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mercredi 30 septembre 2026

Je change de nom de Christine Angot

Éditions Flammarion
★★★★★

 Je les entends déjà les rageux et leurs sempiternelles jérémiades : « Ouais, Angot, elle ne parle que de ça... » Ben oui, bichettes, vous voulez quoi exactement ? Qu’elle vous raconte une merveilleuse histoire pour que vous fassiez de beaux rêves ? Non, mes chéris, la fiction n’est pas pour Angot. Elle a beaucoup à dire du réel et elle se sert de mots précis, vrais, justes pour révéler ce qui se joue en réalité dans les conventions sociales, le patriarcat et la filiation, mécanismes totalitaires et oppressifs qui vont jusqu’à permettre aux hommes de s’emparer du corps des femmes en toute impunité.

Il faut les entendre les mots qui gênent, histoire qu’on ne transforme pas la victime en coupable, c’est si vite arrivé !

Donc Christine change de nom. On la comprend. Porter le nom de son violeur de père, c’est compliqué. Elle sera Schwartz maintenant, ce qu’elle a toujours été dans le fond. Elle portera le nom de sa mère Rachel et s’inscrira ainsi dans cette lignée de femmes dont elle vient et pour lesquelles les pères n’ont pas été très présents, des femmes dominées, qui ont subi et se sont tues.

Elle, Christine, ne se taira pas. Ses mots sont forts, criés, écrits en majuscules parfois. Ils ne sont pas violents, ils sont justes. Enfant, elle devait dire que son père était mort ou en voyage. C’était la honte une mère seule avec une gosse. Une mère, même abandonnée par un homme qu’elle aimait, est coupable.

Elle raconte comment sa mère a supplié son père de reconnaître sa fille pour qu’elle porte son nom. Il a fini par accepter mais il le lui a fait payer. Il l’a violée. C’est le « deal », « la compensation ». Elle a treize ans, sa mère est heureuse, sa fille va enfin porter le nom de son père, ce nom qui la protégera contre tout. Le père, lui, viole sa fille, façon de lui signifier qu’elle n’est toujours rien pour lui.

Quitter ce nom, le nom de l’agresseur, c’est pouvoir choisir qui on est et d’où l’on vient. Elle s’interroge ici sur la question de la transmission, la manière dont on impose un nom, une identité. Tout est toujours affaire de pouvoir. En effet, porter un nom signifie aussi porter une histoire, des valeurs que l’on n’a pas choisies. C’est une forme de domination. Je te nomme, tu dois te soumettre et exister à travers ce nom que je te donne, autrement dit, à travers moi. Quand ce nom est celui d’un violeur, c’est impossible.

Rien n’effacera le passé, elle a été Angot, c’est son nom d’écrivaine. On ne se débarrasse pas comme ça de ce qui a été. Ce qu’elle veut maintenant, c’est décider, choisir, prendre possession de ce qui la définit.

La question de l’identité est posée : Christine refuse qu’on lui impose un nom, un lieu où se tenir (voir son texte « La Nuit sur commande » chez Stock), une façon de penser. Elle revendique sa liberté. Son nom Schwartz, ses origines juives, sont ses choix à elle.

Après les attaques du 7 octobre 2023, se développe en elle un sentiment d’appartenance. Elle refuse d’apposer sa signature là où tout le monde signe. Elle fera ce qui lui semble être juste.

Christine Angot refuse les idées toutes faites, elle pense librement, par elle-même, que cela plaise ou non, dans tous les domaines et notamment en littérature : non, écrire ne soigne pas, non écrire ne fait pas du bien. Cela permet d’observer comment la société fonctionne, ce qui est à l’oeuvre, ce qui se trame. Elle dénonce les rouages, les mécanismes dans lesquels les femmes sont prises et qu’on ne discerne plus tellement ils font partie de la norme sociale.

Encore une fois et comme toujours un texte fort, puissant et nécessaire.


