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vendredi 21 août 2026

La Colline de Mathilde Beaussault

Éditions Seuil Cadre noir
★★☆☆☆

 Aïe aïe aïe, ça m’arrive assez rarement mais là, je n’en peux plus et j’abandonne. Je ne sais pas pourquoi mais j’y allais déjà un peu à reculons car les retours que j’avais au sujet de ce roman me faisaient penser aux textes genre « rural noir » de Franck Bouysse (« Né d’aucune femme », « Grossir le ciel » etc) que je n’aime pas du tout. En effet, on retrouve dans ce type de roman les mêmes ingrédients (normal puisqu’ils suivent la même recette) : une atmosphère bien lourde qui se veut glauque, une écriture composée de phrases courtes censées créer une tension, une construction type « roman choral » : le point de vue de l’un puis de l’autre, pour produire un effet de réel peut-être ? Rien de nouveau sous le soleil ! Mais l’immense problème de ce type de roman, c’est que les personnages principaux et secondaires sont tellement stéréotypés, tellement caricaturaux qu’on n’y croit pas une seule seconde, ce qui est extrêmement gênant dans un texte qui se veut mi-social mi-polar. Bref, je n’ai pas du tout accroché, n’ai ressenti aucune émotion, n’ai été emportée par aucun suspense et comme ça fait déjà quinze jours que je suis dedans, là j’arrête.  


 

jeudi 13 août 2026

Nord Sentinelle de Jérôme Ferrari



Éditions Actes Sud
★★★★★

 « Nord Sentinelle » raconte comment ce qui devait arriver arriva. Tout commence par quelque chose de dérisoire : sur le port d’une ville méditerranéenne Alexandre Romani poignarde Alban Genevey, un jeune homme qu’il connaît depuis l’enfance et qui vient passer ses vacances dans cette Corse que Jérôme Ferrari choisit de ne jamais désigner explicitement. Une sombre histoire de bouteilles de vin et d’addition excessive et voilà qu’un fait divers devient le point de départ d’une vertigineuse réflexion sur la violence, l’héritage, l’identité, le voyage et notre rapport - « compliqué » dirions-nous aujourd’hui, voire impossible - à l’autre. Car chez Ferrari, rien n’est simple. Derrière ce meurtre absurde se cache une histoire familiale, celle des Romani, une lignée persuadée de sa grandeur, nourrie de légendes, de rancœurs et d’un sentiment de supériorité aussi immense que ridicule. Les hommes de cette famille semblent condamnés à reproduire les gestes de ceux qui les ont précédés, comme si être un homme consistait avant tout à se montrer digne d’un héritage dont ils oublient d’interroger la valeur. C’est peut-être là que se trouve la grande question du roman : sommes-nous libres de nos actes ou sommes-nous les produits dociles de ce qui nous précède ? Ferrari ne tranche jamais vraiment. Il installe plutôt ses personnages dans cette zone inconfortable où la fatalité pèse de tout son poids même si une échappatoire n’est jamais complètement exclue. La tragédie naît de cette contradiction : les personnages sont prisonniers mais aussi responsables. Ils pourraient faire autrement mais ne le font pas. Ils savent parfois ce qu’il faudrait éviter mais prennent le chemin qui les conduira au désastre.

À cette histoire familiale s’ajoute une autre violence : celle du tourisme de masse. Et là, Ferrari semble excédé. On le serait à moins ! Selfies, photos à gogo, comportements grégaires et grossiers mais encore augmentation des loyers, impossibilité pour les autochtones de se loger etc... Le touriste ne détruit pas seulement un lieu par sa présence, il finit par modifier ceux qui l’accueillent : à force de vouloir voir les habitants comme des personnages de carte postale, il les pousse à jouer le rôle qu’on attend d’eux. Et les habitants ne sont évidemment pas innocents. Ils participent au système, l’alimentent, en profitent, vendent leurs terres, leurs maisons, leur folklore. Ferrari ne se contente donc jamais d’opposer les méchants touristes aux pauvres habitants victimes de l’invasion. Il montre au contraire une complicité générale, un immense système dans lequel chacun trouve son intérêt tout en déplorant les conséquences. Il devient impossible de désigner un coupable unique. Le problème est collectif. Le roman pousse même la réflexion beaucoup plus loin, jusqu’à l’idée du premier voyageur. Celui qui arrive le premier sur une terre inconnue est celui qu’il aurait fallu empêcher de repartir. Car une fois que le premier est accueilli, le mouvement devient impossible à arrêter : après l’explorateur viennent les conquérants, les commerçants, les missionnaires, les colons et les touristes. Le monde entier devient objet de consommation. L’auteur s’interroge sur notre rapport au voyage et à l’altérité. Pourquoi voyageons-nous ? Que cherchons-nous réellement ailleurs ? Sommes-nous capables de rencontrer une autre culture sans immédiatement vouloir la consommer, la photographier, la comparer? Que reste-t-il d’un lieu lorsque tout le monde veut le découvrir ? C’est ici que le roman devient universel. Même si la Corse constitue son territoire secret, Ferrari ne raconte pas seulement la Corse. Il raconte tous les lieux transformés en destinations, tous les paysages devenus produits touristiques instagrammables.

Ferrari mêle cette critique à une histoire de famille, à une enquête, à une réflexion sur la violence. Le récit remonte le temps, revient au présent, convoque le mythe. Cette construction donne au livre une profondeur étonnante pour un roman aussi court. On a parfois l’impression que le narrateur s’égare dans ses souvenirs et ses digressions mais chaque détour apporte une pièce supplémentaire à cette immense mécanique de la fatalité. Et puis il y a la langue et quelle langue ! Ferrari écrit en longues coulées de phrases d’une grande beauté. Une phrase commence, bifurque, s’emporte, ajoute une précision, une parenthèse, une image, une pensée, puis revient à son point de départ avec une maîtrise impressionnante. Son propos est tour à tour sarcastique, désabusé, érudit, cruel, tendre et plein d’humanité.

Il y a aussi beaucoup de tristesse.

On rit des touristes, des Romani, des absurdités de la société contemporaine, mais ce rire finit par se fissurer parce que nous sommes comme eux, nous faisons partie de l’humaine condition. Personne n’y échappe pas même l’auteur. Que d’auto-dérision chez lui ! J’ai vraiment beaucoup ri parfois ! Les hommes veulent être libres mais reproduisent les erreurs de leurs pères. Ils prétendent défendre leur terre mais la vendent. Ils recherchent l’authenticité mais fabriquent du faux. Et nous, nous voyageons, nous consommons, nous participons à cette grande débauche. C’est ce qui donne à « Nord Sentinelle » sa véritable force : le livre ne nous permet jamais de regarder tranquillement les autres depuis une position confortable. Le narrateur lui-même n’est pas épargné. Il vitupère, condamne, ironise mais sait aussi qu’il est comme tout le monde avec un brin de lucidité en plus peut-être, ce qui ne le rend pas forcément plus heureux !

J’ai également beaucoup aimé la manière dont Ferrari déconstruit la fameuse image de la vendetta corse. Derrière les grands récits de l’honneur et du sang, il montre surtout des hommes ordinaires, parfois ridicules, enfermés dans des mécanismes qu’ils prennent pour de la grandeur.

