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mercredi 20 mai 2026

Voir venir de Lucile Novat

Éditions du sous-sol
★★★★★

 Lucile Novat frappe très fort avec « Voir venir » : un excellent premier roman singulier, original et très vivant. Dès les premières pages, on sent une tension sourde, presque invisible, qui ne cesse de croître et l’on avance dans ce récit comme dans un couloir mal éclairé, avec la sensation qu’un danger rôde derrière chaque porte que l’on pousse comme on tourne la page pour entrer dans un nouveau chapitre.

Le décor participe énormément à cette impression : l’histoire se déroule à la Maison d’éducation de la Légion d’honneur de Saint-Denis, établissement bien réel, fondé par Napoléon, réservé aux filles et petites-filles de décorés de la Légion d’honneur, de l’ordre national du Mérite ou de la médaille militaire et qui occupe l’ancien cloître de la basilique Saint Denis. Ce n’est pas rien quand même ! Imaginez : un pensionnat de jeunes filles en uniforme bleu et chemisier blanc, des règles strictes, un grand bal avec les cadets de Saint-Cyr, des bâtiments immenses, des canapés en velours, des portraits d’hommes médaillés aux murs. Le réfectoire, paraît-il, est orné d’un grand tableau représentant « Le Martyre de Saint Denis, de Saint Éleuthère et de Saint Rustique », œuvre du peintre flamand : Gaspard de Crayer. Bon appétit ! Saint Denis, terre de contrastes... avec plantée là au beau milieu du 93 une sorte de bulle figée dans le temps où les résultats au bac sont parmi les meilleurs de France...

Mais « Voir venir » n’est pas un énième roman sur l’école. Très vite, le récit glisse ailleurs : le pensionnat devient un lieu hanté, pas forcément par des fantômes au sens classique, mais par les héritages familiaux, les silences, les secrets et des violences qu’on préfère taire. Les murs semblent absorber les histoires des générations passées. Le réel se fissure peu à peu, et l’étrange s’infiltre partout : dans une odeur qui traîne, dans une nuit trop silencieuse, dans des histoires racontées entre filles, dans des visions qui prennent soudain une dimension inquiétante.

Au centre du récit, il y a Vanessa, surveillante de l’internat. C’est par elle qu’on entre dans ce monde fermé. Ancienne ado des quartiers populaires, un peu cabossée, elle observe les pensionnaires avec fascination autant qu’avec inquiétude. Elle veille sur Lou, Suzanne, Adèle et Yasmine, quatre adolescentes soudées, des filles brillantes, cultivées, impeccables en apparence mais traversées par des failles immenses. Derrière les uniformes et les bonnes manières, chacune porte ses blessures : des deuils, des traumatismes, des familles éclatées ...

Lucile Novat, professeure en collège - poste d’observation idéal s’il en est - est très douée pour raconter l’adolescence. Ses personnages ne sont jamais caricaturaux : ses jeunes filles sont complexes, nerveuses, fragiles, parfois presque monstrueuses dans leurs excès, leurs colères ou leurs silences. Et c’est ce qui les rend si vraies. Elles parlent comme parlent les jeunes aujourd’hui, c’en est bluffant de vérité et donc de vie.

Le roman parle de sororité, de cette façon qu’ont certaines adolescentes de vouloir se sauver mutuellement tout en risquant parfois de sombrer ensemble. À la vie, à la mort. Il interroge aussi ce dont on hérite sans l’avoir choisi. La médaille qui ouvre les portes de cette école prestigieuse devient peu à peu un symbole ambigu, presque lourd à porter. Derrière les récits glorieux des pères et des grands-pères apparaissent des histoires beaucoup moins héroïques : violences, domination, mémoire coloniale, secrets familiaux. « Voir venir » pose alors une question essentielle : qu’est-ce qu’on transmet vraiment aux générations suivantes ? Des valeurs ou des blessures qu’on refuse d’assumer ?

L’une des plus grandes réussites du roman reste son atmosphère. Lucie Novat mélange le roman social, le gothique, le fantastique et même l’horreur contemporaine avec une incroyable maîtrise.

Et puis il y a l’écriture : moderne, nerveuse, sensuelle. C’est une langue qui claque, qui pétille autant qu’elle enveloppe. Lucile Novat alterne des phrases courtes, tendues, électriques, et des passages plus longs, plus hypnotiques, qui donnent l’impression, dans cette impossibilité que l’on éprouve soudain à reprendre notre respiration, d’étouffer avec les personnages. On sent une vraie maîtrise du rythme et les images, souvent originales, inattendues et pleines d’invention, sont assez géniales...

«Voir venir » est de ces romans qui laissent une trace étrange après la dernière page. Un livre à la fois mélancolique, politique et hanté, qui parle des adolescentes, des femmes, des héritages familiaux et de tout ce qu’on tente de mettre sous le tapis sans jamais réussir vraiment à s’en débarrasser.

Un premier roman puissant, audacieux et habité, qui confirme l’émergence d’une voix littéraire singulière.


                                                                                   





 

dimanche 17 mai 2026

Selon toi de Marielle Hubert

Éditions P.O.L
★★★★★
(coup de coeur)

 Il est des livres que l’on admire « de l’extérieur » pour la finesse de leur écriture, l’intelligence de leur construction, la richesse de leur sujet. Mais il en est certains, plus rares, plus bouleversants, qui viennent, en plus, se loger au plus intime de nous-mêmes. Ceux-là ne se contentent pas d’être lus : ils nous lisent en retour. Ils mettent des mots sur nos silences, éclairent des douleurs que nous portions obscurément, révèlent des émotions longtemps demeurées sans nom. Alors quelque chose cède en nous. Chaque phrase devient une secousse, chaque page remue des strates enfouies de souvenirs et d’émotion. Ce n’est plus seulement une lecture : c’est une traversée intérieure, une déflagration secrète. Et l’on sait, avec une certitude presque douloureuse, que ce livre désormais nous accompagnera toujours - dans notre esprit, dans notre cœur, au fond de nos bagages. On y reviendra comme on revient à soi-même.

Alors voilà. « Selon toi » est pour moi un de ces livres. J’ose à peine dire de quoi il parle tellement cela revient à plonger dans ce que je suis. Vous me direz alors que je suis mal placée pour en parler. Non, rassurez-vous, c’est un livre remarquable, d’une beauté saisissante et d’une sensibilité rare pour tout lecteur même s’il est vrai que pour moi il va bien au-delà, au-delà des mots, au-delà du livre même.

Allons-y.

