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samedi 2 mai 2020

Terres brûlées d'Eric Todenne


Éditions Viviane Hamy
★★★★☆ (J'ai bien aimé)


J'ai d'abord cru que j'allais avoir affaire à une histoire de cow-boys sur un vaste domaine agricole dans l'Iowa. Eh bien pas du tout… Comme quoi certaines couv' sont trompeuses… Nous sommes à Nancy en novembre 2016 et le lieutenant Andreani a le moral en berne : d'abord parce qu'il rentre de quelques jours de vacances en Corse, qu'il va devoir retourner au taf, réentendre les gueulantes du commissaire Berthaud - sous pression depuis qu'il sait qu'une visite des bœufs-carottes, autrement dit de l'IGPN - est plus qu'imminente…
Évidemment, il pourrait aussi s'arranger avec son Sig Sauer et appuyer gentiment sur la détente en ayant pris soin au préalable de s'le coincer dans la bouche… Autre possibilité...
Pour faire diversion et penser à autre chose, il peut fort heureusement s'échapper de l'épais marasme quotidien en allant manger un bout « Au Grand Sérieux » (où le patron se prend pour le Gaffiot et parle le plus velouté des latins de cuisine), s'offrir de jolis millésimes chez Rodrigo l'épicier espagnol, s'approvisionner en délicieux desserts chez Armorino et surtout, écouter du bon jazz, de la soul ou du rhythm and blues en lançant sur la platine un p'tit Charles Bradley, à moins que vous ne préfériez Curtis Mayfield ou Gerry Mulligan (le titre « Terres brûlées » serait d'ailleurs repris de « Burned Lands » de Charlie Mingus). Il peut aussi compter sur sa fille Lisa pour le secouer un peu et tenter de le recaser (avec la psy du service, Francesca, tiens, en voilà une riche idée !)
Quant à son poto, le lieutenant Couturier, faudra pas trop compter sur lui pour rebooster le moral des troupes : il est dans de sales draps depuis qu'on lui impose de passer une visite médicale à laquelle il a toujours refusé de se soumettre, pour attester de son éventuelle forme physique (pas vraiment un adepte du lifestyle, le gars Couturier...)
Bref, en attendant, un dossier traîne et il va falloir régler ça au plus vite : un incendie domestique dans un pavillon à Laxou, rue des Chartreux… Bon, oui, il y a un cadavre : celui du proprio, un certain Rémi Fournier, un gars poli, discret dont personne ne sait rien. Pas d'effraction, pas de vol : bref, l'affaire n'intéresse personne et le dossier commence déjà à prendre gentiment la poussière. Probablement un accident, conclut l'expert. Ah… C'est le « probablement » de trop, celui qui retient l'attention d'Andreani… Ben oui, quelques zones d'ombre, oh… trois fois rien : l'homme n'a pas cherché à fuir… Et ?… pas grand-chose : juste un expert qui trouve tout ça un peu troublant mais qui ne saurait dire pourquoi... Chouette, on est bien avancé avec ça.
Basta… On classe.
Sauf que… c'est quand même étrange de trouver dans l'inventaire des biens de ce Rémi Fournier, grenouille de bénitier et généreux donateur au denier du culte, une... mezouzah ! Au cas où vous ne sauriez pas ce que c'est, il s'agit d'un étui contenant un parchemin sacré fixé au montant des portes des maisons juives.
Quel rapport ce gars pouvait-il bien avoir avec tout ça ? Et s'il fallait un peu fouiller dans le passé, mettre le nez dans des histoires aux odeurs nauséabondes d'antisémitisme, de haine, de délation, de vengeance remontant aux deux grandes guerres et même peut-être à celle de 1870 sur des terres de Moselle que l'Histoire n'a cessé de balader de force entre la France et l'Allemagne ? Ça laisse forcément des traces ces trucs-là, des pas belles et qu'on aimerait mieux oublier… Mais certains ont beau se frapper la tête contre les murs, ils ne parviennent pas à passer à autre chose… Eh oui, certains guss n'ont pas vraiment la mémoire courte et préfèrent un plat qui se mange froid, très froid même...
Évidemment, pour le duo Andreani/Couturier continuer à bosser sur cette enquête comporte des risques : l'IGPN ne va pas apprécier qu'on traîne sur un dossier vide alors que des affaires très urgentes sont à traiter …
Ils risquent gros les gars, très gros même. Mais c'est sans compter sur leur côté cabochard, rebelle et indiscipliné… Des gars bien, donc. CQFD.
Un très bon polar du duo Eric Damien/Teresa Todenhoefer : bien documenté, solidement construit, au suspense efficace et dont l'atmosphère teintée de fantaisie, d'humour et de poésie achève de nous régaler...
Un bon cru à déboucher au plus vite…

Pour la bande-son, c'est ici: 
https://www.youtube.com/watch?v=4fzBrTgClmI

https://www.youtube.com/watch?v=OO5bTG4nebA

https://www.youtube.com/watch?v=a2LFVWBmoiw




mardi 28 avril 2020

Domovoï de Julie Moulin


 Éditions Alma
 ★★★★★ (j'ai beaucoup aimé)