Le tragique et le grotesque avancent constamment ensemble.

« Nord Sentinelle » est donc un roman plein d’humanité, très sombre et très drôle à la fois et qui amuse par sa férocité avant de nous rattraper par sa mélancolie.

Un grand texte !


 

mardi 11 août 2026

Paranoïa de Lise Charles

Éditions P.O.L
★★★★★

 Il y a des auteurs en qui on a confiance et dont on sait que la production sera forcément intéressante même si elle n’est pas facile d’accès. Et c’est le cas ici !

Le début est assez simple : Louise, seize ans, ancienne enfant-star d’une série télévisée doit retrouver une vie « normale » après l’arrêt de l’émission qui l’a rendue célèbre. Mais comment redevenir une adolescente comme les autres lorsqu’on a grandi devant les caméras ? Louise se sent mal à l’aise au lycée : elle ne maîtrise pas vraiment les codes sociaux de son âge, observe beaucoup ses camarades, essaie d’interpréter leurs gestes, leurs conversations, avec méfiance. Elle a surtout cette sensation permanente d’être filmée, observée. Des élèves regardent leur téléphone ? Ils parlent forcément d’elle. Des gens rient dans son dos ? Ils se moquent d’elle. Louise a été actrice, elle connaît donc mieux que personne le pouvoir des images et des apparences. Elle sait que la réalité peut être fabriquée, montée, découpée. Louise (double de Lise? dans un texte qui me semble relever de l’autofiction) s’interroge toujours sur ce qu’elle doit faire ou ne pas faire, sur l’impact de telle ou telle parole ou pensée sur sa vie ou les gens qui l’entourent. Elle a l’impression que sa propre existence ressemble à une (mauvaise) fiction dont elle serait l’héroïne. Elle se sent comme « coincée dans un roman pervers dont [elle] serait à la fois l’héroïne et l’autrice », double posture inconfortable s’il en est ! Elle culpabilise beaucoup. Elle est très sensible au langage car c’est par lui que s’opèrent les liens que l’on établit avec les autres. Il peut aussi nous trahir, et l’analyser, c’est tenter de comprendre ce que les autres pensent et ce qu’ils sont. Il est donc au coeur de la problématique de ce début de roman.

La première partie de « Paranoïa » nous plonge donc dans une chronique adolescente à la fois drôle, cruelle et mélancolique. Lise Charles est très douée pour raconter les amitiés, les jalousies, les premiers sentiments amoureux, les conversations des jeunes. On s’attache au personnage de Louise, jeune fille intelligente, sensible, touchante et incapable de regarder le monde sans chercher immédiatement ce qui se cache derrière. Pour elle, tout devient matière à interprétation.

À cette existence compliquée viennent s’ajouter une famille loin d’être parfaitement équilibrée (le père avec son éco-anxiété est très drôle!) et une relation particulière à la littérature. Louise se réfugie dans les livres, dans les histoires qu’elle connaît, dans les récits qu’elle invente. La littérature lui sert à comprendre le monde mais elle contribue aussi à le rendre encore plus incertain dans la mesure où comme la littérature, il se prête à l’interprétation.

Puis, soudain, le roman bascule. Après un événement tragique, le récit quitte progressivement le réalisme (fictionnel) de la première partie pour nous entraîner dans un univers de conte. Louise découvre un château peuplé de personnages mystérieux. Est-ce un songe, un coma, sa conscience ou rien de cela ? On ne sait plus exactement où l’on se trouve. Un mystérieux prince de Marsillac (qui évoque le moraliste La Rochefoucauld) est l’une des figures les plus intrigantes. Il parle par maximes, observe les comportements humains et apprend à Louise que la plupart des actions sont motivées par l’amour-propre. Louise progresse, s’interroge, essaie de comprendre qui elle est. Et nous lecteurs, nous sommes un peu dans la même situation : qu’est-ce qu’on nous raconte là ? On commence à suspecter les personnages (qui sont-ils en réalité?), les événements (quel sens ont-ils?) Elle cherche à comprendre son histoire alors que nous essayons nous-mêmes de comprendre celle que nous sommes en train de lire, belle mise en abyme ! Les références à La Rochefoucauld, Mme de Lafayette, Perrault, Molière et aux moralistes du XVIIe siècle sont omniprésentes et permettent à l’autrice de confronter différentes manières de raconter et d’interpréter le monde. La littérature classique dialogue avec le langage contemporain, les maximes avec les conversations de lycée, les contes avec les souvenirs d’une ancienne enfant-star. On a ici une espèce de choc des langages, des genres et donc des points de vue sur le monde vraiment délicieux !

« Paranoïa » est également un livre sur la fin de l’enfance. Louise a connu une enfance atypique, exposée au regard des autres et doit maintenant apprendre à vivre selon elle-même, ce qu’elle peine à faire. Elle doit devenir quelqu’un, assumer ses différences. Mais cette transition est douloureuse, parce qu’elle ne sait plus vraiment qui elle est lorsque personne ne lui dit quel personnage jouer. C’est sans doute ce qui rend son histoire émouvante car elle cherche désespérément à trouver sa place dans ce monde (contrairement à son père qui semble vouloir en sortir). Et cette recherche passe par les autres (amis et parents) et la littérature qu’elle a intégrée et dont elle doit aussi s’écarter pour exister - comme elle doit quitter (fuir) le Prince de Marsillac qui la retient prisonnière (la Littérature classique ?) pour être enfin elle-même, trouver son propre style et devenir enfin écrivaine.

C’est donc une oeuvre très singulière, érudite (je n’ai pas tout élucidé, loin de là), originale qui m’a fait rire à plusieurs reprises, notamment tout ce qui tourne autour du langage que ce soit sa retranscription, les réflexions grammaticales, le mélange des niveaux de langue et des genres, la relecture hilarante des classiques, les jeux avec la langue, les mots, les temporalités bref, tout cela est vraiment un pur délice et je me suis régalée !

Une lecture exigeante (comme on dit) et stimulante (comme on dit aussi) que je recommande vivement !

Lisez aussi de la même autrice « La Demoiselle à coeur ouvert », roman que j’avais adoré. (chronique disponible sur mon blog LIRE AU LIT.)



 

mardi 28 juillet 2026

La meilleure façon de marcher Dans les pas de Grandma Gatewood: 67 ans, 11 enfants, 3500 km

Éditions Paulsen
traduit de l'anglais par Emmanuelle Ghez
★★★★★

Bloquée par la chaleur intense et par un vieux toutou intransportable, j’ai eu envie de m’offrir un livre qui me ferait voyager et je suis partie sur le sentier des Appalaches avec Emma Gatewood.

Ce fut un vrai dépaysement !

Non seulement, j’ai traversé des paysages grandioses mais j’ai surtout fait la rencontre d’une femme hors du commun. Bref, une réussite totale (et une empreinte carbone très limitée - même le livre est imprimé sur du papier issu de forêts durablement gérées !)