Le 7 mars 2022, Marielle Hubert apprend que la professeure de théâtre qu’elle avait lorsqu’elle avait douze ans, en 1995, à L’Espace Gérard-Philipe de Sartrouville, est morte. Personne ne l’avait prévenue. Qui l’aurait fait ? Elle voulait lui annoncer la parution de son premier roman chez POL. Elle était tellement fière de le lui dire. Mais elle est morte depuis huit mois. L’autrice est sidérée, violentée. Le mail envoyé lui revient. Delivery failure. Elle est morte depuis plusieurs mois celle qui était son amour absolu, total. Elle s’appelait Pascale Lemée et était son maître, son modèle, son idéal, celle qui fut à l’origine d’une révélation fondatrice : le théâtre et l’amour de la littérature, des mots des autres, celle qui la fit renaître, basculer vers quelque chose d’essentiel : la possibilité d’exister autrement, celle aussi qui aurait pu la faire sombrer tellement le don de soi n’est pas sans risque. « Les gens qui me connaissent connaissent aussi ton nom ils savent quand je dis Pascale Lemée que c’est un peu comme quand on dit « il était une fois ». Ils savent que ce qui va suivre tient du mythe des origines qui n’existe pas en soi comme chacun sait mais comme une borne, une pierre, un monument ancien à partir duquel on mesure toutes les distances de l’univers. »

Comme Internet ne garde presque aucune trace d’elle, Marielle Hubert entreprend de lui redonner chair par l’écriture. Elle va donc parler de cette femme, de ce qu’elle était, de ce qu’elle écrivait, de son travail de metteur en scène, de sa beauté, de son être, de ce qu’elle lui a apporté, de ce qu’elle attendait qu’elle lui donne à elle, l’amoureuse, l’adoratrice, la fervente, la dévote, la disciple, la fidèle, l’ardente, l’éperdue. Passion presque mystique de celle qui cherche à habiter l’être aimé autant qu’à être reconnue par lui. Peut-on parler d’emprise ? « À te voir, je sais que je suis arrivée où je cherchais à vivre, mais peut-on vivre dans quelqu’un ? »

« Selon toi » est ainsi bien davantage qu’un récit de mémoire. C’est une résurrection par les mots. Un tombeau littéraire au sens le plus noble : une offrande déposée à celle qui n’est plus afin que son nom continue de vibrer dans le monde. Mais c’est aussi un immense cri d’amour, un texte d’une sincérité vertigineuse où la gratitude se mêle au manque, où l’admiration devient presque une forme de foi. Peu de livres atteignent cette intensité-là. Celui-ci le fait avec une grâce bouleversante. On referme ses pages comme on quitte un lieu sacré, les yeux pleins de larmes et le cœur étrangement agrandi.


 

vendredi 15 mai 2026

Une forêt de Jean-Yves Jouannais

Éditions Albin Michel
★★★★★
(coup de coeur)

 Chef-d’oeuvre oui vraiment chef-d’oeuvre !

Voilà, j’ai tout dit. Et si mon blog existe, c’est précisément pour mettre en valeur des textes comme celui-ci, d’une très grande force et d’une très grande beauté tant par l’écriture que par le choix du sujet.

L’histoire commence en 1947. Un soldat américain de l’US Army, le capitaine et avocat Jacob Lenz, arrive à Brême pour travailler à la « Commission principale de dénazification », tribunal administratif dont la mission consiste à « signer et condamner les citoyens coupables d’avoir servi le régime hitlérien et… faire en sorte que la propagation dans le temps et l’espace d’éléments culturels spécifiquement nazis puisse être jugulée, et ce, définitivement. »

En effet, un mois plus tôt, le soldat avait reçu une convocation émanant des services de l’US Army Reserve pour une mission un peu mystérieuse dont, à son arrivée, il ne connaît toujours pas la nature.

Il s’installe dans un hôtel où vivent, dans un silence étrange, une femme et son fils. J’ai eu le sentiment de retrouver un peu l’atmosphère du « Silence de la mer » de Vercors. Peu à peu, la notion du temps semble s’effacer, donnant lieu à des errances fantomatiques dans un espace enténébré et ravagé par la guerre qui suscite chez Lenz malaise et interrogations.

Lenz va bientôt rencontrer ladite commission pour avoir plus d’informations sur sa mission...

Je ne vous en dirai pas plus pour conserver l’effet de surprise (ne lisez pas non plus la 4e de couv’), mais croyez-moi, vous ne vous attendez certainement pas à l’affaire dont il va être chargé.

L’écriture de ce texte m’a bouleversée. L’auteur parvient à créer une ambiance trouble, opaque, notamment dans l’évocation de ce soldat et de son rapport au monde, au paysage et aux êtres.

Le texte touche à la fois à l’absurde, parfois drôle (on pense à Gogol et à Kafka) et à la philosophie : il aborde en effet le sujet de la culpabilité, de la mémoire, de l’héritage idéologique et de la façon dont, après la guerre, les institutions travaillent pour garantir une réparation et une reconstruction du pays.

C’est remarquable de sensibilité et de finesse.

Un grand texte.  


 

mercredi 13 mai 2026

Femmes sur fond azur de Chantal Thomas

Éditions du Seuil
★★★★★
(coup de coeur!)

 Quelle merveille que ce livre ! L’écriture de Chantal Thomas est un délice, il n’y a pas d’autres mots. Elle manie la langue avec virtuosité et élégance et je la pense sans égale. Lire les mots de Chantal Thomas parlant des couleurs de la mer dans le Sud de la France, des nuances folles des fleurs et de la lumière, si vive et si franche, c’est immédiatement vous retrouver dans les rues de Nice ou de Menton, une fin d’après-midi d’été. Aucunement besoin de prendre le train, il suffit de lire pour voyager, sentir, rêver. Lieu commun, me direz-vous ? Ici, non. Ce livre est un voyage. Vraiment !

Mais portée par mon enthousiasme, j’en oublie de vous dire le sujet : l’autrice dresse le portrait de six femmes de caractère qui ont séjourné sur la Côte d’Azur où elle ont découvert la beauté, la douceur et surtout la liberté : Sophie Cruvelli, la reine Victoria, Marie Bashkirtseff, Katherine Mansfield, Colette et Jacqueline Thomas, la mère de l’autrice. Et croyez-moi, chaque portrait est passionnant, très vivant et l’on apprend une multitude de choses. Imaginez la Reine Victoria arrivant à Nice dans son train personnel avec son lit à baldaquin, ses tapis, ses miroirs, sa vaisselle, son cuisinier, ses dames d’honneur, ses courtisans, ses chevaux, ses chiens, son âne Jacquot… Quel personnage ! Elle occupera soixante-dix chambres de l’hôtel Excelsior ! Je repense aussi à Colette et à sa maison « La Treille muscate », à son amour de la vie, des « vrais longs étés », à sa recette de rascasse « au coup de pied » Extraordinaire ! Et Katherine Mansfield, si touchante, qui quitte Wellington pour vivre libre à Londres, échapper au carcan de sa condition de femme et qui tentera de soigner sa tuberculose à Menton...

Chantal Thomas a l’art de raconter en choisissant le détail qui va révéler la personnalité profonde de chacune. J’ai eu le sentiment de découvrir ces femmes pour la première fois tellement l’évocation est juste et intime.

La dernière personne évoquée est la mère de l’autrice, une femme peu maternelle, distante, toujours en mouvement, n’aimant pas la lecture et qui renaîtra à Nice après avoir déménagé suite à la mort de son mari. L’autrice regarde toujours cette femme, si différente d’elle, avec une curiosité bienveillante et le lien entre elles finira par se tisser dans une douce lumière de réconciliation.

Je voue une admiration sans limites à Chantal Thomas, si délicate et si pudique, si amoureuse du monde et de la joie incommensurable de le contempler.

Magnifique !


