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mercredi 16 août 2023

Exit le fantôme de Philip Roth

Folio
★★★★★

 Nathan Zuckerman, écrivain septuagénaire et alter ego de l’auteur, s’est retiré volontairement sur les hauteurs des Berkshires dans une petite maison à la campagne : pas de télévision, ni de cinéma, ni de téléphone portable, ni d’ordinateur. Il lit, écrit, se baigne dans un étang, se promène dans les bois. Il est seulement retourné une fois en ville pour être opéré d’un cancer de la prostate et il y revient, 11 ans plus tard, afin de recevoir une injection de collagène qui permettrait de limiter une incontinence très handicapante. Or, en arrivant à New York où il vivait auparavant, il se sent complètement déphasé. Il ne reconnaît pas la ville, trouve les gens bizarres : il est devenu un étranger dans ces lieux qui lui étaient si familiers. En sortant de l’hôpital, il rencontre Amy Bellette, une femme qui a partagé autrefois la vie d’un grand écrivain : E.I. Lonoff. Elle qui était si belle a beaucoup vieilli et est gravement malade. Zuckerman est très troublé de la voir dans cet état. Les repères du vieil auteur se dissolvent : les lieux ont changé, les gens ne ressemblent plus à ce qu’ils étaient, certains sont morts.

En achetant un journal, il découvre l’annonce d’un jeune couple d’écrivains qui veulent échanger leur appartement new-yorkais plein de livres contre une maison à la campagne. Pourquoi Zuckerman les appelle-t-il, lui qui ne voulait plus mettre un pied en ville ? Il ne se comprend même plus lui-même et encore moins lorsqu’il se surprend à tomber amoureux de la jeune femme. Lui, amoureux ? Mais quelle folie ! Il pensait être à l’abri du coup de foudre…

« Exit le fantôme » est un roman étrange, fascinant et dérangeant. Roth parle de façon très crue de la vieillesse, de la maladie, de la déchéance physique, de ce corps qui devient laid, de la mémoire qui vacille, des mots qui ne viennent plus et que l’on cherche sans cesse. Il dit ce que c’est que de vivre diminué, dépendant, comme dépossédé de ce que l’on a été. La mélancolie qui se dégage de ce texte est immense.

Roth décrit de façon magistrale la douleur profonde d’un homme qui tombe amoureux d’une femme au point de la désirer follement alors que son corps ne répond plus et que sa virilité est perdue. C’est l’humiliation, la honte. Alors Nathan Zuckerman écrit les scènes qu’il n’a pas vécues, qu’il ne peut plus vivre. Il les fantasme. Il compense le réel par l’imagination. C’est indiscutablement un des pouvoirs des mots : faire exister ce qui n’est pas.

Comme toujours dans l’oeuvre de Roth, il est question de littérature, de ce qu’elle est devenue : une marchandise comme une autre. Il aborde le sujet de l’écriture, du statut de l’écrivain prié de respecter le politiquement correct sous peine d’être conspué et banni à jamais si un élément de sa biographie s’accorde mal avec l’air du temps.

La construction du roman peut paraître étrange : on semble errer d’une rencontre à l’autre, d’un thème à l’autre dans de longues et fascinantes digressions mais cette errance mime la perte des repères de Zuckerman qui ne reconnaît ni les lieux, ni les gens, se trompe d’heure, égare ses papiers, oublie ses rendez-vous, doute, hésite à partir…

Toutes les obsessions de Roth sont là : la vieillesse, la sexualité, la littérature, la politique, le monde moderne. « Exit le fantôme » est une espèce de roman total car non seulement il embrasse de nombreux thèmes mais il est aussi multiforme : on y trouve des lettres, de longs échanges théâtraux...

Roth semble ici vouloir faire le point sur ce qu’il est devenu dans un monde qu’il juge perdu, superficiel, matérialiste.

Un texte magnifique, impressionnant d’humanité.  