Imaginez : vous faites changer la porte de votre appartement. Oui, vous avez décidé d'investir dans une porte blindée. Ça coûte un bras ces petites choses-là… Deux ouvriers arrivent enfin avec votre nouvelle porte. Ils enlèvent l'ancienne, celle qui ne vaut pas un kopeck et disparaissent avec... la porte blindée qui vaut de l'or  ? Non ! Avec la vieille, juste bonne à être jetée ! Et vous restez là, ahuri, sur le seuil de votre appartement désormais ouvert au tout-venant, avec une porte blindée aussi rutilante qu'inutile posée contre le mur décrépi de la cage d'escalier…
Eh bien, sachez-le, vous touchez là quelque chose qui relève du non-sens, de l'absurde, de l'irrationnel, peut-être même du mystère, en deux mots, de l'âme russe.
C'est précisément, je crois, ce que Julie Moulin a tenté d'approcher dans « Domovoï », cette fameuse « âme russe » si difficile à cerner sans que nous ayons sans cesse l'impression d'être toujours un peu à côté, fondamentalement étrangers à ce monde assujetti à des années de tsarisme, puis de communisme dont on ne sort pas indemne, loin de là, mais qui ne permettent pas non plus de définir ce qu'est un peuple devenu.
Et cette fameuse et quasi indéfinissable « âme russe », eh bien, j'ai eu le sentiment de la sentir, de l'approcher, voire de la toucher du bout des doigts, tout au long de ce roman que l'on avale d'un trait (comme un p'tit verre de vodka en temps de confinement!) tellement on est pris par ses personnages. Le sujet en deux mots : Clarisse, étudiante à Sciences-Po, décide de faire un voyage d'études en Russie sur les traces de sa mère, décédée dans un accident.
En effet, tout comme elle, la jeune femme est fascinée par ce pays et elle a le sentiment qu'en y séjournant, elle pourrait peut-être mettre des mots sur des silences et des non-dits que son père refuse de dissiper par le moindre début d'explication susceptible de mettre un peu de lumière sur ce que fut cette mère et ce qu'elle vécut lors de ce voyage fondateur.
Clarisse est donc à la recherche de celle dont elle a hérité, corps et esprit, et dont elle ne sait rien ou presque…
Et les tâtonnements de Clarisse en proie à cette quête des origines sont extrêmement touchants : on sent à quel point la jeune fille a besoin de combler des vides pour enfin pouvoir tenter de se construire.
Nous lisons en alternance le périple de la mère puis celui de la fille dans ce pays où, malgré les vingt ans séparant les deux époques et les nombreux changements ayant suivi l'ouverture à la société de consommation (qui, paraît-il, rend les gens heureux), on a l'impression que fondamentalement, les choses n'ont pas vraiment changé : pénurie récurrente, logements vétustes, alcoolisme, chômage, misère, machisme, toujours la même débrouille, le même recours à la ruse si l'on veut survivre, à tel point que certains Russes éprouvent même de la nostalgie pour l'ère soviétique !
Bon, ce que nous dit aussi Julie Moulin, c'est que la Russie, on aime ou on n'aime pas. Pas de juste milieu, pas d'eau tiède.
 Moscou, objectivement, n'est pas la plus belle ville du monde (oui d'accord, le Kremlin, la Place Rouge etc etc...) Eh bien, Julie Moulin, Clarisse et Anne en sont folles.
Ajoutez-moi sur la liste.
Je n'y ai jamais mis les pieds, je vais rattraper ça bien vite. Et je sais que j'aimerai tout là-bas. Je me pâmerai devant les immeubles délabrés, les trottoirs défoncés par le gel, les parcs poussiéreux, les enseignes criardes et les chopes bling-bling à l'effigie de Rambo-Poutine.
Je le sais d'avance, le glauque, le terne et le lugubre enchanteront chacune de mes déambulations. J'aime ce pays que je ne connais que par la littérature et aussi peut-être parce qu'il y a fort longtemps, au début du siècle, mon arrière-grand-mère, née Véra Bobrov, quittait la ville de Serpoukhov pour la France…
Si j'ai connu Véra, j'étais bien trop petite pour qu'elle ait pu me transmettre quoi que ce soit… Quant à ma grand-mère, elle est morte tellement jeune que mon propre père et ses frères en ont été privés… Et pourtant, je reste bien persuadée que cette « âme russe » ne m'est pas étrangère… Une part de moi vient de là, d'un pays que je ne connais pas.
Et précisément, Domovoï m'a permis d'y entrer un peu plus, de rencontrer des Maria Grigorevna et des Serioja avec qui j'espère bien, un jour, trinquer et retrinquer et faire quelques pas aussi, du côté de Souzdal peut-être, entre les petites maisons peintes en bois et une jolie forêt sortie tout droit d'un tableau de Chichkine…