 

mardi 29 septembre 2026

Nous aussi d'Anne Godard

Éditions Actes Sud
★★★★★

 Au début, on a trouvé ce texte délicieux, bien confortable. Un univers douillet de bourgeois parisiens contents d’être ce qu’ils sont, là où ils sont, à la bonne place, au centre du monde, heureux. On les a presque enviés. Un peu détestés aussi. On s’est dit qu’ils en faisaient des choses, ceux qui avaient des sous. Ils mangeaient bien, fréquentaient les bonnes écoles, les grandes facultés, faisaient trois pas pour aller chez le médecin et au musée, ils s’amusaient bien ensemble, les frères, les soeurs, les pères, les tantes, les neveux, les grands-mères, les oncles, tous, soudés, aimants, aimés. Quelle joie, quelle énergie, quelle force ! On est jaloux de ces gens-là, de ce « on » martelé qui fait battre le coeur de ce grand corps unique, nous qui n’en sommes pas. On goûte avec un plaisir infini le nom des belles choses et des bons mets, les paysages de livres d’images.

Il y en a qui ont de la chance…

Et puis, soudain, ce « on » fatigue, il est trop présent, presque étouffant. On a envie de sortir, de prendre l’air, on étouffe. On ne veut plus être prisonnier de ce pronom qui nous englobe, qu’on le veuille ou non. On se sent piégé. On veut respirer, être libéré. On pose le livre pour aller marcher. On le reprend avec une sensation de malaise. On ne sait pas si on l’aime finalement, ce livre. On ne sait pas trop où il veut en venir, où il nous mène. On s’y replonge un peu tendu, sur ses gardes.

Et l’on comprend. On s’en doutait. On en parle beaucoup en ce moment.

On en ressort épuisé, vidé. On irait bien se coucher.

On a évidemment lu un grand livre. Un peu éprouvant quand même. On le relira peut-être un jour.

Finalement, on est bien content de n’être pas de ces gens.



 

dimanche 27 septembre 2026

Le Palais de F.-H. Désérable

Éditions Gallimard
★★★★★

 Désérable est bien le seul écrivain au monde à me donner envie de grimper jusqu’au Machu Picchu, d’aller faire un tour en Iran, d’assister à un match de hockey ou de découvrir les vins de France et de Navarre, moi qui n’aime ni les voyages, ni le sport et encore moins le vin (sauf le Gewurztraminer vendanges tardives, là je craque...)

Bref, c’est un magicien ce Désérable : ses passions sont communicatives et en deux temps trois mouvements me voilà sous le charme...

Et bien sûr, son dernier roman m’a ré-ga-lée. S’il est extrêmement doué pour les récits de voyage, il l’est tout autant comme romancier : il n’a peur de rien et se lance dans une histoire complètement folle, une vraie épopée, qui nous transporte de la Bourgogne à New-York, de Guazipur en Inde à Hiva Oa dans l’archipel des Marquises, et l’on rencontre des types improbables dont il fait des portraits extraordinaires… Ah l’art du portrait chez Désérable ! Même les personnages secondaires ont un relief exceptionnel et sont inoubliables : qu’ils soient loueur de caves ou barbier-hawaladar le moins cher de New-York, ils sont extrêmement hauts en couleur!

Et Désérable de nous raconter, et chaque ligne est emplie de ce bonheur, de cette jubilation de dire, de décrire, de nous balader, de nous surprendre… Il s’amuse, tire ses ficelles, il est drôle, cinglant, vif, malicieux, plein d’invention. Il nous embarque dans son petit théâtre romanesque, joue avec les mots, les situations, avec les codes du récit et bien sûr, avec notre curiosité qu’il titille sans cesse !

Car chez Désérable, rien n’est tout à fait là où on l’attend. Il suffit d’une rencontre pour que le récit bifurque et nous entraîne ailleurs. Et l’on se laisse faire avec délice. C’est ça aussi son talent : nous faire accepter toutes les situations, même les plus invraisemblables, car tout est raconté avec un tel bonheur, une telle aisance et tellement de précision que l’on finit par y croire, comme si nous étions redevenus des enfants lisant un conte.

Et je n’ai pas parlé de la sensualité des ses descriptions ….

Ah ça pétille, ça swingue, ça déménage. Quel rythme ! On n’a pas le temps de souffler que nous voilà repartis et l’on aimerait ne jamais quitter ses personnages ! Il est brillant, Désérable, vraiment brillant. Qu’est-ce qu’on se régale !

Je ne vous raconte pas l’histoire, vous la découvrirez par vous-même avec un immense plaisir et croyez-moi sur parole, c’est du Dérérable, donc c’est du bon.

Allez, ruez-vous sur ce livre !



