Je suis allée voir la pièce « En attendant Godot » de Samuel Beckett au Théâtre de l’Atelier. J’ai beaucoup aimé la mise en scène de Jacques Osinski : le texte est respecté à la lettre, parfaitement dit et totalement incarné par des acteurs excellents : je pense notamment à Denis Lavant très impressionnant dans le rôle d’Estragon. Son visage ravagé, sa voix éraillée, son corps recroquevillé, ses doigts tordus composent un Estragon très émouvant et époustouflant d’humanité dans ses haillons et ses vieilles chaussures qu’il tente péniblement d’enlever. « Rien à faire » dit-il : les chaussures sont dures à enlever et la vie impossible à vivre… Denis Lavant colle au rôle, il est Estragon, un clochard-vagabond qui a froid, faim, oublie tout et veut partir. « On trouve toujours quelque chose, hein, Didi, pour nous donner l’impression d’exister ? » Tellement touchant dans sa fragilité et son besoin de consolation. Je n’imagine pas un autre acteur s’emparant aussi parfaitement de ce personnage.
J’ai beaucoup aimé aussi Aurélien Recoing dans le rôle de Pozzo : cet acteur a une très forte présence sur scène et une voix qui porte. Il donne une dimension stupéfiante au rôle de Pozzo, personnage fou et inquiétant qui tient attaché à une corde un Lucky joué par Peter Bonke, déchirant et tragique. Quel moment inoubliable que ce monologue fou et ce langage qui se désintègre et se répète comme si l’homme devenait une machine qui s’emballe. Sa performance est exceptionnelle. J’ai peut-être été un peu moins convaincue (là je chipote un peu) par Jacques Bonnaffé dans le rôle de Vladimir que j’ai trouvé moins puissant que les trois autres. L’homme me semble trop élégant, trop naturellement classe. Cela dit, Vladimir est l’intello du duo, celui qui sait et qui protège, celui qui parle aussi.
Le décor dépouillé est beau « Route à la campagne avec arbre, soir » et les chaussures d’Estragon qui restent à la fin au bord de la scène comme au bord du néant avec dans le fond l’arbre dépouillé laissent un tableau très fort. Malgré la situation tragique, malgré le désespoir, on rit (d’eux, de nous), on les regarde se débattre dans leur ennui et leur attente absurde, seuls et perdus, se demandant régulièrement s’ils vont se pendre, s’invitant à se donner la réplique, pour tenter d’exister, pour faire passer le temps. Un temps qui ne passe pas et qui chaque jour s’étire, se répète, toujours semblable, au point que les jours se confondent.
Il reste 3 représentations… faites vite !
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