de famille. Il profite de la situation pour se lancer, sans réflexion, dans une espèce de fuite folle et insensée, qui est de l'ordre du réflexe de survie presque. J'ai trouvé que ce point de vue convenait assez bien au personnage. En plus, cela crée un certain mystère car on ne comprend pas forcément ses motivations.

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