 

mercredi 16 septembre 2026

La solitude des professeurs est infinie de Yannick Haenel

Éditions Gallimard
★★★★☆

 Je ne sais pas ce qui m’a pris mais clairement, j’ai eu l’impression de me fourvoyer. De cogner à la mauvaise porte. Le titre peut-être… Je m’attendais à un bouquin genre « Entre les murs ». Mais évidemment que Haenel n’est pas Bégaudeau. Je voulais être dans la classe, voir les élèves, entendre les cours, noter ce qui marchait, je voulais le voir se planter et comment lui, le prof, s’en tirait pour réajuster le tir. Et je râlais, je râlais… Je trouvais tout archi-caricatural : l’administration, les collègues, les deux trois cours dont il parlait vraiment, la poésie qu’il effaçait petit à petit... ah ah, j’ai bien ri. C’était ça son cours de littérature ? Ah, ah ! Et la grammaire alors, l’orthographe, les rédactions, il s’y prenait comment le gars Haenel ? Là, plus personne, hein. Et lui, le prof, complètement lunaire, bien à côté de la plaque, à deux doigts de l’internement, je me disais : mon pauvre gars, quand t’es pas archi-normal dans un établissement scolaire, tu te fais bouffer, pas étonnant que t’en sois là ! et ses descriptions du camaïeu marron crème orangé des feuilles et l’évocation des fougères pour rejoindre son antre de classe, ah ah, à l’ouest le type, et son mystico-romantisme à la noix. Grave, le gars, grave. Vaut mieux qu’il raccroche et qu’il entre à l’asile.

Mais qu’est-ce qu’il avait écrit pour que tu t’empêches d’aimer ce livre ? Qu’est-ce qu’il t’avait fait pour qu’il t’énerve à ce point ?

Et soudain, soudain, vers la fin du roman, quand il a fait monter le chien à la place de la fille, là, précisément, là, tu t’es dit : détends-toi ma grande, t’es pas à l’E.S.P.E là ! Honnêtement, ce gars, t’aurais adoré l’avoir comme collègue, détends-toi espèce de vieille prof grincheuse, tu voulais peut-être qu’il te refile sa progression ? Arrête ta mauvaise foi, tu l’as bien aimé ce type qui dit qu’un cours c’est de la vie, de la passion et que s’il n’y a pas ça, du vivant, il n’y a rien et c’est comme si le cours n’avait pas eu lieu. C’est toujours comme ça que tu fais, depuis trente-sept ans, tu donnes de toi, de la vie, de ta vie. Avoue que tu as aimé le suivre dans ses délires, tu as adoré sa classe de fougères et ses lumières folles, quelle joie tu as ressentie quand il a pété le vase pour que quelque chose de nouveau renaisse et comme tu aurais aimé discuter littérature avec son pote Pierre-Yves dans la vieille bagnole. Tu as même noté les titres des bouquins.

Avoue combien tu as aimé qu’il te fasse rire de toute cette mascarade.

Certaines rencontres peinent à se faire, on ne sait pas toujours pourquoi. C’est ça la magie de la littérature. Mais quand elles ont lieu, survient quelque chose de magique, comme un éblouissement, et c’est merveilleux.


 

dimanche 13 septembre 2026

Fjord de Cristian Mungiu

★★★☆☆

 J’ai quelques réserves au sujet du film « Fjord » qui a remporté la Palme d’Or 2026. Rien à dire sur le jeu des acteurs. En revanche, le message du film me gêne un peu. Deux mots sur l’histoire : une famille roumaine vient s’installer au bord d’un fjord en Norvège. Ils ont cinq enfants. Lui (Mihai) est informaticien, elle (Lisbet), aide-soignante. Ils sont très croyants, quasi intégristes et élèvent leurs enfants de façon très traditionnelle : prières régulières, lectures de la Bible, récitations de passages bibliques, obéissance absolue aux parents sinon fessée, points distribués pour leurs bonnes et mauvaises réponses au catéchisme dispensé par le père, piano, chants religieux en compagnie de gens de la paroisse, lectures, éducation stricte sans jeux vidéo ni téléphone portable. Ils sont très humains, très empathiques, gentils avec tout le monde, prêts à aider, à rendre service. Une vraie petite famille Amish bien organisée. Personne ne bronche là-dedans. Des gens dévoués et des gamins bien éduqués.

