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dimanche 21 juin 2020

Dans les geôles de Sibérie de Yoann Barbereau


 Éditions Stock
 ★★★★☆ (glaçant)


Je ne sais pas vous mais moi, si l'on me proposait un poste de directrice de l'Alliance Française à Irkoutsk, capitale de la Sibérie orientale, tout près du lac Baïkal, eh bien, je n'hésiterais pas une seconde (oui, je développe actuellement une certaine obsession pour certains lieux dont le lac Baïkal autour duquel je pense un jour ou l'autre aller traîner mes vieilles chaussures de marche.) Mais ce n'est pas à moi que l'on fit cette belle proposition mais à un certain Yoann Barbereau qui prit ses cliques et ses claques et s'empressa de partir avec sa fiancée russe (ça tombait plutôt bien) et sa fille… Comme ce genre de fonction suppose une bonne capacité d'absorption et de digestion (ce qui est dans mes cordes, jusque là, ça va)… ainsi qu'une langue bien pendue (je suis tout sauf une taiseuse), je pense qu'à la condition de ne pas prononcer un mot de russe (pure hypothèse très peu probable mais au pays de Gogol, tout est envisageable), je serais tout à fait à la hauteur…
Hélas, personne ne m'a jamais proposé un si joli poste et finalement, ce n'est peut-être pas plus mal car voyez-vous, le risque quand même, c'est de finir au fond d'une prison (bon, je sais, la Sibérie, le goulag… mais évitons les amalgames fâcheux) ou dans un asile de fous, voire coincé dans un appart, un bracelet électronique à la cheville…
Eh oui, c'est ce qui arriva à notre pauvre Yoann Barbereau, oui le directeur de l'Alliance française à Irkoutsk – je répète pour ceux qui ne suivent pas - victime de ce qui en Russie se présente comme une activité, comment dire, pas quasi officielle mais presque : le kompromat…
Quèsaco ? Grosso modo, il s'agit de piéger une personnalité en lui mettant dans les pattes quelque irrésistible jolie poupée de porcelaine aux yeux clairs puis de prendre quelques photos de ladite personnalité occupée à jouer avec ladite créature ou bien de mettre fin à la carrière prometteuse d'une personnalité en vue (tiens, ça vous rappelle quelque chose, on dirait…) en l'accusant de viol, par exemple, sur mineur(e), encore mieux. C'est précisément ce que vécut notre jeune directeur arrêté un beau matin au sortir du lit pour viol sur sa propre fille en particulier et pédopornographie en général. Rien que ça. Inutile de vous décrire le côté kafkaïen de l'affaire…
On a beau ensuite tenter d'expliquer aux gentils messieurs qui prennent soin de nous écouter qu'il doit y avoir une légère erreur sur la personne, rien n'y fait. Vous êtes pris au piège, écrasé, mis en bouillie, détruit et si personne ne s'intéresse à vous ailleurs dans ce vaste monde, on peut penser que vous pouvez dire adieu à votre cher plancher des vaches (avec l'aide ou pas de la DGSE qui face aux Russes semble avoir un peu de mal à se faire comprendre). Il faut compter rester là-bas quinze ans minimum, j'allais dire « au chaud » mais en Sibérie, ce n'est pas franchement le cas (eh, quand même, – 40 l'hiver… je n'irai pas en hiver, c'est sûr, à moins que dans mon Décath' d'à côté, ils se mettent à vendre des doudounes ultra performantes mais même, n'insistez pas et pourtant, ce putain de lac en hiver…) Bon, restons polie et revenons à notre Ivan ou Vania ou Vanka ou bien encore Vanechka (d'accord j'arrête, la littérature russe vous pompe précisément à cause de ces petits jeux sur les noms, donc ok ok ) Yoann : qu'a-t-il fait pour mériter ça, me direz-vous ?
Eh bien le problème, c'est qu'il n'en sait rien. Ou pas grand-chose. Bon, il a un peu batifolé avec la femme d'un notable d'Irkoutsk (mais elle était très très consentante)… C'est pas bien mais ça ne vaut pas 15 ans de Sibérie quand même… Ok, il était copain avec des gens plutôt opposés à notre ami Poutine… Ca arrive… En tout cas, ce qui est sûr, c'est que quelque chose n'a pas plu à quelqu'un et notre Yoann pense que c'est un coup monté par le FSB. (S'il vous plaît, les services secrets russes, ne lisez pas ce qui suit… je veux bien faire une p'tite rando du côté du Baïkal mais je veux aussi rentrer chez moi… J'ai quatre mômes, deux chiens et un poisson rouge qui m'adorent et qui ont encore un peu besoin de moi dans la vie (plus pour longtemps mais quand même)) donc le FSB ? Service Fédéral de Sécurité de la Fédération de Russie (ouh là là… j'ai déjà la trouille, tiens), frère jumeau du KGB soviétique : contre-espionnage, surveillance des frontières, opérations anti-terroristes, lutte contre la corruption et le crime organisé (toussa toussa nous dit Wiki). Officiellement du moins. Ils fonctionnent en lien étroit avec toute la sphère politique et économique. Bref… On peut imaginer quelques légères interactions… interférences (je ne sais pas comment dire moi et je veux rester polie - je veux rentrer chez moi...) entre des mondes qui se côtoient, dirons-nous, le tout pouvant coûter cher aux petits damoiseaux de passage qui ont tapé sur les nerfs d'un petit notable irkoutskien… Ils sont un peu nerveux là-bas (le froid, ça ne détend pas… La vodka, par contre…)
Bon allez, je ne vous révèle pas l'histoire de notre Yoanntchik qui en a des vertes et des pas mûres à raconter (encore un exemple où le réel dépasse très franchement la fiction) : entre des rencontres improbables avec des prisonniers aux trognes incroyables et aux destins bien sombres, des fous au grand coeur et à l'âme perdue à jamais, des tarés des chemins enivrés jusqu'aux os et toujours prêts à en découdre, entre des BlaBlaCar nocturnes et des Airbnb salvateurs, des téléphones portables laissés ici et là, des leurres improbables, des perruques folles et des aides précieuses restées anonymes, il faudra une résistance incroyable à Yoann Barbereau pour fuir l'enfer.
Sans la littérature et l'écriture, rien n'eût été possible car avant que de libérer le corps, il faut à l'âme un certain espace pour pouvoir se mouvoir, des mots qui comblent les vides, qui réchauffent et qui rassurent. Chapeau quand même ! Une sacrée aventure qu'il vous faut, cher lecteur, absolument découvrir !
Promis, avant de partir j'apprendrai quelques vers de Marina Tsvetaïeva ou de Sergueï Essénine. On ne sait jamais...


