J’ai beaucoup aimé ce petit livre qui nous fait découvrir les relations très fortes qui peuvent lier une éditrice à un écrivain, en l’occurrence ici Irène Lindon, directrice des Éditions de Minuit à Vincent Almendros, auteur. On peut dire que c’est par le plus grand des hasards (mais est-ce vraiment le hasard?) que ces deux-là se rencontrèrent.
Comment décrire Irène Lindon ? Honnêtement, je crois que face à une telle femme j’aurais été littéralement terrorisée. Il faut être en effet bien solide pour affronter quelqu’un d’aussi direct, très sûr de soi, catégorique, autoritaire, brusque, entier, qui vous descend une œuvre et deux ans de travail en un mot et trois coups de cuiller à pot, puis vous raccroche au nez !
Il faut des reins solides au jeune écrivain pour supporter cela ! Le découragement guette. Le doute s’installe. Et le désespoir se transforme en détresse.
À côté de ça, en tant qu’éditrice, Irène Lindon s’adonne à une lecture très fine et précise des œuvres. Elle peut pinailler pour une virgule, un adverbe mal placé, un adjectif inadéquat et se livre à un vrai travail d’édition exigeant, sérieux, méticuleux, obsessionnel dans la recherche de la perfection avec de nombreuses relectures attentives, quasi maniaques.
Mais la communication avec l’auteur reste toujours un peu tendue : le ton est cassant, péremptoire, autoritaire. Les silences sont nombreux.
Parfois, ça en devient comique. Un exemple qui m’a fait rire : Irène rappelle Vincent. Le roman est mauvais. Pourtant, une phrase lui plaît. « Oui, quand le personnage répond : « C’est super ! », c’est très bien ! »
« Signé Irène » nous fait découvrir les coulisses d’une maison d’édition et surtout la manière dont la relation se construit entre un écrivain et son éditeur, la façon dont ce dernier oriente le travail d’écriture, le fait progresser dans un sens ou dans l’autre. On voit bien comment le rapport de domination, d’emprise même se transforme en lien de confiance, de tendresse voire d’amour.
Un très beau texte sensible, plein de retenue et de pudeur et un magnifique hommage à une femme exceptionnelle : Irène Lindon.

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