En attendant, le très beau texte de Julie Moulin m'a permis de partir en « âme russe », un beau pays dont on ne revient jamais vraiment… 

                           

samedi 11 avril 2020

La certitude des pierres de Jérôme Bonnetto


  Éditions Inculte
★★★★★ (ATTENTION : immense coup de coeur ++++)


Si mes chroniques littéraires devaient un jour servir à quelque chose, eh bien ce serait à faire connaître des livres comme celui-ci. Car, oui, vraiment, ce roman est une splendeur et je pèse mes mots… Le récit tendu à l'extrême est servi par une écriture intense, sensuelle et poétique de toute beauté… Dès les premières lignes, on est saisi et l'on comprend que l'oeuvre que l'on commence à peine va nous emporter, nous tenir en haleine jusqu'au bout… Franchement, lisez-le, lisez-le, lisez-le… Je vais tenter de vous convaincre mais mes mots seront bien pauvres par rapport à la force de ce texte et à la puissance qui s'en dégage.
En fait, nous entrons dans un monde tragique où, d'une certaine façon, la règle des trois unités est parfaitement respectée : unité de temps, six années dont les tensions s'exacerbent autour d'une fête : la saint Barthélemy (24 août) où l'on déguste la traditionnelle soupe au pistou ; unité de lieu : un petit village du Sud, entre mer et montagne : Ségurian, quatre cents habitants ; unité d'action : un certain Guillaume Levasseur qui, après avoir baroudé à droite à gauche, arrive au village avec un projet bien précis en tête : construire de ses propres mains une bergerie et s'installer comme berger.
Seulement, Ségurian est depuis toujours une terre de chasseurs à la tête desquels règne la dynastie des Anfosso, notamment Joseph, l'aîné, chasseur de sangliers, bâtisseur de la quasi totalité des maisons du village, un gars du pays, un enraciné, un du cru à qui on n'impose rien, à qui on ne la fait pas. À qui on obéit. « Ségurian, un village de chasseurs donc, avec une grande famille de chasseurs et un chef chasseur. »
Alors évidemment, l'arrivée de ce néo-berger, de cet étranger, titille fortement le Joseph… Parce que, non content de s'installer sur une terre qui n'est pas la sienne, ce Guillaume en impose : il est beau, grand aussi… Mais pas seulement… Il est aussi courageux, déterminé, méthodique, bosseur acharné et en plus, il sait parler, il serait même un peu intello sur les bords… Il sait mener son projet à bien, en restant réglo avec la loi, tout lui sourit à ce gars...
« Au village, Joseph se moquait un peu du berger quand le berger n’était pas là, mais il lui fallait cacher en même temps une certaine admiration. Au fond de lui, il reconnaissait des valeurs communes – le travail, l’abnégation, la détermination – et subodorait tout à la fois d’autres qualités qu’il craignait de ne pas avoir. Le berger dérangeait l’ordre des choses. Il redistribuait les cartes. »
Et ses premières bêtes, de belles bêtes, triées sur le volet et avec amour, une cinquantaine de moutons et de brebis, paissent tranquillement dans la montagne comme si elles étaient chez elles…
Insupportable pour le gars Joseph, vraiment insupportable… D'autant que la bergerie du gars Guillaume, elles est juste au-dessus de la maison de Joseph… Elle domine en quelque sorte...
Il y en a bien eu un berger au village, un certain Jacquou, mais ça fait des lustres qu'il est mort, on n'en parle plus… Alors, qu'est-ce qu'il vient faire là, ce type, pour qui il se prend ?
Il va falloir qu'il les range, ses bestioles parce que les chiens pourraient bien, par accident hein, bien sûr, en saisir une ou deux à la gorge, comme ça, en passant, histoire que le berger comprenne qu'il n'est pas chez lui... Ça ferait mauvais effet tout ce rouge sang sur la blancheur immaculée de la bête… (Ceux qui connaissent ma passion pour Un Roi sans divertissement de Giono sauront à quel point ces contrastes me saisissent...)
Deux mondes, des valeurs opposées, des incompréhensions mutuelles, des tensions terribles…
Vous verrez : tandis que les clans s'affrontent dans un silence plein de haine, de détestation et de fureur, le choeur des villageois essaie tant bien que mal de maintenir une paix devenue impossible, cependant que le fou du village annonce, à travers d'étranges paroles sibyllines et prophétiques, des choses imminentes que l'on sent redoutables…
L'écriture à la fois imagée et réaliste, poétique et crue, sensuelle et âpre dit parfaitement la folie et la bêtise des hommes, leur impossibilité de calmer leur passion, leur jalousie, leur haine au point de redevenir des brutes, des sauvages, des bêtes.
Un roman noir, très noir...
Un IMMENSE coup de coeur, un très très grand texte que vous pouvez, à défaut du format papier, vous procurer dès à présent (comment attendre?) en epub sur le site des éditions Inculte. Vous allez vraiment être saisi par ce roman et vous régaler, allez, allez, foncez !

