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samedi 13 décembre 2025

Le voyage à Paimpol de Dorothée Letessier

Éditions L'Imaginaire/Gallimard
★★★★★

 Merci à celui ou à celle qui m’a parlé de ce « Voyage à Paimpol » et permis de découvrir une personnalité très attachante : une vraie copine, drôle, vivante, féministe, engagée, militante, généreuse, sensuelle, libre, sans tabous. Son visage apparaît page 6 : elle ressemble à Bretécher, elle est belle, pétillante, vive. Un petit topo nous informe qu’elle a fait des études de lettres dans les années 70 et, par militantisme, est allée en Bretagne travailler dans une usine pour découvrir le monde ouvrier. Dans le texte, le personnage, Maryvonne, semble être l’alter ego de l’autrice. Elle décide de partir et quitte l’usine, son mari, son gosse, bref, toute l’aliénation du quotidien. Pas pour faire le tour du monde, non. Pour aller à quarante kilomètres de chez elle, en car. Elle se barre, se casse, se tire, s’arrache. Pour respirer. Prendre un bol d’air. Faire une pause. Juste quelques jours. Mais c’est comme une aventure dans laquelle elle découvre l’émerveillement (et l’effarement) face à cette liberté qui s’offre à elle : dormir à l’hôtel, se faire servir, aller chez le coiffeur, au café, marcher n’importe où, lire, dormir, rêver, délirer. Tout lui revient : l’usine, le mari, l’enfant. Le passé se mêle au présent. Dans le fond, il n’y a pas tant de coupure que ça. Pas facile de s’émanciper. L’ennui gagne parfois. Rien n’est simple. Les hommes la regardent, l’accostent, les femmes l’envient. Que fait une femme seule dans la rue, sans gosse et sans mari ? Est-elle à sa place ? Visiblement pas. La place d’une femme, c’est sa maison. Y retournera-t-elle ? Peut-être… Peut-être pas…

Un texte très moderne (et pourtant écrit il y a plus de 40 ans) et un magnifique portrait de femme.

J’ai adoré.

(préfaces de Maylis de Kerangal et de Rebecca Zlotowski)

                                                              




 

dimanche 7 décembre 2025

L'oreille absolue d'Agnès Desarthe

Éditions de l'Olivier
★★☆☆☆

 « L’oreille absolue » est un conte de Noël plein de bons sentiments et de gens malheureux et très gentils qui ne méritent pas ce qui leur arrive mais ce jour-là, il ne leur arrivera rien, parce que ce jour-là, personne ne meurt.

En fait, ce texte est une commande de la Scène Nationale de Dunkerque pour une résidence d’auteur appelée « Histoires en série » qui a donné lieu à un spectacle théâtral.

Le risque de ce genre de contrainte imposée, c’est toujours le petit côté « exercice de style », généralement plus plaisant à écrire qu’à lire.

Ici, le dispositif narratif est simple : le lecteur découvre petit à petit les membres d’une harmonie municipale qui se prépare pour le concert de la fête de Noël, un jour où il n’y aura pas de mort parce que c’est un moment béni et un peu hors du temps où chacun échappe au pire. On peut y voir une dimension symphonique ou polyphonique : on passe de l’un à l’autre et l’on découvre ce qui les relie vers la fin du texte.

Il s’agit donc d’un conte avec des personnages contemporains et des problématiques actuelles.

Or, le genre du conte suppose que les personnages soient des archétypes. Ils ont un rôle défini, sont gentils ou méchants et ne possèdent pas d’épaisseur psychologique. Ce sont, comme le disait Barthes, « des êtres de papier ».

Et c’est précisément ce qui me gêne dans les contes dits « modernes », à savoir que l’on tombe très vite dans la caricature alors que l’on s’attend (moi en tout cas), à cause peut-être de ces personnages qui nous ressemblent, à des analyses plus profondes, plus nuancées. On serait tenté de s’attacher aux personnages, de les suivre dans les méandres de leur pensée et de leurs contradictions, mais on se retrouve avec des êtres secs, stéréotypés et donc superficiels. Évidemment, on n’y croit pas une seule seconde. Normal, vous me direz puisque c’est un conte. Oui mais moi, je trouve que ça ne fonctionne pas.

J’ai fini par mélanger tous les personnages, ne plus savoir qui était qui et finalement ce n’est pas très grave car le but de ce travail d’écriture est de survoler tous les acteurs de cette harmonie, de passer rapidement de l’un à l’autre et de faire en sorte qu’ils se retrouvent tous à la fin pour jouer un concert de Noël.

Le texte est bien écrit avec un très joli refrain poétique qui revient au début de chaque chapitre mais honnêtement, je l’ai trouvé un peu gnangnan et finalement sans grand intérêt. Je me suis ennuyée. Cela dit, visuellement, j’imagine qu’on peut faire un spectacle assez sympa avec ce texte polyphonique, ces personnages qui s’entrecroisent, disparaissent puis réapparaissent. Une sorte de ballet… J’imagine quelque chose comme ça.

Bref, les bons sentiments, c’est pas mon truc, les contes de Noël non plus, et encore moins avec des personnages contemporains.

PS : La couverture est superbe : « La Falaise de la Grève Blanche » de Félix Vallotton. J’adore Félix Vallotton.