Comment imaginer l’incroyable histoire qui est à l’origine de La Grande Arche ? Disons-le tout de suite : voici un livre passionnant. Nous sommes en 1983, François Mitterrand entouré de ses amis politiques s’apprête à ouvrir une enveloppe dans laquelle se trouve le nom du vainqueur du grand concours d’architecture Tête-Défense. Il a choisi une maquette représentant un cube ouvert, une Arche de plus de cent mètres de haut dont l’emplacement est déjà réservé depuis plus de quinze ans. (Bâtiment dont on mettra un temps considérable à savoir que faire, mais c’est un détail !) L’architecte s’appelle Johan Otto von Spreckelsen. Et il est totalement inconnu.
Dès le début, tout va être compliqué, très compliqué. D’abord, il va falloir le prévenir. Mais Monsieur Spreckelsen, de nationalité danoise, est à la pêche. Il n’est pas joignable. Il reviendra bientôt. On envoie un fonctionnaire français dans le Jutland pour tenter de retrouver notre lauréat.
Ce début est à l’image de l’ensemble du roman, allais-je écrire, tellement la réalité dépasse la fiction. En effet, c’est l’histoire d’une inadéquation totale entre un homme et ce qu’on attendait de lui et deux façons antagonistes d’être au monde : il est danois, la réalisation sera française. Rien n’a collé. RIEN. Je ne veux pas vous raconter le détail, ce serait dommage mais sachez quand même que cet homme avait très peu bâti : trois petites églises autour de Copenhague et… sa propre maison ! Et là, il se lançait dans un projet démesuré, titanesque, colossal. Réalisable ? Pour certains, non. Très clairement. Pour d’autres (dont Mitterrand), il fallait l’écouter et ne pas le contrarier. Oui mais jusqu’où ? Paraît-il d’ailleurs que Mitterrand avait été séduit par les plans évanescents de l’architecte, des plans manquant de précision et peut-être, diront les mauvaises langues, de rigueur. C’est donc une histoire tragique que celle de la Grande Arche, mettant en scène un personnage très attachant, seul et incompris, qui va payer de sa vie cette incompréhension fondamentale dont il sera la victime et qui ne verra jamais son œuvre achevée. Peut-être est-ce mieux comme cela puisqu’elle ne ressemble pas à ce qu’il voulait.
Lisez ce texte fascinant, drôle, touchant, très bien écrit et dont la construction originale rend la lecture très agréable. Un vrai coup de coeur.
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