Mais les parents vont être accusés de battre leurs enfants. Le film ne dira pas si c’est le cas, le père avouant seulement quelques fessées.

De l’autre côté, la Norvège progressiste en prend un sacré coup avec une peinture froide et complètement caricaturale d’une Aide Sociale à l’Enfance à la fois inhumaine et sans empathie aucune qui retire violemment les enfants à leurs parents, sans preuves et pour des raisons qui semblent relever plus d’une forme de xénophobie qu’autre chose. La justice ne s’en sort guère mieux : l’avocat de l’Aide à l’Enfance étant présenté comme un être glacial ; quant à l’école laïque,

bornée, elle ne supporte pas que quelqu’un -Mihai en l’occurrence- joue par inadvertance un petit air de musique religieuse sur un piano, et surtout, elle s’empresse de dénoncer cette famille, sans savoir et sans comprendre ce qui s’y passe vraiment. Les voisins (le directeur de l’école et la future avocate des accusés) ont pourtant des côtés plutôt sympathiques mais leur fille, un brin hystérique et contestataire, a tendance à détourner les enfants roumains du droit chemin en leur faisant prendre des risques : sauter par la fenêtre, faire du bateau la nuit, tenter une fugue (mais ouf, les enfants-roumains-bien-élevés-et-droits-dans-leurs-bottes sauront refuser), fille non soumise à son père (dont une scène suggère rapidement qu’il est peut-être incestueux), fille dont on devine qu’elle entraîne la gamine roumaine vers l’homosexualité. J’ajoute aussi que ce n’est qu’en la présence de Lisbet que le grand-père handicapé vivant chez les voisins parlera enfin et c’est encore à Lisbet (capable d’écoute, elle!) qu’il confiera ses dernières volontés. Au sein de la famille, il reste muet (personne pour communiquer avec lui,) et seul (il finira placé dans un EHPAD malgré Lisbet (encore elle!) qui souhaiterait continuer à s’occuper de lui.) Bref, le pays le plus démocratique du monde n’est pas beau à voir. Ainsi, il m’a semblé que dans ce film, du côté norvégien, tout est caricaturé à l’extrême : les institutions, la justice, les gens...

Même la géographie avec les avalanches à répétition et les montagnes jusqu’au ciel n’aide pas à s’y sentir bien.

Au contraire, Mihai et Lisbet catholiques intégristes (interprétés par les deux acteurs les plus connus du film : Sebastian Stan et Renate Reinsve) et possiblement maltraitants apparaissent comme les pauvres victimes d’une société occidentale moderne pervertie qui marche à l’envers, met les gens en prison pour quelques fessées (qui n’ont jamais tué personne, hein, c’est bien connu), qui laisse les gamins s’abrutir avec les portables et les jeux vidéo, parler de sexualité en classe et sortir la nuit pendant que les parents boivent du vin, langoureusement assis sur un canapé bien douillet. Bref, du grand n’importe quoi qu’il faut quitter très vite si l’on veut élever correctement ses enfants.

La sympathie du spectateur va naturellement du côté des Roumains, les seuls à avoir un peu de coeur et d’humanité dans ce pauvre monde de gens insensibles, sans empathie, aussi réfrigérants et froids que leur pays ...

Autrement dit, loin d’être équilibrée, la balance penche à mon avis trop nettement d’un côté et cela m’a gênée. Dommage que la société norvégienne et notamment ses institutions soient caricaturées à ce point et décrédibilisées.

Et vous, qu’en avez-vous pensé ? Avez-vous eu la même lecture que moi ?


 

samedi 12 septembre 2026

C'était ça ou mourir de Thélyson Orélien

Éditions Grasset
★★★★★

Je suis très émue au moment de rédiger cette chronique parce que même s’il est écrit « roman » sur la cinquième page, je sais, hélas, qu’il y a bien peu de fiction dans ce texte.

Jonas Dorléon, professeur d’histoire-géographie à Port-au-Prince, est contraint de fuir lorsque son quartier de Carrefour-Feuilles est ravagé par la violence des gangs. On le sait, Haïti va mal, très mal. Les affrontements armés sont quotidiens et les gens n’ont qu’une solution : fuir. Comme le dit le titre du roman : « C’était ça ou mourir ». Sa maison a brûlé comme de nombreuses maisons dans ce quartier populaire. Bref, pas le choix : Jonas part sans rien, avec un simple sac contenant quelques objets : un diplôme, un slip, une photo de sa mère, un carnet de poèmes.

