De deux choses l’une : soit c’est son dernier livre, une espèce de testament fait d’oublis, de silences et de brefs surgissements de réminiscences à demi éteintes, de belles pages, celles d’un vieil homme qui s’éloigne du monde, soit il y aura d’autres romans et là, c’est un peu court, jeune homme : 89 pages … une économie narrative pour le moins frustrante ! J’en aurais bien lu une cinquantaine de plus !
Cela dit, c’est du Modiano, pur jus, une espèce de concentré même : reviennent en boucle ses thèmes favoris : la mémoire qui disparaît et avec elle, les souvenirs, le passé, les gens que l’on a connus, aimés, les lieux que l’on a traversés… Ne restent que des sensations fugaces, des bribes d’impressions, des fragments de vie qui remontent vaguement à la surface et flottent quelques instants avant de sombrer définitivement…
Paris, bien sûr, qui se rétrécit car on ne traverse plus la Seine pour se rendre sur la rive droite. D’ailleurs, s’éloigner du 7e arrondissement devient dangereux, on risquerait de se perdre. Il est question de l’Est, de l’Ouest (toujours parisien chez Modiano) mais l’on n’y va plus, ce sont des espaces lointains, à jamais perdus. On marche sur de longs boulevards vides du 7e où les pendules semblent s’être arrêtées... La mort rôde, les gens rencontrés sont des revenants, des fantômes, on les reconnaît à peine… Existent-ils vraiment ? On ne sait pas.
Les époques se mélangent, se superposent, les temporalités deviennent poreuses, les repères s’estompent… encore plus que d’habitude me semble-t-il. Les téléphones à cadran côtoient les téléphones portables. Les juke-boxes s’écoutent encore dans les cafés.
Le narrateur se moque de lui-même : il se surnomme « l’éléphant » tellement son corps s’est empâté. Il pèse cent vingt kilos : sortir d’une voiture devient difficile. Il tombe aussi.
« La sensation d’une vitre entre le monde et lui était venue avec le temps, comme on souffre peu à peu de surdité ou que la vue baisse insensiblement. »
Allez, je vais opter pour un texte testamentaire plein de mélancolie et de nostalgie.
Et cependant j’espère bien que ce ne sera pas son dernier !

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