Emma Gatewood est une femme qui a décidé, à 67 ans, de reprendre le contrôle de sa vie en accomplissant un exploit que peu de personnes auraient osé envisager. En 1955, mère de onze enfants (dont trois ados encore à la maison) et grand-mère, elle quitte discrètement son foyer en annonçant qu'elle part simplement faire un tour. Son véritable objectif est pourtant sidérant : parcourir seule les 3 500 kilomètres du mythique sentier des Appalaches, devenant ainsi la première femme à réussir cette traversée d'une seule traite et ce, avec un équipement d'une simplicité déconcertante : un sac en toile cousu de ses propres mains, quelques provisions, un rideau de douche en guise de protection contre la pluie et une paire de chaussures de toile. Elle s'engage sur un itinéraire réputé difficile, très mal balisé, exigeant, voire impraticable même pour des randonneurs expérimentés.

Évidemment, la question que l’on se pose tout de suite est : pourquoi ? Pour quelles raisons se lance-t-elle sur ces chemins où elle risque à tout moment de mourir tellement c’est dangereux ? Que fuit-elle exactement ? Ben Montgomery dévoile progressivement le passé d'Emma, marqué par des décennies de terribles violences conjugales. Emma était une femme battue et violée par son mari. Elle a plusieurs fois frôlé la mort. La marche devient alors bien plus qu'un défi physique : elle représente d’abord une fuite mais aussi une renaissance, une conquête de la liberté et une façon de se reconstruire après une vie de souffrances.

Grâce à un minutieux travail de recherche s'appuyant sur des archives, des témoignages et des articles de presse, l'auteur mêle avec talent biographie, contexte historique et récit de voyage.

Au fil des kilomètres, le lecteur découvre les paysages grandioses des Appalaches, les rencontres qui jalonnent le parcours d'Emma, les dangers auxquels elle fait face (vipères, ours...) mais aussi l’admiration qu'elle suscite. Peu à peu, les médias s'emparent de son histoire et cette grand-mère inconnue devient une véritable légende vivante, inspirant des générations de marcheurs et contribuant à une meilleure reconnaissance du sentier des Appalaches.

L'écriture de Ben Montgomery, précise et immersive, rend un hommage vibrant à cette femme hors du commun sans jamais la transformer en héroïne inaccessible. Emma Gatewood reste profondément humaine, drôle, humble et incroyablement déterminée.

Au-delà de ce destin exceptionnel, le livre célèbre les bienfaits de la marche, le lien intime avec la nature et la capacité de chacun à changer le cours de son existence, quel que soit son âge.

Il rappelle qu'il n'est jamais trop tard pour suivre son propre chemin, retrouver sa liberté et découvrir que les plus grands voyages commencent souvent par une décision toute simple : mettre un pied devant l'autre.

Un seul petit bémol quand même : j’aurais aimé avoir davantage de citations tirées des journaux d’Emma pour la lire, elle. Mais peut-être, n’était-ce pas possible pour des questions de droits... Peut-être qu’un jour ses journaux seront édités, je l’espère en tout cas !

Un immense bonheur de lecture !




 

La chair est triste hélas d'Ovidie

Éditions Points
★★★★★

 J’ai souvent entendu parler de cette autrice sans jamais l’avoir lue : la curiosité l’a emporté et j’ai découvert : « La chair est triste, hélas !  Quel texte ! Quel uppercut ! Je dirais qu’il m’a ouvert les yeux sur des fonctionnements qu’on admet parce que personne ne les remet vraiment en question après des siècles et des siècles de patriarcat. Je peux dire que cet essai féministe m’a bouleversée. Plus qu'une lecture, c'est une gifle, un réveil, une prise de conscience. Il oblige à réfléchir, à réagir, à reprendre possession de son corps, à refuser d’en faire une marchandise au service des hommes. Il donne le courage de dire non quand on ne veut pas. Et c’est immense.

Ovidie raconte son histoire, celle d'une femme qui décide de faire une grève des relations hétérosexuelles après des années de déception, de lassitude et de souffrance. Elle refuse l’asservissement du corps féminin au service du plaisir masculin. « J’ai repensé à ces innombrables rapports auxquels je m’étais forcée par politesse, pour ne pas froisser les ego fragiles. À toutes les fois où mon plaisir était optionnel, où je n’avais pas joui. À tous ces coïts où j’avais eu mal avant, pendant, après. Aux préparatifs douloureux à coups d’épilateur, aux pénétrations à rallonge, aux positions inconfortables, aux cystites du lendemain. À tous ces sacrifices pour rester cotée à l’argus sur le grand marché de la baisabilité. À toute cette mascarade destinée à attirer le chaland ou à maintenir le désir après des années de vie commune. Cette servitude volontaire à laquelle se soumettent les femmes hétérosexuelles, pour si peu de plaisir en retour, sans doute par peur d’être abandonnées, une fois fripées comme ces vieilles filles qu’on regarde avec pitié. Un jour, j’ai arrêté le sexe avec les hommes.»

Ce qu’elle souhaite alors ? Un échange doux, bienveillant, tendre, un plaisir vraiment partagé, équitable, soucieux de l’autre, de son plaisir, de son bien-être, de son consentement. Pas forcément du sexe ! Pourquoi toujours du sexe ? Non, de la douceur, des caresses, du peau contre peau.

À partir de cette décision intime, elle démonte avec une lucidité impressionnante les mécanismes qui régissent les rapports hommes/femmes, les injonctions à rester désirable, à plaire, à séduire, à se conformer à ce que la société attend des femmes. Bien entendu, ces mécanismes de domination se mettent en place aussi (surtout?) dans les rapports sexuels. «Ces féministes, toutes des mal baisées ! Évidemment que nous sommes mal baisées, c'est justement ça, le problème ! Pourquoi devrions-nous en avoir honte ? Ce serait plutôt à nos partenaires de raser les murs ! Ils ont leur part de responsabilité dans cette affaire, me semble-t-il. Je ne suis pas mal baisée parce que je suis féministe, c'est absolument l'inverse : je suis féministe parce que je suis mal baisée. »

Son propos est très pertinent, tellement intelligent et sans tabou. Elle est franche, honnête, dit ce qu’elle a à dire sans détour !

J'ai admiré son courage. Il faut une sacrée force pour s'exposer ainsi, sans chercher à édulcorer son propos ou à le rendre consensuel. Ce livre percutant n'est pas un manifeste, c'est un témoignage, un cri, un exutoire et c'est précisément ce qui le rend si puissant. Ovidie met des mots sur des expériences pénibles que beaucoup de femmes ont connues sans toujours oser les remettre en question par tradition, par pudeur ou par peur de vexer les ego mâles.

Elle interroge nos modèles amoureux et sexuels avec beaucoup de finesse, d’humour et d’autodérision. Et quelle plume ! Son écriture est vive, brillante, souvent drôle malgré la colère qui irrigue chaque page et surtout d'une sincérité désarmante.

J'ai refermé ce livre avec la sensation d'avoir été secouée et avec l'envie d'en parler autour de moi, de le faire lire.

Un texte court, d'une densité incroyable, porté par une femme d'une rare lucidité, qui ose dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas.

J’espère que ces prises de position changeront les mentalités.

Une lecture plus que nécessaire et, pour moi, un immense coup de cœur.



