Oh ce livre, ce livre… Il me rappelle l’émotion que j’avais ressentie lorsque j’étais allée voir « Perfect days » de Wim Wenders au cinéma : souvenez-vous, Hirayama, cet homme qui se levait tous les matins à l’aube pour accomplir aussi bien que possible son travail : nettoyer les toilettes publiques de Tokyo. Le midi, il allait manger son sandwich sous les arbres et il admirait le doux mouvement de leur feuillage. Être heureux de rien, de tout, des petites choses qu’on ne regarde plus, dont on ne perçoit plus la beauté. Je suis ressortie de cette séance apaisée. Je venais de recevoir une leçon de vie. Depuis, j’y repense très souvent.
Eh bien « Chacun » m’a procuré le même apaisement, le même bonheur.
Et pourtant, ce roman n’est pas vraiment joyeux : Paul Weiss-Melville, 56 ans, cardiologue, vient de perdre sa femme, disparue dans un accident de kayak. Seule son embarcation a été retrouvée. Depuis, déprimé, incapable de reprendre le travail, au fond du trou, il ne fait plus rien de sa vie sinon regarder son jardin par la fenêtre de la maison familiale dont il a hérité et attendre.
Il lui semble parfois sentir la présence réconfortante de ses parents morts depuis longtemps. Sa sœur Chloé spécialiste de la finance, son frère jumeau, Lothar, grand admirateur de Sarkozy et sa belle- sœur, une femme entièrement refaite à coups de bistouri et d’acide hyaluronique sont encore de ce monde, mais que dire à des gens que l’on sent si loin de soi, comment se confier et apaiser sa peine ?
Quant aux nouvelles du monde, elles l’affligent chaque jour davantage, notamment les déclarations de Trump qui finissent de l’accabler complètement.
Bref, rien ne va.
Rien ne va et pourtant...
Quel merveilleux roman à la fois drôle (j’ai beaucoup ri!), piquant, émouvant, poétique et profondément mélancolique !
Chaque page apporte son lot de surprises, d’inattendu, de pur plaisir ! On se laisse porter par le récit et l’on se régale aussi bien de précisions techniques sur le moteur de la Royal Enfield Interceptor 736 cc que d’informations sur la maladie de Brugada.
Mais surtout, ce qui caractérise les textes de Dubois, c’est leur profonde humanité. Et l’idée magnifique et si réconfortante que dans ce monde de brutes une réconciliation est toujours possible. J’en pleurerais, tiens !
J’ai tellement aimé ce texte mais tellement...