vendredi 10 avril 2020

Champion de Maria Pourchet


Éditions Folio (Gallimard)
★★★☆☆ (J'aurais aimé aimer)


C'est pêchu Pourchet : surtout qu'ici elle fait parler un ado rebelle, insolent, subversif et bien déprimé, Fabien, tête à claques de 14 ans (redondance?), Fabien Bréckard, né le 4 janvier 1978 à Troyes, 5eB au moment des faits. Il a fait une connerie, le gosse, une grosse paraît-il…
Depuis, il vit dans un centre de repos (un asile psychiatrique) d'où il ne sortira que lorsqu'il aura raconté à sa psy le comment et le pourquoi de ses actions. La thérapie par l'écriture, pourquoi pas...
C'est lui le Champion du titre ? Non, Champion, c'est son loup imaginaire qu'il trimbale avec lui, espèce de ça ou de surmoi ou de double (la psychanalyse et moi…)
Bref, Fabien Bréckard doit écrire et, si possible, la vérité : il nous livre ainsi - et très très à contre-coeur, je vous l'avais dit que c'était un sale gosse hypersensible - sous la forme de six cahiers, le quotidien de ses dernières années dans son petit collège catholique, les copains timbrés, les profs lourdingues, ses parents distants et violents, l'internat refuge, les week-ends où on préférerait rester collé au collège plutôt que de se taper des claques ou des gueules de dix pieds de long en famille, les conneries à gogo… Il a l'esprit vif, le morpion, il comprend vite, pas besoin de lui faire un dessin. Il est lucide et son regard acéré sur la société le pousserait bien à renouveler l'exploit de cesser de respirer un peu plus longtemps que la dernière fois… Il finirait bien par y passer avec un peu de patience… Mais, il y a ce projet de partir en Amérique qui le tient en vie.
Que cherche-t-il dans le fond ? A nous éclairer VRAIMENT ou à nous perdre, nous tromper ? Nous apporte-t-il la vérité sur un plateau ou sème-t-il autour de lui des leurres dans lesquels on se prendra les pieds ? Sème-t-il des petits cailloux pour nous conduire sur la voie de la vérité ou pour nous égarer ? Aura-t-il les mots pour dire pourquoi ses parents ont eu une attitude pour le moins étrange à son égard… Hein, le poids de la culpabilité qu'on traîne et qui nous tue à petit feu... Il maîtrise la langue, le môme, justement où nous mène-t-il ?
Oui, c'est pêchu Pourchet (elle est pas belle, mon allitération?) : chaque phrase « pulse », claque, pique, pétille, le jeu de mots surgit, la bonne formule jaillit, on se dit qu'elle a l'esprit vif, l'autrice, du répondant, le sens de la répartie : elle m'épate, moi qui mets du temps pour tout, qui ai l'esprit de l'escalier et la fulgurance de l'escargot. Elle connaît les expressions des kids, leurs tournures, leurs tics de langage… Il y a un p'tit côté brut, direct, cash qui me plaît beaucoup. Un exemple, première page : « La saison, c'est l'hiver, le décor, on s'en fout.Une ville bâclée autour d'un fleuve marron... » On s'en fout peut-être de la description mais ça y est, elle nous l'a posée là, à travers deux adjectifs : « bâclée » et « marron ». Pas besoin d'aller plus loin, vous êtes chez Pourchet. « L'époque, c'est 1992, c'est assez ennuyeux, 1992. Je m'ennuie...» (Tiens, ça me rappelle le style du Giono des chroniques, vous savez, Un Roi… Laissez, je suis assez obsédée par Giono, j'dis peut-être des conneries). Bref, c'est drôle, intelligent, rythmé, original, plein de sensibilité, ça en envoie pas mal, oui, ça décape…. mais mais mais, (fait chier d'être honnête - parce que je l'aime bien, Pourchet), allez, j'avoue, il a fini par me saouler un peu le Bréckard, je l'ai trouvé un peu longuet son récit, j'ai eu l'impression qu'on patinait un peu souvent dans la semoule. Franchement ? Pour moi, c'est l'histoire qui ne tient pas la route (sur 250 pages) et j'ai eu beau m'accrocher des deux mains à l'écriture, il m'est arrivé de frôler l'abandon… Aaahhh, je n'aime pas dire ça parce que c'est pêchu Pourchet, oui, j'avais tellement aimé Toutes les femmes sauf une, tiens, je vous mets le lien, cliquez sur le titre, il vous emmènera au paradis…
Si, franchement, c'est bien Pourchet...
Et puis, allez, faites-vous votre avis et on en discutera, hein ?

dimanche 29 mars 2020

Eux sur la photo d'Hélène Gestern



Éditions Arléa
★★★★★ (j'ai adoré ♥♥♥)