 

lundi 7 août 2023

La Péremption de Nicolas Fargues

Éditions P.O.L
★★★★★

 J’avoue que depuis le magnifique « Tu verras » publié en 2011, j’avais un peu perdu de vue Nicolas Fargues qui nous revient en pleine forme avec son dernier titre : « La Péremption ». Je ne sais pas si c’est la cinquantaine qui l’a mis en verve mais franchement, ce dernier texte m’a impressionnée par la finesse de ses analyses et surtout par son écriture que j’ai trouvée remarquable.

Il met en scène une prof d’art plastique, Zélie, divorcée, qui en a marre de bosser et qui, grâce à un héritage, compte prendre sa retraite avant l’âge légal. Elle n’a plus beaucoup d’illusions, se sent comme un OVNI parmi les nouvelles générations d’élèves « hermétiques aux temps morts, au silence, aux conjonctions de subordination et aux textes de plus de six lignes » mais comme elle n’est pas du genre à vouloir vivre dans les conflits, elle écoute les jeunes et les prend là où ils sont même si elle a constamment l’impression de leur être complètement étrangère : « Que nous restait-il d’indiscutablement commun, à eux et à moi ? En dehors des besoins physiologiques et des fonctions corporelles de base, je ne voyais pas trop. » Même chose avec son fils de 22 ans : pas de conflit, on laisse dire et basta. « Avec Furio, ma règle était simple : ne pas aborder les sujets qui m’intéressaient. » Contrairement à son ex-mari, elle ne se met pas en colère contre « une société perméable comme jamais au matérialisme, à l’infantilisme, et à la vulgarité. » Elle se sent dépassée, résignée mais refuse d’entrer en guerre. Elle fait avec… Sage philosophie finalement… Quant à son travail artistique, il semble s’éteindre doucement… Elle se lancerait bien dans une « frise sensorielle » mais à quoi bon ?

 Lors d’une soirée, elle va rencontrer un jeune homme d’origine congolaise de vingt ans son cadet, un certain Shock qui va devenir son amant. Elle ne sait pas bien pourquoi elle l’intéresse mais elle compte bien profiter de ce nouvel amour. Bon, c’est sûr, ils ne partagent pas grand-chose mais on ne va pas se prendre la tête, on n’a plus vraiment le temps de se poser des questions…

Nicolas Fargues excelle à faire le portrait de notre époque : conflits de générations, nouvelles relations amoureuses, sexualité, amitié, réseaux sociaux, féminisme, rapports inter-culturels, racisme, altérité, langage, art, vieillesse…

Plein d’humour, gentiment ironique, sans illusions, son propos est toujours extrêmement juste et très lucide et en même temps, mélancolique sans être jamais nostalgique… J’ai évidemment adoré ce texte d’une grande intelligence et si bien écrit.

Et inutile de vous dire que je n’ai eu aucune difficulté à m’identifier au personnage principal !



 

vendredi 21 juillet 2023

Sur la dalle de Fred Vargas

Édition Flammarion
★★★★★

 Lire Vargas c’est accepter implicitement un pacte de lecture qui peut se résumer en quelques phrases : une histoire absolument pas crédible qui a quelque chose à voir avec le conte, la légende, le mythe même ; des personnages qui ont tous une caractéristique particulière : le narcoleptique (Mercadet), la surpuissante (Violette Retancourt), le gars d’une humanité hors norme qui a l’air complètement à côté de la plaque : il a du mal à prononcer certains mots, dit constamment « je ne sais pas », aime dessiner, s’allonger sur un dolmen, mettre les pieds dans l’eau et s’attache à un hérisson (Adamsberg bien sûr), le cultivé : lettres, histoire, architecture (le chef Danglard) …

Il se trouve que l’histoire se passe à notre époque mais franchement, si on enlevait les téléphones portables et les ordis, elle pourrait très bien se passer au 19e siècle voire au Moyen-Age…

Ajoutez à cela des bestioles (puces ici, araignées ailleurs…) Bref, si l’on accepte toutes ces bizarreries qui à mon avis font précisément tout le charme des romans de Vargas, on adore. Et je fais partie de ces gens qui adorent tout en comprenant parfaitement ceux qui détestent.

