Au début, on a trouvé ce texte délicieux, bien confortable. Un univers douillet de bourgeois parisiens contents d’être ce qu’ils sont, là où ils sont, à la bonne place, au centre du monde, heureux. On les a presque enviés. Un peu détestés aussi. On s’est dit qu’ils en faisaient des choses, ceux qui avaient des sous. Ils mangeaient bien, fréquentaient les bonnes écoles, les grandes facultés, faisaient trois pas pour aller chez le médecin et au musée, ils s’amusaient bien ensemble, les frères, les soeurs, les pères, les tantes, les neveux, les grands-mères, les oncles, tous, soudés, aimants, aimés. Quelle joie, quelle énergie, quelle force ! On est jaloux de ces gens-là, de ce « on » martelé qui fait battre le coeur de ce grand corps unique, nous qui n’en sommes pas. On goûte avec un plaisir infini le nom des belles choses et des bons mets, les paysages de livres d’images.
Il y en a qui ont de la chance…
Et puis, soudain, ce « on » fatigue, il est trop présent, presque étouffant. On a envie de sortir, de prendre l’air, on étouffe. On ne veut plus être prisonnier de ce pronom qui nous englobe, qu’on le veuille ou non. On se sent piégé. On veut respirer, être libéré. On pose le livre pour aller marcher. On le reprend avec une sensation de malaise. On ne sait pas si on l’aime finalement, ce livre. On ne sait pas trop où il veut en venir, où il nous mène. On s’y replonge un peu tendu, sur ses gardes.
Et l’on comprend. On s’en doutait. On en parle beaucoup en ce moment.
On en ressort épuisé, vidé. On irait bien se coucher.
On a évidemment lu un grand livre. Un peu éprouvant quand même. On le relira peut-être un jour.
Finalement, on est bien content de n’être pas de ces gens.
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