 

dimanche 10 mai 2026

Le Compromis de Long Island de Taffy Brodesser-Akner

 

Éditions Calman Lévy
★★★★☆

 Avec « Le Compromis de Long Island », Taffy Brodesser-Akner s’empare du concept de "famille dysfonctionnelle" et pousse le curser au maximun. En effet, chez les Fletcher, richissime famille juive new-yorkaise installée à Long Island, tout le monde est blindé de névroses, et l’argent ne règle absolument rien, bien au contraire : il permet juste de cacher les fissures derrière de vastes maisons luxueuses et des cuisines hors de prix.

Tout part d’un événement terrible : Carl Fletcher, directeur d’une usine d’emballage polystyrène créée par le grand-père rescapé de la Shoah, est kidnappé puis relâché contre rançon. Toute la famille en est extrêmement secouée mais au lieu d’affronter le traumatisme, ils décident de faire comme si de rien n’était. « L’enlèvement fut progressivement rabaissé à cela : une brève période où il y avait eu un dybbouk dans les tuyaux. Une gêne, un obstacle, un astérisque dans la légende familiale. Un moment où les choses avaient mal tourné, comme l’appendicite de Bernard, ou la Shoah. » La grand-mère dit à son fils que ce qui est arrivé n’a atteint que son corps et pas son âme : une bien mauvaise idée, évidemment car des années après, l’événement continue de contaminer leurs vies.

En effet, les personnages, très angoissés, souffrent de nombreuses névroses. Le fils aîné de Carl, Beamer, part en vrille totale et sa dépendance à la drogue et au sexe nous vaut des scènes hilarantes, peut-être les meilleures du roman ! Son frère, Nathan, essaie de tout contrôler jusqu’à l’implosion et Jenny, la petite sœur, révoltée contre l’héritage familial, cherche désespérément un sens à sa vie. Chacun gère son mal-être comme il peut, c’est-à-dire très mal.

L’humour juif drôle et mordant alterne avec des moments désespérés. On se situe entre Woody Allen et Philip Roth, dans une espèce de folle comédie satirique proche du vaudeville où les personnages sont toujours excessifs, ce qui rend le roman vivant, d’autant que la partie dialoguée est très importante. Derrière les disputes familiales, les crises existentielles et les échanges acides, le livre évoque surtout ce dont on hérite sans l’avoir choisi : les angoisses, les blessures, les silences.

Au final, « Le Compromis de Long Island », fresque ambitieuse dans la lignée des grandes sagas américaines, est une réflexion sur le poids de la réussite sociale, de l’identité juive et des traumatismes qui se transmettent de génération en génération. Et même quand les Fletcher deviennent exaspérants et que le texte s’enlise un peu, on continue de les suivre parce qu’au fond, leur chaos ressemble un peu au nôtre – mis à part les quelques billets de plus qu’ils ont sur leur compte en banque.




mercredi 6 mai 2026

L'autre moi de Franck Thilliez

Éditions Fleuve Noir
★★★★★
(coup de coeur!)

 Je ne sais pas sur quels critères on juge les qualités d’un roman policier mais si c’est sur le fait qu’on est obligé d’appeler une copine pour qu’elle vienne dormir à la maison parce qu’on a la trouille, eh bien on peut dire que c’est un polar plutôt efficace ! J’ai littéralement avalé ce dernier Thilliez en trois soirées : tant mieux pour la copine qui n’a pas été obligée de rester jusqu’à l’été ! J’ai été en effet littéralement cueillie par ce thriller psychologique très bien ficelé, à l’intrigue complexe et à la construction impeccable. L’histoire est bien menée avec des explications claires permettant de bien comprendre l’évolution de l’enquête et le souci constant de la part de l’auteur de faire des petits récap’ pour être sûr que le lecteur suive bien. J’ai apprécié.

Thilliez nous embarque ici au coeur de la forêt de La Grande Chartreuse, dans un site secret-défense ultra-protégé : Longepin, où travaillent des militaires et des chercheurs en neurosciences. Le lieu est certes magnifique mais on n’y fait pas ce qu’on veut, c’est le moins que l’on puisse dire. Sibylle s’y installe avec son compagnon, Erwann, docteur en neurosciences, qui a eu la chance d’être retenu pour travailler avec les meilleurs spécialistes dans ce lieu à la pointe de la recherche. Une super promo quoi !

Nous suivons parallèlement deux lieutenants de police de la PJ de Grenoble, Vic et Vadim, lancés sur une enquête plutôt sordide dont je ne vous dirai rien …

On retrouve les thèmes chers à Thilliez : la frontière mouvante entre rêve et réalité, conscience et inconscience, les questionnements sur l’identité et la mémoire...

« L’autre moi » est un polar totalement addictif qui nous plonge dans un monde hyper-oppressant et totalement effrayant. Le suspense terrible garantit au lecteur un endormissement tardif, un rythme cardiaque soutenu et des lendemains vaseux. Bref, un vrai page-turner qu’on ne lâche pas…

Vous êtes prêts? Alors… bienvenue à Longepin !

★★★★★


samedi 2 mai 2026

Spécimen de Pauline Clavière

Éditions Grasset
★☆☆☆☆

 Et vlan, je suis bien tombée dans le panneau : la radio, la presse, les réseaux sociaux en font des éloges dithyrambiques, Olivia de Lamberterie le porte aux nues, dans les couloirs du métro de larges affiches en vantent les mérites et Maxime Chattam (comme si Maxime Chattam était une garantie!) déclare sur le bandeau que c’est « du grand art ». Waouh, quel engouement ! Et moi, la bleue, la grosse bécasse, je cours chez le libraire tellement j’ai peur de passer à côté du livre du siècle ! Bref, j’ai perdu 24 euros et je prends la peine d’écrire vite fait cette chronique pour que vous ne tombiez pas dans le même piège que moi. En tout cas, bravo à l’éditeur pour son travail de com., il est réussi !

Maintenant, parlons littérature.

Que dire de ce livre ? C’est clairement un mauvais roman dont je n’ai pas grand-chose à dire. Deux mots quand même pour me justifier : il n’a pas de style (ce n’est pas le seul vous me direz!), oui mais quand même. Ni style, ni originalité dans la forme ni où que ce soit d’ailleurs. Chaque page sonne comme du remplissage au bulldozer tellement c’est répétitif. Cela entraîne donc des longueurs et des longueurs qui n’apportent rien et n’aboutissent à rien sinon rendre le livre artificiellement plus épais (et donc plus cher!) Il faut lire dix chapitres pour avoir un mince élément d’information. Rien de mieux pour tuer le rythme ! Les personnages n’ont aucun relief. Ils sont complètement stéréotypés et ne produisent aucune émotion. D’ailleurs, ce livre n’est pas habité, c’est un livre sans âme, sans nécessité. Le sujet -la pédocriminalité-, grave s’il en est, est traité de façon extrêmement superficielle avec quantité de lieux communs : du déjà vu, déjà lu, déjà entendu. Ce livre n’apporte rien de nouveau sur le sujet. C’est juste une perte de temps et d’argent.

Bref, fuyez !


