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mercredi 14 octobre 2026

Faire la peau de Louise Chennevière

Éditions P.O.L
★★★★★

 C’est un cri terrible, une longue plainte, un ressassement douloureux et sublime, celui d’une jeune femme qui écrit un texte d’amour et de haine, un texte performatif : la rupture se fait en même temps qu’elle s’écrit. À vif, jusqu’au bout, avec le livre comme preuve, témoignage, gage, fondement. Et le point final qui pose l’acte. Après, des temps nouveaux.

Ne plus voir sa mère, rompre, pour de vrai, pour toujours.

Ce n’est pas faute d’avoir essayé. Alors Louise dit pourquoi, les faits, les lieux, les actes, l’héritage, le fardeau du passé, le comment s’y prendre pour que ça marche cette fois-ci, comme on se jette à l’eau, rompre n’est pas facile, l’eau est glacée, il faut s’y plonger car y aller lentement ne suffirait pas, d’un coup et hop, c’est fait.

Veiller aussi à remonter à la surface après, pour ne pas y rester, prendre des forces, ne pas céder à l’appel, à l’envie, au besoin, aux larmes, au sentiment terrible et effrayant de solitude absolue et d’abandon.

Il y a tellement d’amour dans tout ça. Tellement d’amour. Et ces « maman » qui reviennent régulièrement au détour des phrases, maman... Petite Louise, petite Louise que j’ai eu si souvent envie de serrer dans mes bras, de consoler, de lui dire que tout ira bien, qu’il faut du temps, qu’il faut être forte. Et encore une fois, ces « maman » ici et là qui m’ont tordue de douleur et cette dernière phrase que je ne peux lire sans pleurer, cette phrase sublime qui dit « c’est juste que le monde ici n’était peut-être pas fait pour toi et moi, qu’il y avait trop d’obstacles entre nous et je voudrais que tu saches que je ne t’en veux pas, non, ce n’est pas ça, c’est juste le passé qu’il faut laisser aller, glisser et emporter les restes de toi et moi, c’est juste qu’il faut vivre, maman, c’était la dernière fois. »

J’ai beaucoup de mal à écrire ici, il faut que je me reprenne. Alors, oui, c’est ça, Louise casse le fameux mythe, l’amour maternel, l’intouchable, l’indéboulonnable, le sacro-saint. Elle le décortique, le déconstruit, le démythifie. Elle dit que c’est un leurre, cet amour maternel, un mensonge, une grosse fiction minable, des filets bien serrés dans lesquels les filles se débattent, un patriarcat déguisé. Elle refuse la domination, l’emprise, la toxicité, elle refuse de rester à sa place, de rentrer dans la case montrée du doigt par la mère. Tu seras ça ma fille, tu feras ça, tu hériteras de ça et tu reproduiras sur tes propres filles la violence que tu auras subie dans le silence.

Non.

Louise refuse de passer sa vie à attendre une preuve d’amour qui de toute façon ne viendra pas. Elle va tenter d’avancer sans. Et de tenir debout.

Un texte vrai, puissant, féministe et qui m’a beaucoup touchée.

Merci Louise.


 

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