Alors ce dernier Vargas ? J’ai beaucoup aimé. De toute façon, il suffit que je retrouve tous ces personnages, je me laisse porter, peu importe l’intrigue (je me suis comme d’habitude paumée dans les personnages mais c’est sans importance), peu importe le lieu (ici un bled près de Combourg, où l’on retrouve trois quatre clichés bretons pour planter le décor : le dolmen, le chouchen et... le sosie de Chateaubriand…)

Voilà, je vous aurai prévenus…

Un flic qui propose à un autre flic mal dans sa peau d’acheter un âne parce que ce dernier a toujours adoré les ânes… moi je succombe … Franchement, je dois être aussi déjantée que Vargas…  


 

mercredi 14 juin 2023

Dictionnaire amoureux illustré de l'Inutile de François et Valentin Morel

 

Plon/Gründ
★★★★☆

 Si vous aimez l’humour absurde, vous allez être servi : que ce soit l’eau en poudre (qu’il suffit de verser dans un verre d’eau pour pouvoir la consommer), dormir au cinéma (on serait tellement mieux dans son lit et en plus, ce serait gratuit...), les consignes de sécurité dans un avion (personne ne les regarde) (et puis, de toute façon, hein…), la météo marine (qu’on écoute alors qu’on ne mettra pas un pied dans un bateau avant l’été prochain), les klaxons d’avions (ben oui, les avions ont un klaxon!), la flûte à bec à l’école (ne me dites pas que vous êtes devenu expert dans ce domaine, je ne vous croirais pas), les vœux de fin d’année (ah ah « bonne année tonton ! »), et faire du vélo sans les mains, hein, à quoi ça sert de savoir faire du vélo sans les mains ?…

Bref, la quantité de choses inutiles est insondable. A se demander si nous ne passons pas toute notre vie à ne faire que des choses inutiles… (j’aurais deux tonnes d’exemples concernant mon boulot d’enseignante mais bon, comme je n’ai pas envie de me faire virer je ne dis rien) (et je ne pense pas aux cours mais à tout le bazar autour) (il y aurait de quoi écrire un second tome à ce dictionnaire amoureux de l’inutile...)

Et vous me direz : l’existence humaine a-t-elle un sens ? Rassurez-vous, ils y ont pensé. On ne sert effectivement à rien ou pas à grand-chose. Et pourtant, certaines personnes, à quelques heures de leur mort, continuent à y croire : C’est Antoine Lavoisier qui, lorsqu’on vient le chercher pour le guillotiner, replace bien soigneusement son marque-page dans le livre qu’il était en train de lire… Pensons aussi au kamikaze qui met son casque…

Franchement, je me suis bien amusée à lire ce dictionnaire assez inattendu… qui finit par nous amener sur le chemin dangereux des questions existentielles : eh oui, nous-même, à quoi sert-on ? C’est toujours très risqué de se lancer dans la lecture d’un dictionnaire de l’inutile…

A vos risques et périls !


mercredi 24 mai 2023

Les dernières volontés de Heather McFerguson de Sylvie Wojcik

★★★☆☆
Éditions Arléa

 Comme je ne sais pas résister à un livre qui se passe en Écosse et où il est question de murets en pierre, d’une vieille maison, d’un vent à décorner les bœufs, d’une mer bouillonnante d’écume, de fumoir à saumon et de haggis (dans une autre vie, j’étais allée faire un petit périple Durham/ Edimbourg/Inverness/Oban…) (t’en souviens-tu mon ami Piers?), j’avais hâte de découvrir le dernier roman de Sylvie Wojcik : « Les dernières volontés de Heather McFerguson ».