 

samedi 18 juillet 2026

La Femme changée en renard de David Garnett

Éditions Grasset
traduit de l'anglais par J-S Bussy et A. Maurois
★★★★★

 Connaissez-vous ce mystérieux texte intitulé « La Femme changée en renard », écrit en 1922 par David Garnett ? Ce court et singulier roman, que l'on referme avec davantage de questions que de réponses, est devenu un classique de la littérature britannique. L'intrigue est très simple : lors d'une promenade dans la campagne anglaise avec son époux, Silvia Tebrick se transforme soudainement en renarde. Aucun sortilège, aucune explication scientifique ni psychologique ne sont avancés : la métamorphose est un fait et l’auteur demande simplement au lecteur de l'accepter.

Ce qui l'intéresse n'est pas le pourquoi mais plutôt les conséquences qui en découlent. Comment continuer à aimer une personne qui a cessé d'être humaine ? Comment préserver un lien lorsque la nature reprend progressivement ses droits ? Mr Tebrick refuse d'abandonner son épouse. Il renvoie ses domestiques pour protéger son secret, tente de maintenir les habitudes du couple et continue à traiter Silvia comme sa femme. Pendant quelque temps, celle-ci accepte encore de porter des vêtements, de prendre le thé ou de jouer aux cartes. Mais, peu à peu, l'instinct animal devient plus fort que les conventions humaines… Mais chut, je ne veux pas en dire plus...

Tout est décrit avec beaucoup de délicatesse et de pudeur ce qui donne au roman une tonalité à la fois tendre, mélancolique et très troublante. L’auteur raconte cette histoire invraisemblable avec naturel comme s'il s'agissait d'un simple accident de la vie ! On finit par oublier l'impossibilité de la situation pour se concentrer uniquement sur les sentiments du mari dont l'amour ne faiblit jamais malgré la métamorphose de celle qu'il aime. Son attachement devient même plus poignant à mesure qu'il comprend qu'il ne pourra ni la retenir ni lutter contre sa nature retrouvée.

Le roman peut se lire de multiples façons et c’est cela qui fait sa richesse ! On peut y voir une réflexion sur l'animalité qui demeure en chacun de nous, sur le refus des conventions sociales, sur la place des femmes dans une société très codifiée, sur la liberté, le désir ou encore l'acceptation de l'autre dans sa différence. Le récit échappe aux catégories habituelles : ce n'est ni un conte moral, ni une fable, ni un roman fantastique classique. Ce qui est certain, c’est qu’il s’agit d’une belle histoire d'amour racontée de façon extrêmement touchante.

La personnalité de l'auteur ajoute encore à la singularité de l'œuvre. Membre du groupe de Bloomsbury, proche de Virginia Woolf, il a eu des relations homosexuelles avec Duncan Grant. Plus tard, lorsque Grant eut une fille avec Vanessa Bell (sœur de Virginia Woolf), Garnett jura qu’il épouserait cette jeune Angelica lorsqu’elle aurait vingt ans. Et c’est ce qu’il fit. Je ne me lancerai pas dans des analyses psychologiques hasardeuses... mais si vous avez des idées...

Aujourd’hui, on pourrait en faire un lecture écoféministe : la métamorphose de Silvia peut être comprise comme une émancipation progressive des rôles que la société assigne aux femmes : en abandonnant peu à peu les vêtements, les codes de la bienséance, la vie domestique et les attentes de son mari, Silvia retrouve une liberté qui passe par une libération du corps et le contact avec la nature. Loin d'être une simple régression vers l'animalité, cet ensauvagement apparaît comme une reconquête de soi.

David Garnett semble aussi interroger la place de l'humain face au vivant : la nature n'est pas un décor mais un refuge, une source de bonheur. À l'heure où les questions d'écoféminisme, de réensauvagement et de coexistence avec le vivant occupent une place importante, « La Femme changée en renard » apparaît comme très moderne. Le roman peut aussi se lire comme une invitation à repenser notre rapport au corps, à la nature et au vivant, quel qu’il soit.

J’ai adoré !!!


 

mercredi 15 juillet 2026

Ton cadavre exquis de Marion Quantin

Éditions P.O.L
★★★★★

Le point de départ de « Ton cadavre exquis », premier roman de Marion Quantin, est pour le moins audacieux : une thanatopractrice obtient le droit d'embaumer son propre père, mort la veille. Terrible tête-à-tête.

Pendant les soins qu'elle lui prodigue, elle lui parle. Elle déroule le fil d'une vie passée sous l'emprise d'un père fascinant et destructeur. Cette chambre froide devient le théâtre d'une véritable autopsie du passé où chaque incision dans le corps fait remonter une blessure de l'enfance.

Le père est une figure profondément ambivalente : alcoolique, violent, imprévisible, capable d'humiliations terribles mais aussi fantasque, lumineux, drôle, extraordinaire par moments, lui qui transformait les repas en batailles joyeuses et faisait du réel un terrain de jeu.

Toute la force du roman réside dans cette impossibilité de réduire un être à ses fautes. Marion Quantin refuse les jugements simples et explore avec une immense justesse la complexité des liens familiaux, ces amours qui survivent parfois malgré tout.

Le métier de thanatopractrice devient une magnifique métaphore de l'écriture. En réparant, nettoyant, suturant, elle redonne une dignité au corps du père et tente aussi de réparer ce qui peut encore l'être dans leur histoire. Elle ne gomme ni les violences ni les traumatismes mais elle refuse que le dernier mot appartienne uniquement au dégoût et à la honte.

C'est bouleversant parce qu'il ne s'agit pas d’un pardon facile mais d'un lent travail de deuil, d’amour et d’apaisement nécessaire pour continuer à vivre.

Elle décrit les gestes de la thanatopraxie sans détour, avec une crudité qui pourrait être insoutenable mais qui devient profondément humaine car ce sont des gestes de réparation. J’ai trouvé que ces moments de « maquillage » du corps, paradoxalement souvent amusants, permettent de supporter les analyses du passé qui sont très fortes et chargées en émotion. On sent que les uns relèvent d’un dispositif narratif tandis que les autres sont du domaine du vécu.

Ce premier roman est d'une maturité remarquable. Il parle du deuil, de l'emprise, de la transmission, de l'amour filial dans ce qu'il a de plus contradictoire mais aussi de la capacité de la littérature à nommer et à faire évoluer les sentiments sans jamais trahir le passé.

Bravo !  


 

lundi 13 juillet 2026

La bagarre de Lauren Groff

Éditions de l'Olivier
★★★★★
(coup de coeur!)

Génial, oui, je n’ai qu’un mot : GÉNIAL. Ce recueil de neuf nouvelles est le premier texte de Lauren Groff que je lis et j’avoue que jusqu’à maintenant, j’avais tendance à placer Carver « number one », sans ex aequo possible ! Mais là… j’ai trouvé absolument tout ce que j’aime en littérature : rien d’attendu, une imagination folle qui va se nicher dans les moindres détails et qui crée des personnages attachants, d'une profondeur et d’une humanité incroyables. Quelle maîtrise!

On entre immédiatement dans leur vie, on comprend leurs peurs, leurs envies, leurs contradictions, leurs doutes. Lauren Groff s'intéresse à celles et ceux qui avancent malgré tout et qui supportent violence, deuil, culpabilité, regrets, injonctions, blessures invisibles... Jusqu’à un certain point...