C'est un livre merveilleux. Un de ces romans dont on se dit : mais pourquoi ne l'ai-je pas lu plus tôt, pourquoi m'a-t-il fallu ce terrible confinement pour prendre le temps de l'ouvrir, alors qu'il était là, sur mes étagères, depuis plus de six mois ? Oui, c'est un livre merveilleux et d'une très grande beauté. Hélène Gestern écrit comme on n'écrit plus et se laisser porter par ses phrases procure un plaisir infini. Tout est délicatesse, douceur, pudeur aussi. Ce texte bouleversant est beau à en pleurer, ce dont je ne me suis évidemment pas privée.
Eux, sur la photo, ce sont deux jeunes gens : elle s'appelle Natalia Zabvine et lui Pierre Crüsten. Ils sont beaux, légers, insouciants et ils s'aiment. C'est une évidence. Ils vont (ou viennent de) jouer au tennis. La photo est ancienne. On voit cela aux tenues un peu démodées et au grain épais du tirage. Observer une photo, tenter de deviner l'identité des gens, les sentiments qui les lient est une entreprise délicate. On peut se tromper… Pourquoi cet homme se penche-t-il sur cette femme ? Veut-il lui dire quelque chose ? Pourquoi affiche-t-elle un sourire empreint de gravité ? Est-elle inquiète ? Pense-t-elle que le bonheur qu'elle semble goûter n'est qu'un moment fugace qui va lui échapper ?
Il y a un troisième homme sur cette photo. Lui se tient en retrait. Qui est-il ? Un mystère de plus...
La personne qui examine cette photo s'appelle Hélène Hivert, elle a bientôt quarante ans, vit seule avec son chat. Elle a passé une petite annonce dans Libé car elle aimerait bien savoir qui est le jeune homme aux bras protecteurs qui se tient près de sa mère sur cette photo. Cette mère, elle ne l'a pas connue. Elle est morte lorsqu'elle avait trois ans dans des circonstances assez mystérieuses. Si son père et sa belle-mère l'ont élevée en lui manifestant beaucoup d'amour et d'attention, ils ont fait en sorte qu'il ne soit jamais question de sa mère. Pourquoi ? Qui était Natalia Zabvine ? Pourquoi a-t-on toujours refusé à sa fille d'en savoir plus sur elle ? Quel terrible secret était le leur ?
Comme il est impossible de se construire sur du vide, des silences, des non-dits, sa fille, Hélène, va mener l'enquête. Un homme va répondre à son annonce : il s'appelle Stéphane et est le fils de Pierre Crüsten. Lui aussi se heurte à des questions concernant son père, peu loquace et irascible. Ils vont entreprendre un échange épistolaire pour tenter de comprendre qui étaient Natalia et Pierre, la nature de leur relation… Mais n'est-ce pas dangereux de remuer les choses du passé ? Où cette enquête va-t-elle les mener ?
Ce roman n'est pas seulement une histoire fascinante qui va vous tenir éveillé tard dans la nuit, il invite aussi à une réflexion sur la photographie, à la découverte d'un passé fixé à tout jamais sur un morceau de papier, pour le meilleur lorsqu'il renvoie à des moments heureux mais aussi pour le pire quand on sait que ces moments ne seront plus. Il y a une dimension modianesque dans ce roman à travers l'évocation du temps qui passe et la volonté de reconstituer ce qui n'est plus, comme un puzzle dont on assemblerait avec peine toutes les pièces. On a l'impression que ce passé, qu'il nous soit connu ou inconnu, dicte notre histoire présente, fait de nous ce que nous sommes devenus. Nous héritons, consciemment ou inconsciemment, d'une histoire et c'est avec elle que nous traçons notre chemin et qu'il nous faut avancer…
Par ailleurs, la lecture de ce roman nous amène aussi à nous interroger sur ce que fut une époque, avant mai 68 : les tabous, les interdits, les conventions sociales, la morale… On a presque oublié tout ce que les jeunes de cette époque ont dû subir comme contraintes et comme absence de libertés...
Enfin, ce qui, à mon avis, rend ce texte particulièrement délectable, c'est la relation pleine de retenue et de douceur qui se tisse progressivement entre les deux correspondants. On assiste à l'éclosion de leurs sentiments, à la progression de leur attachement et vraiment, l'écriture élégante et délicate d'Hélène Gestern nous plonge dans un pur ravissement !
Vous aimerez ce roman, plus que vous ne l'imaginez en lisant ces lignes… Croyez-moi !

vendredi 27 mars 2020

Une ville de papier d'Olivier Hodasava


 Éditions Inculte
 ★★★★★ (fascinant...)


