Je n’ai pas aimé ce film : je n’ai pas cru une seconde à cette caricature d’écrivain mignonnet aux petites lunettes. Je n’ai pas cru non plus à cette histoire de petit-bourgeois parisien photographe gagnant trois mille euros par mois abandonnant tout (famille, métier, appartement…) pour une dégringolade sociale… Mais ce qui m’a le plus énervée, c’est que l’on cherche à nous tirer des larmes parce que le pauvre chéri doit démonter un meuble IKEA ou arracher six buis sur un balcon pour dix balles de l’heure. N’oublions pas quand même que le néo-écrivain ne se jette pas dans le vide et qu’à tout moment il peut dire STOP et reprendre son appareil photo et ses trois mille euros par mois. Il saute, oui, mais avec un solide parachute qu’il ouvre quand il veut. Et ce n’est pas tout à fait la même chose pour les travailleurs qui bossent pour le même prix parce qu’ils n’ont pas le choix. L’écrivain a décidé (le temps qu’il voudra) d’être pauvre. La sociologue Rose Lamy parle de « tourisme social » et c’est exactement ce que j’ai ressenti en voyant ce film. Paul est en mode safari au pays de la misère. Résultat : sa (pseudo) pauvreté finit par être une posture. Et l’on n’est pas loin de l’imposture.
Ce qu’il s’inflige pour sa crise de quadra, c’est le quotidien d’un nombre incalculable de gens qui se tapent des boulots précaires et très mal payés toute leur vie. Il est loin d’être Souleymane, esclave moderne broyé par l’uberisation du marché du travail non par choix mais par nécessité, sans plan B, sans amie qui prête un studio, sans papa qui vient prendre des nouvelles et donner sa bague en or, sans ami qui invite au restaurant et peut filer de l’argent s’il faut, sans médecin de famille avec qui on est à tu et à toi. Bref, sans filet de sécurité.
Quel est le message du film ? Que c’est dur, beau, courageux et vertueux de renoncer à trois mille euros par mois par amour de l’art ?
Faut-il applaudir un rêve de bobo en quête de sens, en mal de considération et qui veut raconter sa vie de pauvre pour devenir encore plus riche ?
Bref, déserter pour s’enrichir (encore plus) ou se valoriser ?
On a bien envie de lui envoyer le livre d’Anne Humbert : « Tout plaquer : La désertion ne fait pas partie de la solution mais du problème » (éditions Le Monde à l’envers.) Une petite lecture qui lui rafraîchirait les idées !
Lire l’excellent article de Rose Lamy dans le magazine Frustration @frustrationmagazine ou sur IG