Ses héroïnes, souvent, sont des femmes qui vacillent, qui doutent, qui tombent parfois, mais qui trouvent toujours la force de continuer. La bagarre du titre n'a rien de spectaculaire : elle est intérieure, silencieuse, quotidienne. Elle est faite de silences et de luttes secrètes. C'est celle que l'on mène contre soi-même, contre les autres, contre la fatalité, pour continuer à vivre...

En quelques lignes, l’autrice installe des personnages, une atmosphère, une saison, une lumière, un décor. Tout est à sa place, rien n'est superflu. Tout est signifiant. Son écriture est très précise. Elle est douée pour le détail qui révèle, la petite touche qui en dit long. Pas besoin de développement, tout est là et l’on n’en revient pas que ce soit aussi fort.

J'ai également été frappée par la place qu'occupe la nature. Les paysages ne sont jamais de simples décors : la neige, les forêts, les étangs, la chaleur, le vent, la lumière deviennent des personnages à part entière. Ils accompagnent les émotions, les amplifient, les apaisent parfois. Cette lumière, justement, traverse tout le recueil. Même lorsque les histoires sont sombres, lorsque la mort rôde, que les familles se fissurent ou que la violence surgit, Lauren Groff laisse toujours filtrer un éclat, un souffle d'espérance.

Elle parvient à faire cohabiter la joie et la douleur, la tendresse et la cruauté, le désespoir et l'élan vital : «En tout être humain il y a à la fois un animal et un dieu qui se livrent une lutte à mort » écrit-elle.

J’ai refermé ce recueil complètement secouée, touchée personnellement par certaines phrases, celles qui font que l’on arrête momentanément la lecture tellement elles résonnent en nous, de ces phrases dont on se dit : voilà, c’est ça, ce sont les mots que je cherchais, qu’il me fallait trouver, dont j’avais besoin.

Chaque nouvelle, véritable roman en miniature, est d'une force remarquable. J’ai adoré !



 

vendredi 10 juillet 2026

Solo tu de Philippe Fusaro

Éditions Sabine Wespieser
★★★★★

Merveilleux livre qui m’a fait vivre une après-midi entière dans un petit village du sud de l’Italie : Polignano a Mare... Comme j’étais bien là-bas ! Quelle douceur de vivre… Vraiment, lisez ce texte délicieux et laissez-vous aller… Je parie qu’il sera votre roman de l’été !

C'était ma première rencontre avec l'univers de Philippe Fusaro et « Solo tu » m'a séduite et bouleversée.

Dès les premières pages, on quitte les nuits romaines du mythique Piper Club pour suivre Gianni, dandy fatigué, vieux beau, un brin ringard, qui fréquente la même boîte de nuit depuis des lustres et qu’on ne regarde plus malgré ses costumes impeccables. Il boit beaucoup, rentre en titubant au petit matin. Il a ses secrets, ses peines.

Ce début de roman m’a fait penser au magnifique texte de Gianfranco Calligarich : « Le Dernier été en ville ». Même atmosphère mélancolique...

Une nuit, il rencontre la femme d’un bassiste punk qui se produit dans la boîte : elle s’appelle Carmela. Ne vous attendez pas à une folle histoire d’amour ! C'est précisément ce qui m'a séduite dans ce roman : Philippe Fusaro raconte plutôt les amitiés qui réparent, les familles que l'on choisit, les secondes chances qui arrivent sans prévenir.

Il parle aussi de l’Italie ! Alors là, quel bonheur : on sent la chaleur blanche des Pouilles, on imagine la mer turquoise, les baignades, les cafés qui s'éternisent, les petites places de village, les livres (il est question d’une merveilleuse librairie et d’un libraire adorable), les chansons italiennes en fond sonore. Tout respire la douceur, la délicatesse mais cela ne signifie pas que tout le monde nage dans un bonheur absolu car il est question aussi de nostalgie, du temps qui passe, de la perte…

L'écriture est fluide, musicale, poétique. « Solo tu » est un roman que je qualifierais de « livre-bonbon » : gourmand, tendre, réconfortant, plein d'humanité, mais avec cette légère pointe de mélancolie qui lui évite d'être trop sucré.

Maintenant, j’ai juste une furieuse envie de réserver un billet pour Polignano a Mare! Qui vient avec moi ?








 

Azucre de Bibiana Candia

Éditions du Typhon
★★★★★


Si vous aimez les romans d’aventures, croyez-moi, j’ai ce qu’il vous faut : il s’agit d’un petit livre qui s’appelle « Azucre » de Bibiana Candia. Dès les premières pages, on est happé par cette histoire vraie, celle de trois cent quinze jeunes Galiciens qui, en 1853, quittent leur terre où ils vivent pauvrement pour rejoindre Cuba. Séduits par la promesse d'une vie meilleure dans les plantations de canne à sucre, ils se lancent dans l’aventure et embarquent avec leurs rêves, leur naïveté et un espoir immense, sans imaginer une seconde l'enfer qui les attend.

Car en effet, ce qu’ils ne savent pas, c’est qu’ils vont devenir esclaves...

Ce qui m'a le plus impressionnée, c'est la force incroyable de l'écriture. Chaque scène a une intensité presque cinématographique. Et franchement, il faut s’accrocher car certaines descriptions sont plus que réalistes ! On entend le bois du navire craquer, on respire l'air vicié et étouffant de la cale, on ressent roulis et tangage (et l’envie de vomir qui va avec!), ainsi que la faim, la soif, la peur et cette attente interminable qui ronge les hommes bien avant leur arrivée. (Des hommes qui, pour certains, découvraient la mer pour la première fois!) Le récit est très rythmé, musical, nerveux et c’est comme si l’on était entraîné dans ce terrible piège avec ces jeunes hommes horrifiés...

Le titre doit se lire comme une antiphrase : Azucre, « sucre » en galicien, évoque la douceur, alors qu'ici il a le goût amer de l'exploitation, de la souffrance, de la mort et des illusions perdues.

Bibiana Candia voulait redonner une voix et une identité à ces oubliés de l'Histoire et c’est ce qu’elle parvient à faire avec une puissance d’évocation étonnante et une très grande humanité.

Un texte vraiment poignant !







 

mardi 7 juillet 2026

Inventer sa chambre à soi de Chantal Thomas

Éditions Rivages Poche
★★★★★

 Tandis que j’écris là, dans ma pièce, mon bureau, où je viens d’installer un lit pour me reposer, je mesure la chance que j’ai d’avoir toujours eu un espace à moi, lieu de lecture, d’écriture, de pensée, de retrait, lieu de liberté totale. Une pièce à moi, dans ma maison.

La lecture d’« Inventer une chambre à soi », petit livre discret, à l’image de son autrice, m’a fait réaliser de nouveau à quel point certaines femmes ont dû lutter pour obtenir ce refuge. C’est le cas de Virginia Woolf, Colette et Patti Smith qui ont dû inventer leur propre géographie de liberté, un espace conquis sur les contraintes, les attentes, les injonctions des autres.

Virginia Woolf avait compris que la création avait besoin de conditions matérielles autant que de silence. Il faut aux femmes de l’argent pour être indépendantes et pouvoir s’offrir la possibilité d’un repli, d’un retrait. (C’est le sujet du magnifique texte d’Édouard Louis sur sa mère : « Monique s’évade ») Elle s’était fait construire un cabinet d’écriture dans son jardin, le fameux Monk’s House où je rêve d’aller.