                                     

dimanche 7 juin 2020

Le jour où la fiction s'est emparée du réel




Je n'arrive plus à lire ou plus exactement, tous les romans m'ennuient et finissent par me tomber des mains… J'ai beau varier les titres, les auteurs, les genres… rien n'y fait, tout m'indiffère, mon esprit est ailleurs. Où ça ?, me direz-vous. Là où la fiction se trouve désormais : dans le réel. Parce que franchement, ces derniers temps, on a de quoi s'occuper avec ce quotidien de plus en plus étrange, quasi illisible, incompréhensible, invraisemblable, assez effrayant, mâtiné de surréalisme, de science-fiction, d'horreur, immense matière à réflexion pour tous les sociologues du monde et, évidemment, folle source d'inspiration pour la littérature…
Ils vont arriver, les romans du confinement, de l'avant, de l'après, de ce qui a précédé, de ce qui a suivi… Seront-ils à la hauteur de ce que nous avons vécu ? Je n'en suis pas certaine !
Franchement, je ne sais pas vous, mais moi, il va me falloir du temps, beaucoup beaucoup de temps, pour examiner cette longue période sous toutes ses formes, bien en analyser tous les enjeux, toutes les facettes (sociétales, économiques, sociologiques, philosophiques, anthropologiques...), repenser à ce que j'ai fait, n'ai pas fait, aurais dû faire, à la façon dont j'ai vécu tout cela (avec son lot de culpabilité - ben oui, je n'ai pas eu un « confinement difficile »), aux incidences sur le moment présent, l'avenir (celui de mes enfants et de ceux qui m'entourent, de la société tout entière), les répercussions sur mon travail, mes relations aux autres (famille, amis, voisins, collègues), sur ce que je suis et que je croyais être (et je m'étais en partie bien plantée), sur ma relation au temps (hé hé), à la mort, au monde (et il est vaste!), les conséquences sur ce qui me donne envie d'avancer (ou pas), de lire (ou pas), d'écrire (ou pas), de changer de cap (ou pas)…
TOUT est à repenser et le boulot est ÉNORME.
Le réel est si dense, si opaque, que je ne sais plus comment le lire, quelle métaphore y trouver, j'ignore qui a tort, qui a raison, j'écoute ce que les uns et les autres en disent : je peux trouver fort judicieuses certaines analyses et le lendemain, être complètement conquise par le point de vue opposé. Plus aucune grille de lecture ne fonctionne sur une réalité qui a largement dépassé la fiction, en remettant en cause toutes nos certitudes, tous nos fondements, tout ce sur quoi jusqu'à présent on s'était plus ou moins construit, plus ou moins entendu. Et à plus de 50 ans, se prendre une aussi belle claque est pour le moins perturbant, pour ne pas dire violent.
Oui, je sens qu'il va me falloir du temps, beaucoup de temps, avant de passer à l'après. L'ouverture des terrasses de cafés n'y suffira (hélas) pas… Et les beuveries du samedi soir entre potes, non merci… J'ai passé l'âge de dégueuler le surplus à chaque coin de rue et de pisser ma kro contre les murs...
Mon souci, c'est de ne rien oublier (tout noter, il faut tout noter : les hôpitaux bondés, les soignants usés, les morts empilés à Rungis, les bilans terribles tous les soirs, les docteurs Raoult et compagnie, les attestations qu'on retrouve aujourd'hui pliées en huit dans les poches et qui appartiennent à ce monde d'avant dont on a déjà du mal à croire qu'il a existé ; les masques qu'il ne faut pas mettre puis mettre, les gestes barrières, les 100 kilomètres, les parcs et les forêts fermés, le terrible silence des villes - j'ai rêvé ou on a bien vécu cet enfer?)..., ne pas aller trop vite (chaque épisode de cette incroyable série compte!), même si parfois l'envie me prend de m'étourdir un peu, de me dire à quoi bon et d'être tentée d'aller finir ma petite existence en éparpillant les quelques années qui me restent à vivre, ici et là, à butiner, grappiller, picorer, en essayant de ne pas trop réfléchir et de faire passer le tout en buvant un bon coup…