 

vendredi 1 mai 2026

Le petit bleu de la côte Ouest de J-P Manchette

Éditions Folio
★★★★☆

 Il n’y a pas longtemps, je suis tombée sur un post de Nicolas Mathieu vantant les livres de Jean-Patrick Manchette. J’avais très envie de découvrir cet auteur de polars. C’est donc fait et effectivement, c’est quelqu’un qui savait écrire. En fait, ce livre est plus qu’un roman policier : c’est l’histoire de Georges Gerfaut, homme ordinaire et sans histoires, poursuivi par deux tueurs genre pieds-nickelés pas très doués qui veulent lui faire la peau sans qu’il sache pourquoi. L’homme en question, assez coriace, va donc tenter coûte que coûte de leur échapper et il va en profiter pour quitter son travail de cadre commercial, sa famille et son train-train quotidien, comme si les tueurs lui offraient l’occasion inespérée de se barrer, l’excuse idéale pour quitter une vie qui l’ennuie. Bref, foutre le camp. Et donc d’un polar, on passe à une espèce de fuite existentielle complètement folle. Encore une fois, Manchette est doué : le vocabulaire est précis, varié, riche et les descriptions ultra-précises. L’effet de réel est garanti. C’est hyper-réaliste. Les phrases sont rythmées, elles claquent. Ça dépote là-dedans. C’est très cinématographique. Cadre années 70 garanti ! Pas de blabla sur les sentiments des uns ou des autres. La psychologie, c’est pas pour Manchette. On avance. Pas de chichis. Et quand ça tire, ça tire. Les références au jazz sont omniprésentes, Manchette étant un grand connaisseur en la matière. Ajoutez à tout cela de l’humour et vous y êtes.

Bref, si vous êtes prêt à vous lancer dans une course-poursuite effrénée sur un rythme jazzy endiablé, ce roman est fait pour vous.

J’ai beaucoup aimé.  


 

jeudi 30 avril 2026

En attendant Godot de Samuel Beckett au Théâtre de l'Atelier

Mise en scène de Jacques Osinski
★★★★★

 Je suis allée voir la pièce « En attendant Godot » de Samuel Beckett au Théâtre de l’Atelier. J’ai beaucoup aimé la mise en scène de Jacques Osinski : le texte est respecté à la lettre, parfaitement dit et totalement incarné par des acteurs excellents : je pense notamment à Denis Lavant très impressionnant dans le rôle d’Estragon. Son visage ravagé, sa voix éraillée, son corps recroquevillé, ses doigts tordus composent un Estragon très émouvant et époustouflant d’humanité dans ses haillons et ses vieilles chaussures qu’il tente péniblement d’enlever. « Rien à faire » dit-il : les chaussures sont dures à enlever et la vie impossible à vivre… Denis Lavant colle au rôle, il est Estragon, un clochard-vagabond qui a froid, faim, oublie tout et veut partir. « On trouve toujours quelque chose, hein, Didi, pour nous donner l’impression d’exister ? » Tellement touchant dans sa fragilité et son besoin de consolation. Je n’imagine pas un autre acteur s’emparant aussi parfaitement de ce personnage.

J’ai beaucoup aimé aussi Aurélien Recoing dans le rôle de Pozzo : cet acteur a une très forte présence sur scène et une voix qui porte. Il donne une dimension stupéfiante au rôle de Pozzo, personnage fou et inquiétant qui tient attaché à une corde un Lucky joué par Peter Bonke, déchirant et tragique. Quel moment inoubliable que ce monologue fou et ce langage qui se désintègre et se répète comme si l’homme devenait une machine qui s’emballe. Sa performance est exceptionnelle. J’ai peut-être été un peu moins convaincue (là je chipote un peu) par Jacques Bonnaffé dans le rôle de Vladimir que j’ai trouvé moins puissant que les trois autres. L’homme me semble trop élégant, trop naturellement classe. Cela dit, Vladimir est l’intello du duo, celui qui sait et qui protège, celui qui parle aussi.

Le décor dépouillé est beau « Route à la campagne avec arbre, soir » et les chaussures d’Estragon qui restent à la fin au bord de la scène comme au bord du néant avec dans le fond l’arbre dépouillé laissent un tableau très fort. Malgré la situation tragique, malgré le désespoir, on rit (d’eux, de nous), on les regarde se débattre dans leur ennui et leur attente absurde, seuls et perdus, se demandant régulièrement s’ils vont se pendre, s’invitant à se donner la réplique, pour tenter d’exister, pour faire passer le temps. Un temps qui ne passe pas et qui chaque jour s’étire, se répète, toujours semblable, au point que les jours se confondent.

Il reste 3 représentations… faites vite !








 

mardi 28 avril 2026

Atlas inutile de Paris de Vincent Périat

Le Tripode
★★★★★
(coup de coeur!)

 Pas si inutile que ça l’« Atlas inutile de Paris », d’abord parce que l’on apprend plein de choses incroyables dans tous les domaines mais aussi parce qu’il fait rêver et donne de très bonnes adresses.

Saviez-vous, par exemple, qu’à Paris, un piéton marche en moyenne à 4km/h et qu’il faut par conséquent 15 minutes pour faire 1 km ? Le livre propose donc une carte du temps nécessaire pour parcourir à pied les grands axes : Bastille/République 21 mn, Gare de Lyon/Luxembourg 40 mn… Pas utile ça ? Plutôt que d’utiliser un ticket de métro à 2.55, allez hop, on marche et on économise ! Génial non ? Un peu d’histoire maintenant : enfin une carte avec les différents tracés des murailles de Paris selon les époques ! Comme Paris était minuscule sous Philippe Auguste ! Connaissez-vous le nom des poissons recensés dans la Seine, le tracé des ruisseaux disparus, les lieux d’où l’on peut apercevoir la Tour Eiffel, la liste des stations de métro abandonnées, savez-vous par où est passée la tornade du 10 septembre 1896, comment on numérote les rues ? Hé hé… voilà de quoi faire le malin lors de vos dîners parisiens !

Ce qui fait rêver ? Vous trouverez toutes les adresses parisiennes de Baudelaire : il y en a quand même 39, précisément répertoriées à la fin du livre. Tu fais quoi, toi, pendant les vacances ? Un pèlerinage baudelairien ! Vous pouvez aller aussi sur les pas des clochards célestes, vous balader dans le quartier de l’intrigue des « Misérables », traîner dans les endroits où ont eu lieu des apparitions et vous reposer enfin sous le plus vieil arbre… Beau programme, n’est-ce pas...

Parlons des bonnes adresses : les places de stationnement gratuites à Paris, les endroits où faire pipi et les quatre derniers relais routiers où déguster un bon œuf mayo. Et si Paris vous fascine, vous saurez ce qu’il faut faire pour reposer ad vitam aeternam dans un cimetière parisien.

Cent cartes de Paris, des schémas très clairs et bien colorés et une vingtaine de pages de notes à la fin pour aller plus loin !

L’adoratrice de Paris que je suis s’est vraiment régalée ! S’il ne fallait pas que je vende ma maison à la campagne pour 12 mètres carrés dans le 9e, je serais bien retournée vivre à Paris ! En attendant, je rêve, la tête penchée sur les cartes de l’« Atlas inutile de Paris »… ça compense un peu !