Colette, la prisonnière, la captive, a dû lutter jour après jour pour s’arracher aux griffes de Willy et s’octroyer une petite table plus ou moins bancale et encombrée. Cela n’a pas été facile pour elle qui n’avait ni diplôme, ni argent et n’était ni parisienne ni du milieu. Sa dépendance était immense et l’emprise de Willy sans fin.

Patti Smith, elle, choisit les cafés new-yorkais, transformant le brouhaha du monde en lieu d’écriture. Lorsque son café préféré fermera, le patron lui offrira la table où elle travaillait.

Trois femmes, trois époques, trois façons d'habiter l’espace et une même fidélité à cette nécessité intérieure qui consiste à préserver un territoire où l'esprit peut enfin circuler librement. Il est important de noter que ce n’est pas un livre qui célèbre le retrait du monde. Non, il rappelle simplement que l’on ne peut créer que dans un espace protégé où personne ne décide à notre place. Ce lieu peut être matériel et immatériel. Il est en tout cas loin de toute charge mentale, vraie prison de l’esprit dont on ne parle pas assez.

Chantal Thomas ne plaque jamais de théorie sur ces destins. Elle les approche avec délicatesse, y glisse ses propres souvenirs, ses propres désirs d'indépendance, et c'est sans doute ce qui rend son texte si attachant. On sent qu'elle n'écrit pas sur ces femmes mais avec elles, auprès d’elles.

Au fil des pages, la réflexion déborde largement le cadre de la littérature. Dans un monde où chaque instant semble envahi par les écrans, les notifications et l'urgence de répondre, la question devient presque politique : savons-nous encore préserver un espace qui ne soit qu'à nous ? Pas pour produire davantage, mais pour lire, rêver, marcher, observer, laisser venir une idée. Ce petit livre rappelle avec une infinie douceur que la liberté ne tient pas toujours à de grands bouleversements. Elle commence parfois par une porte que l'on ferme, une table où l'on s'assoit, une marche dans la forêt, une heure que l'on décide de ne donner à personne. Et c'est peut-être cela, finalement, inventer sa chambre à soi : trouver le lieu, réel ou invisible, où l'on cesse enfin d'être disponible pour le monde afin de devenir disponible à soi-même. Pas simple, notamment quand on a une famille et des enfants, mais il faut absolument lutter dans ce sens !


 

lundi 6 juillet 2026

La Vie entière de Timothée de Fombelle

Éditions Gallimard
★★★★★

 C’est le genre de texte qui passerait presque inaperçu dans l’avalanche d’une rentrée littéraire : il avait retenu mon attention en septembre 2025 et depuis, je l’avais oublié. Le hasard m’a fait le recroiser… Et j’ai beaucoup aimé !

Nous sommes à Paris, pendant la guerre, dans une chambre où Claire, jeune résistante, attend un homme. Elle a été enrôlée en tant que dactylographe pour fournir des documents. Elle est tombée amoureuse de Blanche, lui aussi résistant, qui vient régulièrement dicter à la jeune femme les écrits dont il a besoin. Et maintenant, elle l’attend. L’homme ne vient pas : peut-être a-t-il été arrêté, torturé, peut-être est-il mort ?

Pour lutter contre cette attente insoutenable, Claire a choisi d’écrire, de raconter, d’imaginer un avenir avec lui, Blanche, l’homme qu’elle aime. Elle prend le parti d’échapper au réel et de s’inventer une vie. Elle s’imagine en couple, entourée d’enfants, vivant des moments heureux et tendres dans un monde apaisé.

Elle se fabrique une vie entière à partir du manque, de l’absence, elle construit un récit et cet acte d’écrire, geste performatif, est sa façon à elle de résister, de s’opposer, de dire non. Elle imagine sa vie rêvée, le plus vite possible, comme entraînée par son rythme de frappe, follement, dans une dynamique de vie magnifique.

L’écriture, à travers des phrases courtes, nominales, mime cette urgence à vivre par l’imagination cette vie idéale. La syntaxe s’affole, les pensées se pressent, le temps est compté car le monde vacille et sombre dans l’enfer.

La machine à écrire n’est plus un simple objet, elle devient une arme contre la disparition et la mort, chaque frappe ouvrant une possibilité, chaque mot repoussant l’effondrement imminent. Écrire comme tentative de survie et de projection vers un autre monde.

Ce texte bref, tout en intensité et en tension, montre que le sentiment de la vie ne se mesure pas en années mais en puissance d’imagination, seule force capable de s’opposer et de vaincre le réel.

Et chose extraordinaire, ce roman, dans sa brièveté même, parvient à contenir exactement cela, une vie entière intensément rêvée et rêvée tellement fort qu’on a l’impression qu’elle a été vécue.


 

samedi 4 juillet 2026

Venise, millefleurs de Ryoko Sekiguchi

Éditions P.O.L
★★★☆☆

 Je me souviens d’un jour où, descendant les Champs-Élysées, j’avais été fascinée par des plantes sauvages qui ondulaient dans le vent. L’ensauvagement des villes m’impressionne toujours. J’y vois le vivant reprendre possession de bâtiments anciens, presque morts, comme dans un geste de fantaisie, un élan de vitalité, une forme de joyeux irrespect à l’égard de l’ordre établi. C’est pourquoi ce « Venise, millefleurs » a immédiatement retenu mon attention.

J'avais très envie de retrouver l'univers de Ryoko Sekiguchi après le magnifique « Nagori » que j’avais adoré (il était question des saisons, de la nourriture, du temps, de la mémoire… une vraie splendeur !)

Avec « Venise, millefleurs », l’autrice relève un défi de taille : écrire sur une ville qui a déjà inspiré d'innombrables écrivains. Pour contourner les clichés, elle choisit un angle original en faisant du végétal le fil conducteur de son récit.

Tout commence par la découverte d'un herbier du XIXᵉ siècle ayant appartenu à une certaine Ilaria. Il est accompagné de notes et de petits commentaires plus ou moins intimes. À partir de cet objet fragile, l'autrice écrit un texte où se mêlent des extraits de l’herbier d’Ilaria, dont certaines pages sont d’une infinie beauté, de « l’herbier » de l’autrice où elle note ses impressions, des lettres imaginaires adressées à Ilaria, la mystérieuse botaniste, des anecdotes historiques ou artistiques. On découvre une Venise inattendue, différente de la ville-musée que l’on connaît : jardins secrets, plantes sauvages, arbres, fleurs, potagers retiennent l’attention de l’autrice, de même que les îles de la lagune qu’elle explore. L'idée est intéressante et l'écriture de Ryoko Sekiguchi simple et délicate. Quelques notations m’ont touchée mais, honnêtement, je suis restée un peu en dehors de cette lecture et j’ai du mal à expliquer pourquoi. J'ai souvent eu l'impression que le livre cherchait son sujet (l’autrice l’avoue clairement au début) puis, par la suite l’autrice s’interroge sur la façon de traiter ce sujet, dans quelle direction aller. Ce n’est pas le fait que ce texte soit formé d’éléments disparates qui m’a gênée mais c’est le sentiment que certains d’entre eux étaient un peu artificiels, peut-être même inutiles.