Parce que quand même, on va un peu dans le mur, non ? Les histoires de consommer comme des dingues, de bouffer des bêtes, de saloper le monde, de se remplir le cerveau de conneries à deux balles, les histoires de ceux qu'ont tout le fric, de ceux qui crèvent de faim, de ceux qu'on tue parce qu'ils sont noirs et puis ces hommes politiques complètement tarés qui gouvernent la moitié de la planète, franchement, je ne sais pas vous, mais moi, je sens que ça commence à me bouffer le sommeil…
Alors de deux choses l'une : soit j'entre dans la danse et je m'étourdis (je sais très bien faire, comptez sur moi), soit je prends quelque distance et j'analyse, je pense, j'essaie d'en tirer quelques conclusions, quelques principes de vie quoi. Bref, soit j'accélère en me saoulant de l'air et du vent (et je ne regarde plus le paysage), soit je descends de voiture et continue à pied (ce qui me permettrait d'observer les insectes et d'écouter les oiseaux chanter).
Que faire ? J'ai l'impression que le monde s'emballe et j'ai la trouille. Parce que je ne suis pas sûre que les gens soient heureux. Car le bonheur suppose une certaine plénitude, un certain repos que nous n'avons plus. L'excès touche tous les domaines, la raison est balayée (elle fait chier), la réflexion, la mesure et surtout le bon sens sont laminés depuis longtemps, même les scientifiques ont perdu les manettes : ils savent et ne doutent plus. Ils semblent eux aussi embarqués dans cette course folle, entraînés par les politiques, l'appât du gain et de l'audience… Ils sont entrés dans l'ère de l'image, du vide, du vent. Comme les autres…
Bref, tout ça pour dire que me voilà bien embêtée parce qu'il me faut du temps pour penser, que je ne suis pas sûre de sortir bien vaillante d'une réflexion sur le monde tel qu'il est, parce qu' une fois que j'aurai compris certaines choses, j'en ferai quoi exactement ? Encore une fois, soit je regarde le monde danser (et je participe à la grande folie collective - après tout, ça a son charme aussi de faire n'importe quoi…), soit je refuse, je freine des deux pieds, je critique, remue toute cette merde, dégueule une tonne d'injures, passe en off, arrête de participer comme une abrutie au grand effondrement, traîne une dose de culpabilité plus lourde que ça et me tape la tête contre les murs…
Que faire ? Que faire pour que la littérature de nouveau me happe, me retienne, me divertisse ? Que faire pour que la fiction regagne son terrain, quitte le réel, rentre bien tranquillement dans l'espace qui lui est imparti ? Que faire pour retrouver du sens à tout ça, deux trois repères, une ligne de conduite ? Ai-je encore la possibilité d'aller contre (chose rendue encore plus difficile quand on a des enfants qui sont de ce monde, des « embarqués », des acteurs - pas des figurants…) ? Tout seul encore… Mais avec eux ? (Faire sans eux ? Difficile…)
Tout le monde dort ce matin dans la maison… Ils ont encore des rêves, moi plus trop. J'ai perdu l'insouciance des matinées de sommeil… Je vais peut-être reprendre un café…
Oui, c'est ça, reprendre un café…