Fascinant, envoûtant, captivant, magnétique… Voici les adjectifs qui me viennent à l'esprit pour décrire le dernier roman d'Olivier Hodasava : « Une ville de papier », publié chez Inculte et cela tient, je crois, à trois éléments : le sujet, la construction et l'écriture.
Le sujet : alors là, accrochez-vous...
Nous sommes dans les années trente, aux États-Unis, en plein essor de l'industrie automobile. Pour inciter la population à parcourir les grands espaces américains, les géants du pétrole via les stations-services leur offrent des cartes routières…
Avril 1931 : le patron de la General Drafting, société spécialisée dans la cartographie, invite un de ses employés, un certain Desmond Crothers, à déjeuner dans un restaurant chic de New-York. Il veut en effet le remercier pour son travail sérieux et consciencieux. Pour ce faire, il va lui proposer d'ajouter un « Copyright Trap » de son choix sur la carte du Grand Est américain pour laquelle ils sont en train de travailler. Un « Copyright Trap » ? Quèsaco ? Ah ah, vous n'avez jamais entendu parler de cette bête-là ? Eh bien, figurez-vous que pour s'assurer de ne pas être copiés par des concurrents et donc pour protéger leurs droits d'auteurs, jusque dans les années 80/90, les concepteurs de cartes ajoutaient... une ville imaginaire. Ainsi, s'ils retrouvaient celle-ci sur la carte d'un concurrent, il leur était très simple de prouver que leur travail avait été copié. Et ça existe vraiment les « Copyright Trap » ? Mais OUI ! Aussi incroyable que cela puisse paraître : allez jeter un coup d'oeil sur l'article Wikipédia… Il y a eu des villes imaginaires (Agloe, dans l'Etat de New York), des rues imaginaires et, toujours pour éviter le plagiat, dans des encyclopédies, vous pouvez aussi trouver des entrées imaginaires, des noms propres imaginaires… Comme je vous le disais, c'est fascinant ! Voilà qui aurait beaucoup plu à Borges, tiens ! Donc, revenons à notre employé modèle : il va donc avoir l'honneur de placer sur la carte de l'Est américain une ville fantôme dont il choisira le nom…
Sur ce point, je n'en dis pas plus sinon qu'après avoir parcouru les premières lignes, vous êtes littéralement ferré, happé, captivé et vous allez jusqu'au bout du roman d'une traite ! Je crois que ce livre a un pouvoir magique… Si, si...
Bon, à présent la construction : en fait, ce roman est l'histoire même de cette ville inventée par l'employé Desmond Crothers et l'on voit la façon dont différentes personnes ( un commerçant, une ancienne miss, Walt Disney lui-même, des hippies, Stefen King en personne…) se sont emparés de ce lieu, que ce soit pour y bâtir une épicerie, un podium, une cité ou bien comme sujet d'écriture… En fait, l'ensemble est présenté comme une enquête menée par un homme fasciné par le sujet et qui va interroger différents témoins : l'effet de réel marche à fond, ce qui fait que l'on croit vraiment à tout ce qui nous est raconté. Il y a, dans ce roman, un jeu important entre la fiction et la réalité qui est vertigineux. On passe de l'un à l'autre continuellement, et les repères entre l'illusion et le réel finissent par s'estomper, se brouiller et s'annuler voire s'inverser, car finalement, cette ville qui n'existe pas finit par avoir plus de consistance, plus d'histoire et donc plus de réalité que tout autre lieu. Ici, la fiction plaque au sol le réel qui ne se relève pas. La fonction performative du langage s'en donne à coeur joie. Je nomme, tu existes : ils y vont.
Par ailleurs, ces différents « témoins » interrogés créent un effet bluffant de mise en abyme : on a l'impression que tel ou tel petit détail de leur récit pourrait très bien être approfondi et donnerait lieu à une autre histoire qui s'ouvrirait à son tour sur un autre récit.
Et pour finir l'écriture : elle participe largement de cet effet de réel : en effet, les descriptions ainsi que l'exposé des faits, les gestes des personnages sont très précis, très minutieux, donnant l'impression au lecteur qu'il est là, présent, qu'il assiste à la scène. C'est stupéfiant.
Il faut dire aussi que certains détails du récit confèrent parfois à cette ville imaginaire un pouvoir presque magique, fantastique… On perd très vite nos repères, on ne sait plus où l'on est (malgré la carte que l'on a sous les yeux.) Impressionnant…
Pourquoi n'ai-je pas entendu parler de ce roman plus tôt ? Tiens, ça aussi c'est incroyable. Décidément !
Allez, vous n'avez aucune excuse, foncez !
PS : L'auteur, Olivier Hodasava, a un blog « Dreamlands Virtual Tour » : depuis 10 ans, il publie tous les jours des photos prises à partir de Google Maps et Google Street View. Il invente des petites histoires, propose quelques commentaires poétiques ou esthétiques… Il est l'un des fondateurs de l'OuCarPo : l'Ouvroir de Cartographie Potentielle, sur le modèle de l'OuLiPo. Jetez-y un petit coup d'oeil !

mercredi 25 mars 2020

Giono, furioso d'Emmanuelle Lambert


 Éditions Stock
★★★★★ (j'ai beaucoup aimé)


