Au début, j’ai râlé: je déteste les biographies romancées. Quand je m’intéresse à la vie d’une personne, j’aime que ce soit le plus proche possible de la réalité. Or, Simonetta Greggio, l’autrice, ne parle pas un mot de polonais, les documents qui existent sur Simona Kossak ne sont pas traduits et en plus, il y en a peu. S’ajoute à cela le fait que les Polonais qu’elle a rencontrés ne parlaient que polonais. Bref, l’autrice s’est donc retrouvée avec des « blancs » qu’il a fallu combler. Premier grincement de dents.
Ensuite, l’écriture : aïe, les phrases nominales en veux-tu en voilà, les subordonnées sans principale… aïe aïe aïe, la vieille prof que je suis à deux doigts de faire un malaise...
Et puis, et puis… le charme a opéré et je me suis laissé porter non seulement par le portrait qui est fait de Simona Kossak que j’ai adoré(e) (é pour le portrait, ée pour la femme.) Oui j’ai beaucoup aimé ce livre : le ton de l’écrivaine, une femme engagée, qui aime son sujet (et cela se sent à chaque page), qui dit qu’elle ne sait pas lorsqu’elle ne sait pas (alors que tout se trouve sur Google maintenant.) J’ai aimé sa franchise et son naturel, sa spontanéité et sa sensibilité.
Quant à Simona Kossak, j’en suis devenue folle. C’était une femme incroyable, hors norme, une biologiste zoopsychologue, issue d’une famille aristocratique de Cracovie, qui a vécu toute sa vie dans une maison sans eau ni électricité au coeur de la forêt primaire de Białowieża avec des animaux qu’elle avait recueillis et soignés. Les photos qui illustrent ce livre sont époustouflantes : on la voit allongée au sol tandis qu’une énorme laie occupe tranquillement le lit ou bien se reposant près d’un arbre, une femelle lynx endormie sur elle. Le bandeau la représente marchant dans la forêt avec un panier, suivie par cinq chevreuils. On a l’impression d’être dans un Disney ou une photo générée par IA tellement c’est incroyable. Elle fait très jeune. Elle ressemble à un mixte de Carson Mc Cullers et Fifi Brindacier. Comme le dit la 4e de couv’ : « Elle n’a jamais écrit de manifeste : sa vie en tient lieu. »
Cette biographie est le livre le plus fort que j’aie lu depuis longtemps, fort dans le sens où j’ai eu le sentiment qu’il résonnait au plus profond de moi. Je pensais tout le temps à cette femme Simona Kossak qui me fascine complètement. Il y a des gens à qui on voudrait ressembler. Eh bien moi, j’aimerais être Simona Kossak, partager cette communication incroyable avec les animaux, connaître, aimer et voir la nature comme elle la voit et comme elle la vit.
J’ai eu du mal à reposer ce livre et à lire autre chose. Et le plus drôle, c’est que je me suis plongée dans des entretiens de Claudie Hunzinger que j’aime beaucoup : « Forêts d’écriture » chez Arthaud où elle parle de sa forêt des Vosges mais aussi de… Białowieża…
Lisez « Le Souffle de la forêt », rencontrez Simona Kossak… C’est une expérience vraiment très forte, croyez-moi !