 

dimanche 26 avril 2026

Une unique lueur de Fred Vargas

Éditions Flammarion
★★★★★
(coup de coeur)

 Quel délice que ce nouveau Vargas : du pur jus, bien barré, bien jeté, avec un Adamsberg à deux doigts de disjoncter, complètement paumé dans les errances archi nébuleuses de son fatras de pensées, essayant d’en atteindre la chevillette afin de la tirer et d’en extraire un jus bien loufoque auquel on ne comprend strictement rien (lui non plus d’ailleurs) mais qui mènera indubitablement à l’élucidation du mystère. Toujours la même équipe, la brigade criminelle du 13e, (on ne lit Vargas que pour les retrouver d’ailleurs, avouons-le!) : Danglard, l’encyclopédie vivante, Mercadet, l’informaticien hypersomniaque que l’on couche dès l’apparition des premiers bâillements, Froissy l’affamée, Violette Retancourt qui n’a de délicat que le prénom, Veyrenc de Bilhc, le poète, Voisenet, le spécialiste des espèces aquatiques d’eau douce (très utile pour le métier de flic!), Estalère, le spécialiste du café confectionné et servi avec soin (indispensable dans une équipe!), Noël, l’impulsif au langage fleuri, le chat et les oisillons qu’il faut nourrir...

Voilà THE team : la BC 13. Et dans ce volume, la quasi-unité de lieu est réjouissante car elle nous fait profiter pleinement de chacun d’eux, de leurs réunions d’anthologie (les conciles) où la digression est reine.

Ajoutez à cela le plus beau des poèmes de Nerval (dans quel polar étudie-t-on des poèmes vers par vers, hein ?), un goût prononcé pour les mots et leur étymologie, du vieux cinéma américain… et l’on se régale.

Pourquoi aime-t-on tant Vargas, me demandais-je ce matin en passant la tondeuse ? Honnêtement, je crois que ce type de livre me donne autant de plaisir que la lecture de mes « Alice » ou de mes « Soeurs Parker » quand j’étais gamine : des personnages hyper attachants (et toujours les mêmes) qui pensent plus qu’ils n’agissent, des intrigues prenantes mais pas de descriptions sordides. Bref, les pantoufles. On est chez soi, pépouze, avec le truc en plus de Vargas : des réf. littéraires ou historiques, des dialogues tellement jetés qu’ils en deviennent drôles (parfois on frôle Beckett, si, si !) et des gens décalés qui bossent ensemble, qui acceptent les travers des autres, s’en accommodent parfaitement et sont toujours prêts à couvrir le copain. On ne change pas une équipe qui gagne et Vargas nous fait encore une fois un beau cadeau avec ce polar jubilatoire.

Un immense coup de coeur !


 

samedi 25 avril 2026

Matisse 1941-1954 magazine "Beaux- Arts"


 Cette exposition proposée au Grand Palais (du 26 mars au 26 juillet 2026) retrace les treize dernières années de la vie de Matisse, de 1941 à 1954 : il a donc de 71 à 84 ans. Tout va très mal pour lui : il vient de subir une opération du cancer du côlon et la station debout lui est quasiment impossible plus d’une heure. Les médecins lui donnent six mois à vivre. S’ajoutent à cela deux événements terribles : sa femme et sa fille sont déportées pour faits de Résistance. Sa fille, Marguerite, sera torturée et défigurée par la Gestapo. L’horreur absolue… Et pourtant : ce que nous donne à voir cette exposition, c’est au contraire une explosion de couleurs et de formes nouvelles. Matisse ne peut quasiment plus peindre car il est souvent alité : il invente donc une nouvelle technique : les papiers de gouache découpés. Une vidéo le montre en train de découper : ses mains sont d’une rapidité et d’une habileté extraordinaires et le papier ressemble à un oiseau prêt à s’envoler. Pure magie. Puis, il demande à son infirmière de placer les papiers sur la toile jusqu’à ce qu’il dise « stop » quand il juge le placement esthétiquement parfait. Il utilise aussi un système de fils tirés sur la toile auxquels il accroche ses formes découpées qu’il fait glisser jusqu’à ce qu’il trouve la position parfaite à ses yeux. Ce que l’on découvre donc, c’est un homme dont l’effervescence créative est absolue. Matisse réinvente des techniques. Il travaille sur des toiles, du papier, des tissus, du verre. Il se lance dans des séries, expérimente des formes, des couleurs, cherche, s’aventure sur des voies nouvelles. Sa vitalité créatrice est folle, on a l’impression qu’il se sent libre. La salle consacrée au livre « Jazz » en est l’exemple même. C’est une renaissance, un pied de nez à la mort. Tout est mouvement, respiration, vie : les figures dansent, bougent, les couleurs explosent. On peut voir réunis pour la première fois les quatre « Nus bleus » de 1952. Superbe !

Pour être honnête, j’aime peu la peinture de Matisse, sauf quelques rares exceptions comme « La Fenêtre » de 1916 et les quelques huiles sur toile de l’expo ne m’ont encore une fois pas convaincue. En revanche j’adore ses papiers découpés et donc cette dernière période est celle que je préfère. Je trouve que Matisse manifeste là tout son génie créatif et que ce souffle nouveau à l’aube de la mort est tout simplement magique. Une très belle exposition !













 

lundi 13 avril 2026

Forêts d'écriture, entretiens de Claudie Hunzinger avec Fabrice Lardreau

Éditions Arthaud
★★★★★
(coup de coeur!)

 Je ne sais plus de quand date ma rencontre avec Claudie Hunzinger mais ce dont je me souviens en revanche, c’est d’une après-midi dans les Vosges pas très loin de Colmar où avec mes enfants, nous avions randonné pour trouver Bambois, la maison de Claudie et de son mari. Parce que Bambois est au centre de la vie de Claudie et de son œuvre. Bambois, c’est son île, son territoire, son être. Elle est Bambois, elle est la terre de ce lieu, les bêtes, les arbres, les bosquets, les prairies, elle est aussi les nuages, le vent, la pluie, la neige, la lumière et le silence de Bambois. Son corps s’est comme augmenté des mousses, des rapaces, des herbes de cet espace. Elle en a appris les mots : « le langage-sapin, le langage-vent, le langage-cerf, le langage-forêt » Ce lieu est présent dans à peu près tous ses romans, sous des noms différents. Or, précisément, je me suis rendu compte en lisant les entretiens de Claudie avec Fabrice Lardreau que finalement je savais bien peu de choses sur Claudie. Dans ces entretiens autobiographiques, Claudie raconte sa vraie arrivée à Bambois, son CAPES d’art plastique, sa démission, son travail d’éleveuse, de tisseuse tandis que Francis, son mari, s’occupait des teintures végétales puis ses « années-papier » où elle créait de grandes feuilles avec les plantes de Bambois. J’ai été très impressionnée par ses connaissances techniques concernant l’agriculture, la forêt, la chasse (qu’elle déteste), le lisier (qu’elle déteste aussi), les coupes d’arbres prétendument malades (qui la rendent folle) et enfin, bonheur absolu, Claudie nous partage ses lectures, ses livres de coeur dont je n’ai pas manqué de noter les titres. J’ai vraiment eu le sentiment de la rencontrer, de comprendre sa pensée, son itinéraire, son rapport viscéral à Bambois. C’est l’histoire d’une vie parfois difficile mais une vie choisie, désirée, rêvée. Toutes ces aventures, elle les a vécues sur place, à Bambois, où chaque espace invite à la découverte et à l’exploration.