En 2016, nous ne sommes pas allés à New York. Pourtant, tout était réservé : billets, logement, pass. On en rêvait depuis si longtemps... Tétanisée par les attentats, j'ai eu peur, peur pour mes quatre enfants. J'ai tout annulé. Ils m'en ont voulu. Mais c'était comme ça. Il a fallu trouver une autre destination, moins loin, moins risquée. Un petit village des Alpes de Haute-Provence ferait l'affaire. La mienne en tout cas. On se rattraperait pour New York, promis.
Ce qu'ils ne savaient pas, c'est que nous posions nos valises dans une région que je connaissais très bien. Je n'y avais jamais mis les pieds. Mais j'avais lu. Beaucoup lu Giono. Depuis les années de fac. Je découvre Giono en licence : au programme, les « Chroniques » : Un Roi sans divertissement et Noé. Le coup de foudre. Les personnages me fascinent (je tombe amoureuse de Langlois, évidemment), je trouve la construction du récit et les points de vue narratifs particulièrement osés et tellement modernes pour l'époque. J'exulte. À la fin de ma licence, je suis comme Giono lorsqu'il écrit Noé : incapable de passer à autre chose ni de travailler sur une autre œuvre. Qu'à cela ne tienne : mon travail portera sur les chroniques : Un Roi, Les Grands Chemins, Les Âmes Fortes. Pour moi, il ne fait aucun doute que les personnages sont vivants (je vis avec), ils ont donc un corps (je les sens près de moi) : ce sera donc : « Le corps des personnages dans trois chroniques de Jean Giono ». Le bonheur...
Bref, la région où j'entraînais mes mômes, je la connaissais bien et je savais qu'à quelques kilomètres de notre gîte, il y avait Manosque, il y avait Le Paraïs, Montée des Vraies Richesses...
Nous n'y sommes pas allés tout de suite… Je crois que je voulais garder le meilleur pour la fin.
Et quel meilleur…
J'avais téléphoné quelques semaines avant notre départ. Il fallait réserver. Je n'avais pas bien compris comment ça se passait, on verrait bien...
D'abord, nous avons flâné dans la ville et lorsqu'il s'est agi de nous diriger vers la maison de Giono, impossible de trouver la route. Imaginez ma panique (les gamins s'en souviennent encore). Nous arrivons enfin, tout en sueur, essoufflés… la pente est raide. Nous sommes accueillis par une très vieille femme qui nous installe au jardin, à l'ombre. Il fait très chaud. Il y a un couple avec nous. C'est tout. Elle nous explique qu'elle vient de se faire opérer de la hanche, qu'elle nous fera visiter le rez-de-chaussée mais qu'elle ne pourra pas monter à l'étage. Un universitaire prendra le relais. Elle ajoute qu'elle perd un peu la tête, qu'il ne faut pas lui en vouloir. Et elle commence. Elle a connu Giono et sa femme Élise, elle se souvient très bien d'eux. Elle parle. Elle nous raconte Giono. Je suis assise à l'arrière. Mes enfants sont devant moi et ne me voient pas. Je suis dans un état second. Régulièrement, elle s'arrête. Nous demande ce qu'elle était en train de dire, s'excuse, se reprend. J'ai envie de la serrer dans mes bras tellement je la trouve touchante. Je bois ses paroles. J'ai l'impression que Giono va arriver, que l'on va boire un café, entre nous. J'ai envie que le temps s'arrête. Je ne respire plus. Je ne bouge plus. Je ne veux pas perdre un mot de ce qu'elle dit.
Soudain, je tourne la tête vers l'intérieur de la maison. Derrière une large vitre, dans une pièce qui sert d'accueil, de bibliothèque et de librairie, je vois Sylvie Giono. Enfin, je vois... Giono. Elle lui ressemble tellement. Et là, mes larmes se mettent à couler, mon émotion est telle que je suis incapable de me maîtriser. Je croise les doigts pour qu'aucun de mes gamins ne se retourne et ne me voie dans cet état-là. J'ai les yeux rouges, les joues gonflées, je commence à renifler bruyamment, je tremble de partout. C'est la catastrophe. « Ça va maman? », m'interroge d'un air inquiet ma fille Hélène. C'est encore pire. Je ne contrôle plus rien. Je fais peine à voir. Un désastre. Heureusement, la petite dame ne se rend compte de rien, toute à ses souvenirs bientôt enfuis. Elle nous invite à entrer dans la maison. J'appréhende mes réactions. D'abord, la bibliothèque. La femme prend les livres, les ouvre au hasard pour nous montrer les annotations de Giono. Les yeux me sortent de la tête. L'écriture de Giono, là, petites pattes de mouche au crayon à papier. Nous attendons un peu dans l'entrée. La femme est fatiguée. L'universitaire vient prendre le relais. Soudain, je vois un musicien (un concert se prépare) entrer dans une pièce que l'on ne visite pas. Je sais que cette pièce est la cuisine. Je sais que si je ne force pas le passage, là maintenant, je ne la verrais peut-être jamais. Je le suis. J'entre. C'est incroyable comme la volonté donne des ailes. Il me dit que je n'ai pas le droit d'être là. Peut-être mais j'y suis. Je suis dans la cuisine et je ne bouge pas. Je reconnais les lieux. Je vois le tableau de Bernard Buffet. Le musicien ne me dit plus rien. Il attend que j'aie fini de voir, de regarder, de sentir. Il finit par faire ce qu'il a à faire et je finis par sortir. Je rejoins les autres, à l'étage, dans... le bureau de Giono.