C’est l’histoire d’un libraire parisien qui hérite d’une maison à Applecross, petite ville située dans le nord-ouest de l’Écosse. Allez voir les photos sur Wiki : une tuerie ! Des lumières froides incroyables, des lacs à perte de vue… Pfff, si j’étais à la retraite, je prendrais bien un petit billet d’avion, histoire d’aller marcher un peu là-bas… (qui vient?) Donc, ce libraire (moi je l’imagine beau gosse...) n’a aucun lien de parenté avec la femme qui lui a légué son bien et il va se rendre en Écosse pour élucider le mystère. Et là, il va découvrir plein de choses…

Quand j’étais gamine, j’adorais les « Alice » de Caroline Quine. Oui, ça date mais je date aussi…

Eh bien, j’ai eu l’impression de relire un Alice. Bon, ici Alice est un jeune homme et il s’appelle Aloïs. « Aloïs détective ». Une petite enquête mignonne comme tout, un suspense bien gentillet, de jolis clichés cartes postales sur l’Écosse. Et hop, le tour est joué ! On ne croit pas une seconde à cette histoire mais c’est pas grave. L’écriture est appliquée. Ce n’est pas de la grande littérature mais ça fait le boulot comme on dit.

Est-ce que je le relirai ? Non !   


 

vendredi 19 mai 2023

La Plongée de Lydia Tchoukovskaïa

Éditions Le Bruit du Temps
★★★★★

 Un jour, il y a de cela trois mille ans, je m’étais arrêtée devant le stand des Éditions « Le bruit du temps » au Salon du livre Paris (quand le Salon du livre ressemblait à un Salon du livre) et, indécise devant autant de titres inconnus et prometteurs, j’avais demandé que l’on m’en conseille un. L’indispensable, bien sûr, celui sans lequel ma vie resterait médiocre et fade à jamais... Sans hésiter, une jeune femme m’avait tendu « La Plongée » de Lydia Tchoukovskaïa. Tiens, évidemment, une Russe… (Les Russes, ils m’énervent. Parce que je sais que leur littérature est incontournable, indispensable, profonde et forte, un abîme d’intelligence, mais je n’y comprends pas toujours grand-chose et j’en ai très vite marre… Dostoïevski par exemple, je me suis attaquée à « L’idiot » des centaines de fois. Rien à faire. Malgré toute la meilleure volonté du monde, je finis par abandonner avec une mauvaise conscience absolue. Bon, j’ai quand même lu Tchekhov et Tolstoï, j’adore « Le Maître et Marguerite » de Boulgakov, et je voue un culte infini à « Oblomov » de Gontcharov. Mais quand même, les Russes, c’est pas simple... )

Après avoir laissé un bon bout de temps ma « Plongée » prendre la poussière, j’ai fini par la tirer des oubliettes (je ne vous dis pas pourquoi, c’est une trop longue histoire) et m’y suis plongée... (elle est nulle celle-là). Il s’agit d’une œuvre inspirée de la vie de l’autrice, dissidente convaincue dont le second mari a été arrêté en 1937. Elle ne l’a jamais revu. (Je regarde par la fenêtre : une merlette accompagnée de ses deux petits, trois fois plus gros qu’elle et ne se déplaçant qu’en courant, pique dans un gros champignon blanc et donne la becquée à ses deux lourdauds ridicules qui n’auraient qu’à baisser la tête pour se nourrir eux-mêmes mais qui attendent qu’on leur fourre la bouffe dans le gosier… Ces deux gros patauds ont l’air complètement idiots. Je souhaite bon courage à la mère...) Dans ce roman qui a la forme d’un journal intime, Nina Sergeievna, traductrice, part se reposer dans une maison réservée aux écrivains et gérée par l’État, dans la partie russe de la Finlande. Nous sommes en 1949 (date à laquelle une nouvelle purge d’intellectuels commence), son propre mari a été arrêté lors des persécutions staliniennes de 1937. Elle ne sait pas ce qu’il est devenu, s’il est mort ou vivant, et elle souhaite profiter de cette retraite pour faire des « plongées » en elle-même, dans sa mémoire, afin de retrouver par l’esprit l’homme qu’elle a aimé et essayer d’imaginer ce qu’il est devenu. Elle tente d’écrire sur ce sujet. Dans cette maison, elle se retrouve avec d’autres écrivains plus ou moins ouvertement à la botte du pouvoir. Leurs propos l’insupportent, l’atmosphère est parfois très oppressante et c’est auprès de la nature qu’elle trouve un peu de réconfort. Elle tombe cependant amoureuse d’un certain Bilibine avec lequel elle se promène en forêt. Il lui semble être bien différent des autres, peut-être parce que lui aussi a vécu la déportation… Ambiance tchekhovienne garantie (ici chacun se méfie de tout le monde et c’est surtout dans les forêts de sapins que l’on accepte de se confier...), un bon suspense (qui est vraiment ce Bilibine, cette « âme-soeur » qui suscite la confiance de la narratrice et quel est le contenu du livre qu’il est en train d’écrire?) et surtout une évocation de la nature (bouleaux enneigés et compagnie) absolument magistrale… J’ai vraiment beaucoup aimé ce texte. L’avez-vous lu ? En tout cas, je vous le recommande !


