Emily vit depuis son enfance dans la maison de sa grand-mère disparue. Elle ne souhaite pas quitter ce lieu malgré les lettres de son père, de sa sœur, du notaire qui la pressent de partir. Le père veut vendre. Elle n’a pas à discuter, c’est la loi. Or, ces lieux, elle les aime intimement, viscéralement comme Emily Brontë aimait le presbytère de Haworth et sa lande. Elle vit en osmose avec la nature. Elle habite vraiment ce lieu et va donc entrer dans une forme de résistance face à la violence patriarcale.
L’originalité de l’oeuvre réside dans le projet de l’autrice : donner vie et voix, équitablement, aux bêtes, à la végétation, aux minéraux et aux humains, dans un roman. On imagine derrière ce projet une sensibilité écoféministe et non-violente. La nature n’est plus une toile de fond, un décor mais un personnage, un organisme vivant. Il s’agit donc d’accorder autant d’attention - donc de lignes - à Emily qu’à sa chienne, qu’aux trembles, aux rochers, aux hirondelles et aux abeilles. Le pari est risqué mais pourquoi pas ? L’autrice semble vouloir restituer le monde : bruits, mouvements, odeurs à travers un vocabulaire quasi biologique et des descriptions nombreuses et minutieuses.
Le projet est intéressant mais tout est question de dosage. Si l’on ne veut pas sombrer dans un texte expérimental, exercice de style un peu froid et dont on sentirait l’excès de technique lors de la lecture, il faut doser. Le travail de l’autrice est incontestablement un tour de force mais en découlent deux problèmes majeurs : la lecture est rendue parfois pénible, les descriptions trop nombreuses, trop systématiques m’ont lassée. Et surtout, la rencontre avec le personnage - et même avec la nature finalement- pour moi n’a pas eu lieu. Je ne me suis attachée à personne et n’ai ressenti aucune émotion. J’ai eu l’impression d’observer l’histoire de loin sans participer, alors que, vu les thèmes abordés, j’aurais pu y trouver une place. Bref, j’aurais aimé habiter ce livre mais la porte n’est restée qu’entrouverte. Dommage.
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