Alors là mes amis, c'est le pompon. Nous entrons : je connais tous les coins et les recoins de ce lieu. J'ai vu la pièce, photographiée ici et là, et surtout j'ai vu Giono assis derrière ce bureau. Il n'est plus là mais tout est là de lui, sa veste jetée sur le divan, son chapeau, ses pipes, ses plumes… La pièce n'est pas grande, il fait très chaud. L'universitaire tient à ce que nous soyons à l'aise (il a du boulot avec moi!), invite Hélène à s'asseoir sur le fauteuil de Giono, derrière le bureau. La gamine obéit. Hélène est À LA PLACE de Giono, derrière le bureau. Je ne vois que ça. Moi-même, je m'assois sur le divan. Ma main gauche touche la veste et le chapeau de Giono. Je crois que je suis à deux doigts de m'évanouir. L'universitaire est bavard, bavard, ma fille aînée commence à tourner de l'oeil et s'allonge par terre. Mon fils cadet a pris place dans un fauteuil bas. Je crois que j'ai communiqué à toute la famille mon émotion. Mes enfants découvrent une mère qui n'est plus dans son rôle, qui ne maîtrise plus rien, qui pleure et tremble comme une gamine. Nous redescendons et passons par la grande pièce qui sert d'accueil et de librairie. Sylvie Giono est toujours là. J'aimerais lui parler mais mon état ne le permet vraiment pas. J'envoie Hélène qui, du haut de ses dix ans, commence à trouver cette journée particulièrement pénible. Elle a la mission de demander une dédicace. La gamine y va, fait la demande. Je vois Sylvie Giono qui s'avance vers moi. J'aimerais lui parler. Je pleure, je bafouille un « vous lui ressemblez tellement », elle comprend, m'embrasse. Lorsque nous redescendons vers le centre de Manosque, je marche comme si j'avais bu. Je dois avoir de la fièvre. Je suis vidée, j'ai l'impression de finir un marathon. Mes gamins sont hilares. Ils auront des trucs à raconter en rentrant.
Bref, je me rends compte que je suis la reine de la digression et que je n'ai toujours pas parlé du livre d'Emmanuelle Lambert (mai je voulais vous préciser que mon rapport à Giono et à son œuvre est un peu particulier, un brin viscéral peut-être...)
Une biographie de Giono. Bon. J'en ai déjà lu pas mal. Oui mais celle-ci, elle est vraiment bien. Ah d'accord. Allons-y. Voilà comment je suis entrée dans l'oeuvre...
Comme je me suis régalée ! Et ce, pour plusieurs raisons : un, c'est un texte vivant, personnel, sensible (et rien ne me touche plus que le lien qu'un lecteur entretient intimement avec une œuvre), puis, c'est un texte qui ne cherche pas l'exhaustivité (on s'en moque) mais plutôt, le coeur, l'essence, l'esprit de l'oeuvre et de l'auteur, un texte qui sait s'attarder sur ce qui à première vue pourrait sembler être un détail mais qui en réalité est lourd d'un sens qui n'apparaît pas au premier regard et puis, Emmanuelle Lambert, et c'est bien là l'essentiel, a compris Giono, a compris son œuvre (et en plus, on est d'accord… donc elle a raison, n'est ce pas? Oh ces mots sur Un Roi « les plus aguerris portent dans leur coeur Un roi sans divertissement, livre étincelant de blancheur, enrobé dans un désespoir calme. Le point final apposé auprès du mot « chef-d'oeuvre ») Elle évoque aussi cette maison dont je vous ai très longuement parlé (inutile de vous dire que j'ai lu ces pages avec beaucoup d'émotion et adoré que me soient données des précisions sur l'alarme, la clenche montée à l'envers…) C'est tellement vrai que cette maison tient « du mémorial et de la location de vacances »… Lors de notre visite, on nous avait dit que la maison avait été rachetée par la mairie, qu'on ne rentrerait plus comme ça dans les pièces, qu'il y avait eu des vols. Visiblement, Emmanuelle Lambert y est allée un peu après nous, au moment du grand déménagement.
Et puis, j'ai appris des choses, l'une en particulier m'a éclairée. Et j'ai mieux compris ce que je pressentais, ce que j'avais deviné… Jusque là, un morceau du puzzle n'entrait pas. Il me restait une pièce que le livre d'Emmanuelle Lambert m'a enfin permis d'emboîter. Je ne vous dirai pas laquelle. À chacun sa part de mystère… Il m'a fallu du temps pour la trouver. Vous allez, avec Giono, furioso prendre un sacré raccourci ! Veinards !