Ce fut un merveilleux moment que la lecture de ces entretiens. Merci à Claudie Hunzinger de nous avoir livré les secrets de son bonheur, et de nous en avoir montré le chemin.  


 

samedi 11 avril 2026

"Le Souffle de la forêt" Sur les traces de Simona Kossak de Simonetta Greggio

Éditions Arthaud
★★★★★
(coup de coeur!)

 Au début, j’ai râlé: je déteste les biographies romancées. Quand je m’intéresse à la vie d’une personne, j’aime que ce soit le plus proche possible de la réalité. Or, Simonetta Greggio, l’autrice, ne parle pas un mot de polonais, les documents qui existent sur Simona Kossak ne sont pas traduits et en plus, il y en a peu. S’ajoute à cela le fait que les Polonais qu’elle a rencontrés ne parlaient que polonais. Bref, l’autrice s’est donc retrouvée avec des « blancs » qu’il a fallu combler. Premier grincement de dents.

Ensuite, l’écriture : aïe, les phrases nominales en veux-tu en voilà, les subordonnées sans principale… aïe aïe aïe, la vieille prof que je suis à deux doigts de faire un malaise...

Et puis, et puis… le charme a opéré et je me suis laissé porter non seulement par le portrait qui est fait de Simona Kossak que j’ai adoré(e) (é pour le portrait, ée pour la femme.) Oui j’ai beaucoup aimé ce livre : le ton de l’écrivaine, une femme engagée, qui aime son sujet (et cela se sent à chaque page), qui dit qu’elle ne sait pas lorsqu’elle ne sait pas (alors que tout se trouve sur Google maintenant.) J’ai aimé sa franchise et son naturel, sa spontanéité et sa sensibilité.

Quant à Simona Kossak, j’en suis devenue folle. C’était une femme incroyable, hors norme, une biologiste zoopsychologue, issue d’une famille aristocratique de Cracovie, qui a vécu toute sa vie dans une maison sans eau ni électricité au coeur de la forêt primaire de Białowieża avec des animaux qu’elle avait recueillis et soignés. Les photos qui illustrent ce livre sont époustouflantes : on la voit allongée au sol tandis qu’une énorme laie occupe tranquillement le lit ou bien se reposant près d’un arbre, une femelle lynx endormie sur elle. Le bandeau la représente marchant dans la forêt avec un panier, suivie par cinq chevreuils. On a l’impression d’être dans un Disney ou une photo générée par IA tellement c’est incroyable. Elle fait très jeune. Elle ressemble à un mixte de Carson Mc Cullers et Fifi Brindacier. Comme le dit la 4e de couv’ : « Elle n’a jamais écrit de manifeste : sa vie en tient lieu. »

Cette biographie est le livre le plus fort que j’aie lu depuis longtemps, fort dans le sens où j’ai eu le sentiment qu’il résonnait au plus profond de moi. Je pensais tout le temps à cette femme Simona Kossak qui me fascine complètement. Il y a des gens à qui on voudrait ressembler. Eh bien moi, j’aimerais être Simona Kossak, partager cette communication incroyable avec les animaux, connaître, aimer et voir la nature comme elle la voit et comme elle la vit.

J’ai eu du mal à reposer ce livre et à lire autre chose. Et le plus drôle, c’est que je me suis plongée dans des entretiens de Claudie Hunzinger que j’aime beaucoup : « Forêts d’écriture » chez Arthaud où elle parle de sa forêt des Vosges mais aussi de… Białowieża…

Lisez « Le Souffle de la forêt », rencontrez Simona Kossak… C’est une expérience vraiment très forte, croyez-moi !



 

lundi 6 avril 2026

Les éléments de John Boyle

Éditions JC Lattès
traduit de l'anglais (Irlande) par Sophie Aslanides
★★☆☆☆

 Quelle déception que ce roman dont on a dit tant de bien ! Bon, le début ne partait pas trop mal. Il me rappelait vaguement le roman d’Audur Ava Ólafsdóttir « Éden » sans que l’on retrouve toute la finesse, la poésie, l’humour et la dimension écologique des textes de cette autrice islandaise. Mais pourquoi pas… La première histoire a pour titre « Eau » : il s’agit d’une femme qui quitte sa ville, Dublin, pour « se retrouver » (je n’en peux plus des gens qui cherchent à « se retrouver »!) et se refaire une santé sur une petite île perdue... Ce n’est pas franchement nouveau mais allons-y. La baraque paumée, le chat qui s’incruste, les balades dans le vent, les bains la nuit… Après, il y a le beau jeune homme que l’on rencontre. Mais pas pour s’attacher hein, juste comme ça, parce qu’à cinquante balais, on ne se lance plus dans la moindre aventure. On profite, on s’est tellement fait chier avant. Et puis après ce qu’on a vécu…

Le reste à l’avenant : que du réchauffé en veux-tu en voilà, du déjà vu, des poncifs, des lieux communs à gogo, aucune finesse, aucune profondeur dans l’analyse psychologique et ce, quel que soit le personnage. Ils sont tous caricaturaux au possible et ne dégagent pas la moindre émotion.

Et je me demande si les histoires suivantes (toutes sur le thème des abus sexuels sur mineurs) ne sont pas pires encore que la première : tout est superficiel, simpliste, les clichés s’empilent dangereusement au fur et à mesure que l’on tourne les pages. Plus on avance, moins on y croit. Évidemment, pas de style, pas d’écriture mais ça, c’est trop demandé de nos jours. Waouh, j’ai souffert. Que de stéréotypes et d’invraisemblances ! Aucune invention, aucune originalité. On reste à la surface des gens que l’on croise (et pourtant, il y aurait tant à dire...) et l’on pourrait écrire les dialogues avant même de les lire tellement ils sont plats et attendus.

Mais le plus incroyable, c’est le titre : particulièrement lourd et besogneux en anglais : « Water, Earth, Fire, Air », traduit plus modestement par « Les éléments » en français : avec un titre pareil, on s’attend à quelque chose d’un peu « consistant » ! Que nenni, et là je trouve qu’on atteint le comble du ridicule quand on voit le rapport extrêmement mince entre ce titre pompeux et ce qui nous est servi. C’en est prétentieux au possible et vraiment risible.

Bref, pour moi, aucun intérêt.  


 

mardi 31 mars 2026

Le dernier été en ville de Gianfranco Calligarich

Éditions Folio
★★★★☆

 Je crois que je garderai de ce livre le souvenir d’une longue déambulation mélancolique, sans but et sans désir dans Rome : celle de Leo Gazzarra, un homme solitaire et alcoolique, fasciné par une femme de toute beauté, Arianna, étudiante en architecture, qu’il rencontre par hasard lors d’une soirée, un homme désenchanté, mal à l’aise, maladroit, toujours en mouvement, passant d’un salon à l’autre, côtoyant les milieux intellectuels et mondains, rencontrant ici un vieil ami grimé et fortuné, là une ancienne connaissance qu’il croyait disparue, écoutant des conversations artificielles et creuses, marchant inlassablement, nuit et jour, perdant de vue cette femme envoûtante, imprévisible et folle puis la retrouvant au bras d’un autre homme, l’aimant peut-être, tout en sachant qu’elle lui resterait à jamais inaccessible, un homme blessé qui finalement ne trouve sa place nulle part, ne se pose nulle part tandis qu’en pleine dérive existentielle, il poursuit une quête dont il ne connaît peut-être même pas le but, s’abandonne à l’errance comme art de vivre, comme comble de l’élégance ou ultime façon d’échapper à la mort. Je me souviendrai aussi de l’infinie tristesse de ce texte qui donne un rôle de premier plan à cette Rome des années soixante, ville solaire, magnétique et à ses places, ses fontaines, ses cafés, ses quartiers populaires, ses maisons décrépites, ses temples en ruine et ses ciels d’un bleu éclatant dans la touffeur d’un été interminable et vain. Léo entame une espèce de descente aux Enfers tranquille et calme en apparence, comme une mer plane avant l’orage, une lente et douce dérive sans retour en arrière possible, un renoncement qui cache son nom dans les silences des protagonistes et dans les verres d’alcool consommés.

Un beau texte dans lequel il faut savoir se perdre, se laisser aller...


 

lundi 23 mars 2026

Aqua de Gaspard Koenig

Les éditions de l'Observatoire
★★★★★

 Quel plaisir de lecture que ce deuxième volet d’une série sur les quatre éléments! J’ai retrouvé avec un immense bonheur le trait vif et satirique, le regard amusé et mordant de l’auteur sur notre société contemporaine, peu avare en contradictions. Cette fois-ci, le personnage principal est l’eau. Et dans ce petit village de l’Orne (oui oui, chez moi !), il est hors de question de se relier au réseau d’eau potable inter-communal. On a une rivière: La Maline (qui porte bien son nom!), on fera avec. Point. Sauf qu’en été, et même en Normandie, la source se tarit et la préfecture est obligée d’envoyer des camions-citernes pour ravitailler la populace qui commence à râler. Et, ça coûte cher ! Y-a-t-il une solution ? Chacun a son mot à dire : l’agriculteur, la naturopathe, la préfète, l’anarchiste, l’architecte, le collapsologue, la secrétaire de mairie, l’Anglaise et les autres, tous les autres. Parce qu’à Saint-Firmin, on ne va pas se laisser marcher sur les pieds. Les politiques n’impressionnent personne. L’auteur est passé maître dans l’art de donner vie à chacun : le politique pourri par l’ambition et son langage abscons bourré d’acronymes, l’idéaliste et généreuse Maria qui veut changer le monde, croit en la communauté et au partage respectueux des biens communs, Valérie l’hydrogéologue et sa solution miracle en un seul mot : le re-mé-an-drage, vous dis-je… bref, tout ce petit monde qui cohabite dans ce village de quatre cents âmes. Koenig est un vrai portraitiste : rien ne lui échappe et ça pique, ça pique tout en restant toujours très humain et bienveillant.

Franchement, c’est drôle, cinglant, intelligent. On apprend plein de choses… Dans tous les domaines, l’auteur se balade avec aisance comme s’il avait fréquenté tous les milieux. Chacun a sa parlure, ses tics, ses mimiques. On se régale des grandes scènes hilarantes aux dialogues jubilatoires. Décidément Koenig est vraiment très doué. 




 

mercredi 4 mars 2026

Les habitantes de Pauline Peyrade

Éditions de Minuit
★★☆☆☆


 Emily vit depuis son enfance dans la maison de sa grand-mère disparue. Elle ne souhaite pas quitter ce lieu malgré les lettres de son père, de sa sœur, du notaire qui la pressent de partir. Le père veut vendre. Elle n’a pas à discuter, c’est la loi. Or, ces lieux, elle les aime intimement, viscéralement comme Emily Brontë aimait le presbytère de Haworth et sa lande. Elle vit en osmose avec la nature. Elle habite vraiment ce lieu et va donc entrer dans une forme de résistance face à la violence patriarcale.

L’originalité de l’oeuvre réside dans le projet de l’autrice : donner vie et voix, équitablement, aux bêtes, à la végétation, aux minéraux et aux humains, dans un roman. On imagine derrière ce projet une sensibilité écoféministe et non-violente. La nature n’est plus une toile de fond, un décor mais un personnage, un organisme vivant. Il s’agit donc d’accorder autant d’attention - donc de lignes - à Emily qu’à sa chienne, qu’aux trembles, aux rochers, aux hirondelles et aux abeilles. Le pari est risqué mais pourquoi pas ? L’autrice semble vouloir restituer le monde : bruits, mouvements, odeurs à travers un vocabulaire quasi biologique et des descriptions nombreuses et minutieuses.

Le projet est intéressant mais tout est question de dosage. Si l’on ne veut pas sombrer dans un texte expérimental, exercice de style un peu froid et dont on sentirait l’excès de technique lors de la lecture, il faut doser. Le travail de l’autrice est incontestablement un tour de force mais en découlent deux problèmes majeurs : la lecture est rendue parfois pénible, les descriptions trop nombreuses, trop systématiques m’ont lassée. Et surtout, la rencontre avec le personnage - et même avec la nature finalement- pour moi n’a pas eu lieu. Je ne me suis attachée à personne et n’ai ressenti aucune émotion. J’ai eu l’impression d’observer l’histoire de loin sans participer, alors que, vu les thèmes abordés, j’aurais pu y trouver une place. Bref, j’aurais aimé habiter ce livre mais la porte n’est restée qu’entrouverte. Dommage.  

 

mardi 3 mars 2026

Quelque chose d'absent qui me tourmente de Laurent Mauvignier

Éditions de Minuit
★★★★★

 Lorsqu’un écrivain parle de son travail pendant 183 pages, on entre véritablement au coeur du processus créatif et c’est vraiment passionnant. J’ai pris un plaisir immense à lire ces réflexions sur l’écriture qui m’ont permis de mettre des mots sur des intuitions ou des questions qui me laissaient perplexe.

Laurent Mauvignier est d’emblée très clair : écrire, ce n’est pas avoir quelque chose à dire. En effet, là n’est pas la difficulté : l’écrivain y parviendra toujours. Non, écrire, c’est faire, se demander comment entrer dans le texte, par quelles phrases, quels mots, quel rythme, quelle ponctuation. Si l’on trouve sa façon de faire, on trouve sa porte d’entrée. Après, le livre s’écrira. Il y a l’idée que c’est de la forme que naît le livre. Et d’ailleurs, la forme peut donner lieu à un livre que l’on n’attendait pas. Ce qui explique pourquoi l’auteur dit qu’il a « un pressentiment » du livre, des images mais pas de plan, pas de « trajectoire totale ».

