Éditions Points
★★★★★
J’ai souvent entendu parler de cette autrice sans jamais l’avoir
lue : la curiosité l’a emporté et j’ai découvert :
« La chair est
triste, hélas !
Quel
texte ! Quel
uppercut ! Je
dirais qu’il m’a ouvert les yeux sur des
fonctionnements qu’on admet parce que personne ne les remet
vraiment en question après des siècles et des siècles de
patriarcat. Je peux dire que cet essai féministe m’a bouleversée.
Plus qu'une lecture, c'est une gifle, un réveil, une prise de
conscience. Il oblige à réfléchir, à réagir, à reprendre
possession de son corps, à refuser d’en faire une marchandise au
service des hommes. Il donne le courage de dire non quand on ne veut
pas. Et c’est immense.
Ovidie
raconte son histoire, celle d'une femme qui décide de faire une
grève des relations hétérosexuelles après des années de
déception, de lassitude et de souffrance. Elle refuse
l’asservissement du corps féminin au service du plaisir masculin.
«
J’ai repensé à ces innombrables rapports auxquels je m’étais
forcée par politesse, pour ne pas froisser les ego fragiles. À
toutes les fois où mon plaisir était optionnel, où je n’avais
pas joui. À tous ces coïts où j’avais eu mal avant, pendant,
après. Aux préparatifs douloureux à coups d’épilateur, aux
pénétrations à rallonge, aux positions inconfortables, aux
cystites du lendemain. À tous ces sacrifices pour rester cotée à
l’argus sur le grand marché de la baisabilité. À toute cette
mascarade destinée à attirer le chaland ou à maintenir le désir
après des années de vie commune. Cette servitude volontaire à
laquelle se soumettent les femmes hétérosexuelles, pour si peu de
plaisir en retour, sans doute par peur d’être abandonnées, une
fois fripées comme ces vieilles filles qu’on regarde avec pitié.
Un jour, j’ai arrêté le sexe avec les hommes.»
Ce
qu’elle souhaite alors ? Un échange doux, bienveillant,
tendre, un plaisir vraiment partagé, équitable, soucieux de
l’autre, de son plaisir, de son bien-être, de son consentement.
Pas forcément du sexe ! Pourquoi toujours du sexe ? Non,
de la douceur, des caresses, du peau contre peau.
À
partir de cette décision intime, elle démonte avec une lucidité
impressionnante les mécanismes qui régissent les rapports
hommes/femmes, les injonctions à rester désirable, à plaire, à
séduire, à se conformer à ce que la société attend des femmes.
Bien entendu, ces mécanismes de domination se mettent en place aussi
(surtout?) dans les rapports sexuels. «Ces
féministes, toutes des mal baisées ! Évidemment
que nous sommes mal baisées, c'est justement ça, le problème !
Pourquoi devrions-nous en avoir honte ? Ce serait plutôt à nos
partenaires de raser les murs ! Ils ont leur part de responsabilité
dans cette affaire, me semble-t-il. Je ne suis pas mal baisée parce
que je suis féministe, c'est absolument l'inverse : je suis
féministe parce que je suis mal baisée. »
Son
propos est très pertinent, tellement intelligent et sans tabou. Elle
est franche, honnête, dit ce qu’elle a à dire sans détour !
J'ai
admiré son courage. Il faut une sacrée force pour s'exposer ainsi,
sans chercher à édulcorer son propos ou à le rendre consensuel. Ce
livre percutant n'est pas un manifeste, c'est un témoignage, un cri,
un exutoire et c'est précisément ce qui le rend si puissant. Ovidie
met des mots sur des expériences pénibles que beaucoup de femmes
ont connues sans toujours oser les remettre en question par
tradition, par pudeur ou par peur de vexer les ego mâles.
Elle
interroge nos modèles amoureux et sexuels avec beaucoup de finesse,
d’humour et d’autodérision. Et quelle plume ! Son écriture
est vive, brillante, souvent drôle malgré la colère qui irrigue
chaque page et surtout d'une sincérité désarmante.
J'ai refermé ce livre avec la sensation d'avoir été secouée et
avec l'envie d'en parler autour de moi, de le faire lire.
Un
texte court, d'une densité incroyable, porté par une femme d'une
rare lucidité, qui ose dire tout haut ce que beaucoup pensent tout
bas.
J’espère
que ces prises de position changeront les mentalités.
Une
lecture plus que nécessaire et, pour moi, un immense coup de cœur.