J'admire vraiment le projet et la richesse des recherches qui l’accompagnent, mais je n'ai pas ressenti l'émotion que j'avais éprouvée avec « Nagori ». Cela reste un très beau livre, écrit dans une langue élégante et qui offre un regard singulier sur Venise, mais j’ai plus d’admiration pour l’idée que pour la réalisation de celle-ci.

Un livre dont je retiendrai la beauté de certaines pages, sans qu'il parvienne toutefois à me convaincre autant que son précédent ouvrage : « Nagori » dont je vous recommande vivement la lecture !


 

lundi 29 juin 2026

Atelier 4 de Hélène Gestern

Éditions Grasset
★★★★★

 De ce livre, je n’ai fait qu’une bouchée et franchement, je n’ai pas boudé mon plaisir de lectrice. Alors oui, il est de facture classique dans la forme et dans l’écriture, oui, on a vu plus original dans le dispositif narratif, oui, on se doute un peu de ce qui va arriver, mais honnêtement, quel plaisir j’ai eu à le lire ! Quelle tension narrative ! Impossible de lâcher ce roman aussi captivant qu'intelligent, qui avance avec le suspense d'un polar tout en dressant un portrait implacable du monde du travail.

Donc, ne chipotons pas ! C’est un bon roman, n’en déplaise aux grincheux !

Tout commence par la mort de Natacha, ingénieure chimiste dans une usine de papier éco-certifié : une chute alors qu’elle se trouvait dans un atelier pour lequel elle n’avait pas d’autorisation d’accès. Accident ? Suicide ? Sa sœur Irène, médecin généraliste, refuse les explications toutes faites et se lance dans une quête de vérité qui va peu à peu faire voler en éclats les mensonges d'une entreprise où la rentabilité est le seul mot d’ordre même s’il détruit tout sur son passage : les employés et leur famille. Hélène Gestern dissèque avec une précision remarquable et beaucoup d’efficacité les mécanismes du harcèlement, du burn-out, des pressions managériales et de l'omerta qui protège les puissants. J’ai aimé le personnage d'Irène, la narratrice, une femme courageuse, forte, prête à tout sacrifier pour comprendre ce qui est arrivé à sa sœur. Derrière cette enquête se dessine une réflexion profondément humaine sur le travail, le deuil et le courage de celles et ceux qui refusent de détourner le regard : les fameux lanceurs d’alerte.

Un roman social fort, poignant et terriblement actuel.

Alors, moi je vote pour ! J’ai adoré !  


 

samedi 27 juin 2026

Une Saison à Téhéran de Lucie Azema

Éditions Les Corps Conducteurs
★★★★★

 Si je vous dis que lire ce livre, c’est voyager, vous allez me dire que je sombre dans les pires clichés (avec cette chaleur, l’esprit tourne au ralenti!) Et pourtant, c’est VRAI : tandis que je me liquéfiais entre deux heures de cours dans une salle des profs devenue une étuve, je profitai d’une légère percée de lumière entre deux lattes de volet cassé pour lire « Une saison à Téhéran » et honnêtement, le climat aidant, je me suis sentie loin, très loin, perdue dans les petites rues de Yazd sous un soleil de plomb... et c’était merveilleux.

Ce n’est pas le premier livre que je lis sur ce pays mais la différence, c’est que Lucie Azema n’a pas souhaité partir pour prouver qu’elle n’avait peur de rien ou ne parler du pays qu'à travers son régime politique. Non, elle a fait le choix de raconter la vie quotidienne : celle des tasses de thé qui ponctuent les journées, des taxis qui sillonnent Téhéran (coup de coeur pour le mostaghim qui n’avance qu’en ligne droite!), des cafés et des librairies où l'on passe des heures à discuter, des marchés, de la cuisine, des oiseaux qui accompagnent les matins, de la musique, de la poésie, des histoires d'amour et d'amitié et de cette manière si particulière qu'ont les Iraniens de prendre le temps (être en retard est une règle de vie!)

Elle a vécu plusieurs années en Iran, appris le persan, enseigné le français et partagé le quotidien de nombreuses familles. À travers son regard sensible, sincère, on découvre un Iran intime : elle nous fait entrer dans une culture qu'elle aime plus fort que tout. Elle s’intéresse à la poésie et à la langue persane qu'elle décrit avec passion et précision, à l’art des délicates miniatures, aux motifs des tapis, aux traditions.

Elle raconte des anecdotes souvent très drôles sur les mœurs si différentes des nôtres comme cette règle de politesse qui consiste toujours à refuser quand on vous propose quelque chose.

Elle n’oublie pas de parler de la situation politique et des atteintes aux libertés mais elle préfère mettre au centre de son livre les femmes et les hommes qu'elle a rencontrés, leur hospitalité et leur immense générosité.

C'est sans doute ce qui rend ce texte si touchant : il ne cherche ni à idéaliser ni à condamner mais simplement à montrer un pays dans toute sa complexité et son humanité. On ressent à chaque page l'attachement profond de l'autrice pour cette terre où elle a vécu, aimé et construit une partie de sa vie.

Son écriture est poétique, sensuelle, parfois mélancolique, toujours lumineuse. On découvre Téhéran, mais aussi Ispahan, Shiraz ou Persépolis et même l’île de Qeshm dans le détroit d’Ormuz... autant de lieux chargés d'Histoire où l’on peut admirer palais, jardins, mosquées ou paysages somptueux qu’elle nous dévoile à travers SON regard, SES sensations et SES émotions. Son texte donne à voir, à écouter, à sentir, à respirer. Il est vivant et incarné.

J’ai adoré cette lecture profondément humaine qui m’a « physiquement » fait voyager. Je suis simplement triste de me dire que je ne verrai peut-être jamais ces lieux ni ne rencontrerai ces gens…  


 

vendredi 19 juin 2026

Mon refuge et mon royaume d'Arundhati Roy

 

Éditions Gallimard
Traduit de l'anglais (Inde) par Irène Margit
★★★★★
Coup de coeur!

STOP ! ARRÊTEZ TOUT, et courez acheter ce livre que vous n’oublierez JAMAIS ! Je vous en supliiiiie, lisez ce texte IMMENSE, cette autobiographie INCROYAAABLE : celle que nous propose la fabuleuse Arundhati Roy.

« Elle était mon refuge et mon orage » écrit l’autrice dès les premières pages. Cette formule résume parfaitement la relation qui unit Arundhati Roy, l’autrice, à sa mère : amour mêlé de peur, admiration mêlée de colère, un sentiment de dette infinie et une volonté folle de rompre tout en sachant que c’est impossible !

Cette mère, Mary Roy, est un vrai personnage de roman voire de conte tellement elle est terrible. Elle a un parcours surprenant : dans l’Inde des années 60, elle quitte un mari alcoolique (qu’elle appelait « l’Homme de Rien »), élève seule ses deux enfants, crée une école devenue une vraie institution, mène un combat pour le droit des femmes à l’héritage. Mary Roy est une pionnière, une féministe, une battante, une femme qui a donné des ailes à des générations de jeunes filles.

Mais pour sa propre fille, l’histoire est bien plus compliquée.

En effet, Mary Roy est aussi une mère tyrannique, imprévisible, extrêmement cruelle, dont les crises de colère et de violence sont quotidiennes. Un exemple ? « Tu es laid et stupide. À ta place, je me suiciderais » hurle-t-elle à son fils. Ses enfants ne l’appellent jamais « maman » : ils la surnomment « notre banquière » puisque cette dernière leur avait demandé « des retours sur investissement substantiels. » Des mauvaises notes à l’école ? C’est le cauchemar à la maison. « Il se rappelait avoir été aimé. Moi, pas. Heureusement. » ironise l’autrice.

« J’ai quitté ma mère, non parce que je ne l’aimais pas, mais pour pouvoir continuer à l’aimer » avoue Arundhati qui, à seize ans, quitte le Kerala pour Delhi où elle vivra mille aventures au risque de perdre la vie.

Ce qui m’a frappée dans ce récit, c’est l’incroyable honnêteté de l’autrice. Elle ne cherche jamais à régler ses comptes. Elle ne transforme pas sa mère en monstre et pour autant, n’essaie pas de l’excuser. Elle tente simplement de comprendre comment une femme capable d’une telle générosité envers les autres a pu être si brutale avec ses propres enfants. On se demande comment Arundhati Roy a réussi à survivre malgré une enfance pareille ! Beaucoup auraient sombré. Elle aurait pu se perdre, se laisser écraser par cette mère qui occupait tout l’espace. Au contraire, elle va trouver au plus profond d’elle-même une énergie de survie extraordinaire.

Si Mary Roy apparaît comme une mère dévorante, elle est capable, avec ses élèves, de créer un monde neuf : « Mrs Roy s’était donné pour mission de détromper les garçons sur leur prétendu pouvoir à dominer. Elle a fait d’eux des hommes attentionnés, respectueux… D’un certaine manière, elle les a libérés, eux aussi. Elle les a délivrés du fardeau de se conformer à l’image que la société se faisait d’eux. Elle a élevé des générations d’hommes doux avant de les envoyer dans le monde. Quant à ses élèves filles… l’esprit qu’elle leur a insufflé n’était rien moins que révolutionnaire. Elle leur a donné une colonne vertébrale, elle leur a donné des ailes, elle les a aidées à s’envoler. »

Arundhati deviendra architecte, puis scénariste, actrice et enfin écrivaine. Elle suivra le modèle de sa mère à travers son engagement politique, écologique et féministe. Toutes deux refusent de se taire et de plier. Là-dessus, elles se ressemblent! Elle hérite malgré elle de la force de sa mère, de son obstination, de son refus des compromis. Cette transmission est l’un des aspects les plus fascinants du livre.

Un autre aspect abordé est celui de la naissance d’une écrivaine. On suit l’enfance bohème d’Arundhati, ses années de débrouille à Delhi, ses amours, ses découvertes artistiques, puis l’écriture du « Dieu des Petits Rien » et le séisme que provoque son succès mondial. Mais même lorsqu’elle devient une figure littéraire internationale, sa mère continue d’habiter chacune des pages.

Et puis, il y a cette langue magnifique, libre, inventive, traversée d’images fulgurantes. Malgré les blessures racontées, l’humour est omniprésent, un humour souvent mordant, parfois tendre qui empêche le récit de sombrer dans le règlement de compte.

Au fil des pages, c’est aussi toute l’Inde contemporaine qui se dessine : les inégalités, les violences faites aux femmes, les combats idéologiques, les tensions politiques et religieuses. Les problèmes sont parfois complexes mais toujours passionnants. Jamais ces questions ne prennent le pas sur ce qui demeure le coeur battant du livre : le lien mystérieux qui unit une mère et sa fille.

J’ai refermé ce livre avec le sentiment d’avoir rencontré deux femmes exceptionnelles. L’une admirable et insupportable, l’autre blessée (on le serait à moins!) mais debout. Elles sont chacune, à leur manière, des femmes libres.

« Mon refuge et mon orage » est une autobiographie admirable, le récit d’une émancipation inouïe, presque forcée, une réflexion sur l’écriture et sur l’engagement.

Bravo !

lundi 15 juin 2026

Le Volume du temps de Solvej Balle

Éditions Grasset
traduit du danois par Terje Sinding
★★★★★

LU D’UNE TRAITE et pourtant je suis loin d’être une grande lectrice de science-fiction. Les univers futuristes, les prouesses technologiques ou les récits d'anticipation ne sont pas vraiment ce qui m'attire en littérature. Pourtant, « Le Volume du temps » de Solvej Balle a retenu mon attention. Pourquoi ? Peut-être parce que l’histoire de l’autrice est incroyable : après avoir voyagé, suivi des études de lettres à Paris VII et travaillé à Shakespeare and Company, elle s’est retirée du monde sur l’île de Ærø au sud du Danemark pendant vingt ans pour écrire ce texte auto-édité. Elle a reçu en 2022 le Grand Prix de littérature du Conseil Nordique.

Et j’ai bien fait de m’y intéresser car c’est une de mes plus belles découvertes de ces derniers mois.

Honnêtement, ça ne ressemble à aucun livre de science-fiction. Que je vous raconte : Tara Selter, antiquaire spécialisée dans les livres anciens, installée avec son mari dans la région de Lille, se réveille un matin et découvre qu'elle revit un jour qu’elle a déjà vécu : le 18 novembre. Le lendemain aussi. Puis les jours suivants. Elle seule semble consciente de cette anomalie, ce qui la plonge dans une grande solitude.

Je vous le dis tout de suite : la boucle temporelle dans laquelle Tara est coincée n'est pas un ressort narratif essentiel même s’il crée un certain suspense. Elle devient plutôt le point de départ d'une réflexion vertigineuse sur le temps, la solitude, le rapport aux autres et notre manière d'habiter le monde.

Ce qui m'a particulièrement frappée, c'est que, d'une certaine façon, il ne se passe presque rien dans ce roman. Il n'y a pas de rebondissements permanents ni de révélations fracassantes. Le récit avance lentement, au rythme des observations de Tara, de ses tentatives pour comprendre ce qui lui arrive et de son adaptation progressive à cette situation absurde.

On est plus dans une réflexion existentielle voire philosophique ou métaphysique : Tara prête une grande attention aux plus petits détails : une pluie qui tombe toujours de la même manière, le mouvement d'un arbre dans le vent, le comportement des oiseaux, les objets déplacés, les gestes quotidiens répétés à l'identique. À mesure que les jours s'accumulent, Tara développe une connaissance presque intime de son environnement, ce qui lui donne une certaine forme de connaissance et de liberté puisqu’elle voit des choses qu’elle ne percevait pas avant.

J'ai adoré le ton du livre, fait de silence, de contemplation et de réflexion. Solvej Balle prend le temps d'explorer ce que signifie vivre lorsque toute perspective d'avenir disparaît. Comment continuer à exister quand plus rien n'avance ? Comment préserver un lien avec les autres ? Comment donner du sens à ses journées lorsqu'elles sont toutes identiques ?

Il y a également quelque chose de profondément poétique dans l’écriture. L'autrice fait du quotidien, de l'ordinaire, sa matière romanesque et parvient à rendre passionnants les gestes les plus anodins, nous invitant par là même à ralentir, à observer, à réfléchir à notre propre rapport au temps.

« Le volume du temps » est un texte singulier, vraiment fascinant, hyper addictif qui m'a complètement embarquée. J’ai déjà commandé le 2e tome… il y en a 7 !