Commence alors un périple infernal, une lutte pour la survie, à travers plusieurs pays, de la République dominicaine au Brésil, du Darién (zone de forêt et de marais entre la Colombie et le Panama, une des plus dangereuses routes migratoires du monde) au Mexique, des États-Unis au Canada.

Sortir vivant de ces espaces souvent parcourus à pied et très mal chaussé relève du miracle. Les descriptions de l’auteur rendent parfaitement l’effroyable traversée de ces routes migratoires où beaucoup laissent leur vie.

À chaque poste-frontière où l’inhumanité est la règle (à croire que les notions d’empathie, d’accueil et de fraternité sont proscrites et sévèrement condamnées), Jonas perd chaque fois un peu de lui-même : ses repères, son statut, ses certitudes, son identité, sa dignité. Qui est-on quand on est réduit à un numéro, quand on a perdu jusqu’à son nom ? Jonas est un migrant, oui, c’est le mot. Maintenant qu’il n’a plus de chez lui, maintenant qu’il est sur la route, il est livré à la peur, la faim, la soif, la fatigue, les humiliations et la violence. Heureusement, il y a aussi l’entraide, le mince espoir qui fait mettre un pied devant l’autre et le rire de Jonas, parfois au cœur même des situations les plus terribles et ce rire est une façon de résister, de tenir à distance l’horreur du quotidien.

Jonas n’a plus rien, juste un sac en plastique à moitié vide, métonymie de lui-même, mais il a encore son rire. Je n’oublierai jamais le rire de Jonas, ce rire de la sidération, du désespoir, de la terreur devant sa maison qui brûle. Quand je relis les magnifiques premières pages de ce roman et que je repense à tout ce que le personnage va devoir affronter pour échapper à la mort, j’ai juste envie de pleurer.

Alors évidemment, on pourrait pinailler sur l’écriture, parler des zeugmas, des phrases nominales et des rythmes ternaires trop nombreux et trop systématiques mais honnêtement, pour une fois, j’ai plus envie de m’attacher au fond qu’à la forme, simple question de respect pour ce qui est raconté ici.

Un texte inoubliable.


 

dimanche 6 septembre 2026

Rouges-Truites de Pierric Bailly

Éditions P.O.L
★★★★★

 Je viens de vivre une expérience incroyable, hors du temps, hors de l’espace qui m’entoure : je suis morte, harassée, exténuée, vidée, claquée… La rentrée scolaire ? Même pas. La lecture du dernier roman de Pierrick Bailly. Mais là, franchement, c’est une expérience incroyable à vivre, quelque chose de complètement fou. Je ne vivais plus parmi les miens, je vivais complètement avec les personnages de l’histoire. Entièrement, pleinement, corps et âme avec eux. Parce que ces personnages, ils sont terribles, si forts, presque magiques. Et Pierrick Bailly est un génie, le génie du récit : il raconte, il vous harponne, vous attrape, vous cueille. Ses sortilèges vous aspirent. Pire que les sirènes ! Vous êtes pris dans ses filets. Captif, pieds et poings liés. Vous pouvez toujours vous débattre, impossible de vous échapper. Il est le conteur le plus génial qui soit. Il s’empare de vous, de votre vie, de vos occupations et il y met ses mots, ses lieux, ses inventions. Vous êtes littéralement sous emprise. C’est ça, j’étais sous emprise, j’avais perdu ma liberté. Et c’était passionnant. Seuls m’intéressaient les mots de ses personnages, leurs phrases, leurs silences, leurs récits, leurs histoires qui m’enveloppaient totalement. Quel roman extraordinaire, terrible, fou, inoubliable ! Quel conteur ce Pierrick Bailly, quel talent… Il me faut redescendre sur terre maintenant… Tristesse...

Allez-y, vous verrez, ça commence gentiment, ça n’a l’air de rien et clac, vous êtes pris et et et…

Immense mais immense bonheur de lecture…

(Je ne vous ai volontairement rien dit du livre… Ne lisez RIEN sur l’intrigue avant, gardez le plaisir pour vous.)