Je crois que je n’ai jamais vu de film aussi beau, esthétiquement parlant. Toutes les images sont des tableaux qui m’ont fait penser aux toiles de Vilhelm Hammershøi. C’est somptueux, fascinant, envoûtant. Même l’affiche est sublime. C’est l’histoire de femmes d’une même famille sur quatre générations dans un même lieu : une ferme de l’Altmark au nord de l’Allemagne. On se perd un peu au début mais très vite on devine qui est qui. Le film évoque la souffrance des femmes, ce qu’elles subissent à travers les différentes époques, ce qu’elles endurent, leurs traumatismes, leurs obsessions, leurs peurs, et tout ce qu’elles transmettent, sans le vouloir, à leurs enfants, qui feront de même avec leur propre descendance. Ce sont les échos du passé, ces choses dont on hérite et que l’on porte en nous sans le savoir : ce peut être un geste qui reproduit celui d’une aïeule que nous n’avons pas connue ou une mélancolie, un mal-être, un traumatisme dont nous ne soupçonnons pas la provenance mais que nous portons en nous sans savoir d’où il vient. Le passé ne s’efface jamais. Nous vivons avec le souvenir de gens que nous avons à peine connus. Ils hantent notre mémoire. Une voix intérieure dont nous entendons parfois le murmure se fait l’écho de ce qu’ils ont dit. Nos gestes reproduisent les leurs. Nous héritons de leurs douleurs, de leurs souffrances, de leurs silences. Tout se répète. Nous sommes les dépositaires de nos ancêtres. Nous en avons parfois l’intuition. Souvent, dans le film, les personnages semblent nous regarder d’un air interrogatif et absent comme si nous étions ces gens d’autrefois, des fantômes, qui ne sont plus et dont ils sentent confusément la présence. Cette sensation est impressionnante.
Ce film est un chef-d’oeuvre absolu.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire