J’ai souvent entendu parler de cette autrice sans jamais l’avoir lue : la curiosité l’a emporté et j’ai découvert : « La chair est triste, hélas ! Quel texte ! Quel uppercut ! Je dirais qu’il m’a ouvert les yeux sur des fonctionnements qu’on admet parce que personne ne les remet vraiment en question après des siècles et des siècles de patriarcat. Je peux dire que cet essai féministe m’a bouleversée. Plus qu'une lecture, c'est une gifle, un réveil, une prise de conscience. Il oblige à réfléchir, à réagir, à reprendre possession de son corps, à refuser d’en faire une marchandise au service des hommes. Il donne le courage de dire non quand on ne veut pas. Et c’est immense.
Ovidie raconte son histoire, celle d'une femme qui décide de faire une grève des relations hétérosexuelles après des années de déception, de lassitude et de souffrance. Elle refuse l’asservissement du corps féminin au service du plaisir masculin. « J’ai repensé à ces innombrables rapports auxquels je m’étais forcée par politesse, pour ne pas froisser les ego fragiles. À toutes les fois où mon plaisir était optionnel, où je n’avais pas joui. À tous ces coïts où j’avais eu mal avant, pendant, après. Aux préparatifs douloureux à coups d’épilateur, aux pénétrations à rallonge, aux positions inconfortables, aux cystites du lendemain. À tous ces sacrifices pour rester cotée à l’argus sur le grand marché de la baisabilité. À toute cette mascarade destinée à attirer le chaland ou à maintenir le désir après des années de vie commune. Cette servitude volontaire à laquelle se soumettent les femmes hétérosexuelles, pour si peu de plaisir en retour, sans doute par peur d’être abandonnées, une fois fripées comme ces vieilles filles qu’on regarde avec pitié. Un jour, j’ai arrêté le sexe avec les hommes.»
Ce qu’elle souhaite alors ? Un échange doux, bienveillant, tendre, un plaisir vraiment partagé, équitable, soucieux de l’autre, de son plaisir, de son bien-être, de son consentement. Pas forcément du sexe ! Pourquoi toujours du sexe ? Non, de la douceur, des caresses, du peau contre peau.
À partir de cette décision intime, elle démonte avec une lucidité impressionnante les mécanismes qui régissent les rapports hommes/femmes, les injonctions à rester désirable, à plaire, à séduire, à se conformer à ce que la société attend des femmes. Bien entendu, ces mécanismes de domination se mettent en place aussi (surtout?) dans les rapports sexuels. «Ces féministes, toutes des mal baisées ! Évidemment que nous sommes mal baisées, c'est justement ça, le problème ! Pourquoi devrions-nous en avoir honte ? Ce serait plutôt à nos partenaires de raser les murs ! Ils ont leur part de responsabilité dans cette affaire, me semble-t-il. Je ne suis pas mal baisée parce que je suis féministe, c'est absolument l'inverse : je suis féministe parce que je suis mal baisée. »
Son propos est très pertinent, tellement intelligent et sans tabou. Elle est franche, honnête, dit ce qu’elle a à dire sans détour !
J'ai admiré son courage. Il faut une sacrée force pour s'exposer ainsi, sans chercher à édulcorer son propos ou à le rendre consensuel. Ce livre percutant n'est pas un manifeste, c'est un témoignage, un cri, un exutoire et c'est précisément ce qui le rend si puissant. Ovidie met des mots sur des expériences pénibles que beaucoup de femmes ont connues sans toujours oser les remettre en question par tradition, par pudeur ou par peur de vexer les ego mâles.
Elle interroge nos modèles amoureux et sexuels avec beaucoup de finesse, d’humour et d’autodérision. Et quelle plume ! Son écriture est vive, brillante, souvent drôle malgré la colère qui irrigue chaque page et surtout d'une sincérité désarmante.
J'ai refermé ce livre avec la sensation d'avoir été secouée et avec l'envie d'en parler autour de moi, de le faire lire.
Un texte court, d'une densité incroyable, porté par une femme d'une rare lucidité, qui ose dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas.
J’espère que ces prises de position changeront les mentalités.
Une lecture plus que nécessaire et, pour moi, un immense coup de cœur.
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