Selon lui, trouver son écriture, c’est lâcher prise, ne pas vouloir faire beau ou bien écrire ou imiter un écrivain qu’on admire, même si les influences sont inévitables. Il faut accepter ce qui sort de nous, même si ça nous fait perdre pied, même si on se sent débordé, en terrain accidenté, il faut y aller. Il faut sauter. J’adore l’idée qu’il ne faut pas chercher à tout maîtriser, qu’il faut savoir s’« ouvrir à l’imprévu ». Tout est une question de dosage. Maîtriser la technique, c’est une chose, mais il faut savoir perdre le contrôle. Et j’insiste là-dessus parce que le roman que je termine en ce moment publié aussi chez Minuit souffre précisément de ce défaut. Je vous en parle bientôt.

Je pense que toute personne souhaitant se lancer dans l’écriture devrait lire ce texte complètement essentiel. Bien sûr, de nombreux thèmes sont abordés : les influences, la ponctuation, l’usage du participe présent, les clichés, les détails, les personnages, les titres, le rôle de l’éditeur. Et bien sûr, il est question du parcours personnel de l’auteur.

Des entretiens stimulants, très agréables à lire. Je recommande!


 

samedi 28 février 2026

Le gâteau du Président de Hasan Hadi

★★★★★
chef d'oeuvre !

 Quel film extraordinaire à tous points de vue : jeu exceptionnel des acteurs, prises de vue, cadrages, scénario : tout est parfait. Nous sommes transportés dans l’Irak de Sadam Hussein et, comme c’est l’anniversaire du Président, la petite Lamia, neuf ans, a été désignée par son instituteur pour faire un gâteau. Seulement Lamia et la grand-mère qui l’élève n’ont pas d’argent. C’est donc la catastrophe car il est hors de question de ne pas honorer le Chef Suprême. Elles quitteront donc leur hutte sur pilotis pour se rendre à la ville où elles vont vivre une série de péripéties.

Dans ce film, le réalisateur dénonce l’embrigadement des foules et des enfants, la misère du peuple, le culte absolu obligatoire du tyran dont le portrait est affiché partout, la corruption, la misogynie des hommes qui apparaissent comme des prédateurs s’appropriant le corps des femmes et des enfants. Et les bombardements américains font rage tandis que la petite s’épuise à trouver ses ingrédients et poursuit ses errances, son coq dans sa besace.

C’est un film visuellement somptueux, l’atmosphère de la grande ville est parfaitement restituée à travers ses bruits, ses couleurs, ses mouvements. Le souci d’authenticité met bien en évidence la réalité économique et sociale du pays. L’actrice principale, la petite Baneen Ahmad Nayyef est incroyable : son jeu est tellement juste et naturel que c’en est sidérant.

Bref, c’est un film politique extrêmement fort et émouvant dont les terribles échos dans l’actualité du jour accentuent encore le caractère tragique.

Exceptionnel.






 

samedi 21 février 2026

À pied d'oeuvre de Valérie Donzelli

★★☆☆☆

 Je n’ai pas aimé ce film : je n’ai pas cru une seconde à cette caricature d’écrivain mignonnet aux petites lunettes. Je n’ai pas cru non plus à cette histoire de petit-bourgeois parisien photographe gagnant trois mille euros par mois abandonnant tout (famille, métier, appartement…) pour une dégringolade sociale… Mais ce qui m’a le plus énervée, c’est que l’on cherche à nous tirer des larmes parce que le pauvre chéri doit démonter un meuble IKEA ou arracher six buis sur un balcon pour dix balles de l’heure. N’oublions pas quand même que le néo-écrivain ne se jette pas dans le vide et qu’à tout moment il peut dire STOP et reprendre son appareil photo et ses trois mille euros par mois. Il saute, oui, mais avec un solide parachute qu’il ouvre quand il veut. Et ce n’est pas tout à fait la même chose pour les travailleurs qui bossent pour le même prix parce qu’ils n’ont pas le choix. L’écrivain a décidé (le temps qu’il voudra) d’être pauvre. La sociologue Rose Lamy parle de « tourisme social » et c’est exactement ce que j’ai ressenti en voyant ce film. Paul est en mode safari au pays de la misère. Résultat : sa (pseudo) pauvreté finit par être une posture. Et l’on n’est pas loin de l’imposture.

Ce qu’il s’inflige pour sa crise de quadra, c’est le quotidien d’un nombre incalculable de gens qui se tapent des boulots précaires et très mal payés toute leur vie. Il est loin d’être Souleymane, esclave moderne broyé par l’uberisation du marché du travail non par choix mais par nécessité, sans plan B, sans amie qui prête un studio, sans papa qui vient prendre des nouvelles et donner sa bague en or, sans ami qui invite au restaurant et peut filer de l’argent s’il faut, sans médecin de famille avec qui on est à tu et à toi. Bref, sans filet de sécurité.

Quel est le message du film ? Que c’est dur, beau, courageux et vertueux de renoncer à trois mille euros par mois par amour de l’art ?

Faut-il applaudir un rêve de bobo en quête de sens, en mal de considération et qui veut raconter sa vie de pauvre pour devenir encore plus riche ?

Bref, déserter pour s’enrichir (encore plus) ou se valoriser ?

On a bien envie de lui envoyer le livre d’Anne Humbert : « Tout plaquer : La désertion ne fait pas partie de la solution mais du problème » (éditions Le Monde à l’envers.) Une petite lecture qui lui rafraîchirait les idées !

Lire l’excellent article de Rose Lamy dans le magazine Frustration @frustrationmagazine ou sur IG


 

lundi 16 février 2026

L'imparfait d'Éric Reinhardt

Éditions Stock
★★★★☆

  C’est à Rome, dans les bras de l’Hermaphrodite de la Galleria Borghese, qu’Éric Reinhardt décide de passer sa « nuit au musée ». Cette sculpture du Bernin a la particularité d’être disposée le long d’un mur de façon à ce que l’on ne voie pas son sexe, contrairement à celle du Louvre que l’on peut découvrir librement sous tous ses aspects!

L’auteur projette de jeter une couette blanche sur la statue et de dormir à ses côtés. S’ensuivront des pages hilarantes de pourparlers, de négociations, de mises au point pour tenter de convaincre l’assistante de la directrice du musée, à quoi s’ajouteront de périlleux stratagèmes pour tenter d’échapper aux caméras de surveillance. Une peur atroce, surmontée grâce au vin et au Xanax, torturera l’auteur à l’idée d’être découvert et reconduit illico presto à la frontière par les forces de l’ordre.

Si Reinhardt a beaucoup d’humour et d’autodérision, il est aussi très doué pour interpréter les œuvres d’art et en parler de façon personnelle et intime. C’est sublime et l’on se ré-ga-le !

En revanche, je suis moins convaincue par son dispositif narratif : en effet, il entremêle à ce récit de sa nuit au musée une fiction qui, je pense, devait aboutir, grâce à des thèmes communs, à une fusion entre les deux textes. J’ai aimé l’idée et je pense que le récit seul de la nuit mérite d’être accompagné par un texte fictionnel (et encore, ce n’est pas sûr...) Mais, franchement, ça ne marche pas… On n’entre pas dans cette fiction capillotractée dont l’intrigue pèche par son artificialité.

Pas grave, j’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce texte : cette nuit au musée vaut son pesant de marbre et l’on n’a qu’une envie : partir pour Rome !