 

dimanche 19 mars 2023

La tache de Philip Roth

Folio
★★★★★

 Professeur de lettres classiques, doyen de l’université d’Athéna, Coleman Silk est accusé d’avoir tenu des propos racistes : deux de ses étudiants étant absents, il a demandé à l’assemblée s’ils étaient des « zombies » , des « fantômes ». Or, le mot « spook » signifie aussi « bougnoule » ou « bamboula »… Et c’est là que le bât blesse. Parce que les deux étudiants en question sont afro-américains. Et ça, Coleman ne le savait pas : il ne les avait jamais vus. On est en 1998, dans une université américaine au moment de la période d’impeachment du président Bill Clinton en pleine affaire Lewinsky. Coleman a beau tenter de se défendre, il doit démissionner. Et sa femme, Iris, supportant mal la honte et le déshonneur qui pèsent sur son mari, tombe malade et meurt. Coleman se retrouve seul.

Et pourtant...

Si chacun des protagonistes de cette histoire avait su qui était Coleman Silk et quels étaient son histoire, son passé, son secret, les choses n’auraient pas pris cette tournure…

Pour moi, ce livre a toutes les caractéristiques du chef-d’oeuvre absolu, oui, et je pèse mes mots. Tout d’abord parce qu’il a une dimension mythique. « La Tache » est une tragédie grecque et le héros, Coleman, un homme qui, comme Oedipe, tente de fuir son destin pour être libre.

Mais on n’échappe pas à son destin : celui-ci le rattrape au moment où le protagoniste s’y attendait certainement le moins. (Je ne veux pas « spoiler » l’effet de surprise, je ne vous en dis pas plus...) C’est un grand livre aussi parce que les personnages (principaux et secondaires) sont complexes, très humains, tout en nuances et en contradictions. Roth pose vraiment ici la question de l’identité, de ce qui fait un individu. Qui est Coleman Silk dans le fond ? Qui peut répondre à cette question sans se tromper ?

Ce que j’ai aimé aussi, c’est l’acuité de Philip Roth, sa finesse d’analyse, la façon dont il décrit l’Amérique moderne : la détresse des anciens du Vietnam dont plus personne ne s’occupe, le ridicule absolu de l’affaire Lewinski qui passionne tout le monde, le niveau pitoyable de l’enseignement aux États-Unis où l’on multiplie les cours de rattrapage pour des étudiants totalement incultes et le fin du fin ? la médiocrité des universités où l’étude d’Euripide ne peut s’envisager que d’un point de vue féministe... Un pays bien-pensant, étouffant, pudibond et hypocrite. Roth règle des comptes au conformisme , au puritanisme et à l’intolérance. Ce livre est un brûlot contre l’Amérique, un réquisitoire contre le « politiquement correct ».

Et puis, Roth est un vrai romancier : on est ferré, on ne lâche plus le bouquin, les grandes scènes fascinent par leur précision et leur originalité. Je suis bluffée. Mais pourquoi ai-je attendu aussi longtemps pour lire Roth ? Pourquoi ?

Un texte magistral vraiment fascinant, puissant, inépuisable, dont, bien sûr, je vous recommande très vivement la lecture.