mercredi 13 mai 2020

Une femme de rêve de Dominique Sylvain


Éditions Viviane Hamy
★★★☆☆ (lecture agréable avec quelques réserves)


Ah, je suis embêtée, très très embêtée, parce que j'adore les polars de Dominique Sylvain : j'avais chroniqué, il y a deux ans, son avant-dernier roman : « Les Infidèles » dont certaines scènes m'avaient vraiment emballée et j'ai commencé « Une femme de rêve » en étant persuadée que j'allais me retrouver bien tranquille dans ma petite zone de confort, prête à déguster mon cocktail préféré… Si j'ai effectivement retrouvé dans ce roman policier ce qui fait la marque de fabrique de Dominique Sylvain à savoir une écriture vive, intense, tendue, un rythme soutenu, une dimension cinématographique évidente, un suspense puissant qui tient le lecteur en haleine, je dois tout de même avouer une petite déception… Il y a quelque chose qui ne prend pas…
Bon, le sujet d'abord : une jeune universitaire, Adèle Bouchard, donne régulièrement des cours d'analyse cinématographique à une poignée de prisonniers « des étudiants empêchés » : ils décortiquent les scènes de « Pierrot le fou », de « La grande illusion »… Tous les classiques y passent. Chaque participant apprécie ces séances d'analyse et écoute religieusement les propos de la jeune femme. Ces interventions font du bien à ces hommes qui ont sacrément besoin de se changer les idées et d'ouvrir leur horizon. 
Parmi eux, se trouve un redoutable as du braquage, multirécidiviste, qui n'hésitait pas à tuer celles et ceux qui se trouvaient sur son passage lorsqu'il se lançait à l'assaut d'une banque ou d'un fourgon. Ces victimes collatérales ne l'empêchaient pas de dormir en tout cas…
Bref, le dernier braquage s'étant particulièrement mal passé, Karmia, pour ne pas le nommer, s'est pris vingt-huit ans à l'ombre... autant dire la perpète.
D'ailleurs, dans la bagarre, un des flics a perdu son amie qui a reçu une balle dans la tête et se trouve depuis dans le coma. Il ne faudrait d'ailleurs pas que ce flic, un certain Schrödinger , mette la main sur ce Karmia car il n'hésiterait pas à le tuer de la pire façon, c'est certain…
En attendant, Karmia se tait, écoute la prof en se disant que ce sont bien là les paroles d'une intello qui ne connaît pas grand-chose à la vie. Peut-être a-t-il aussi quelques pensées pour sa fille, Nico, toujours prête à lui venir en aide quand c'est nécessaire...
Je n'en dirai pas plus, polar oblige… J'ai horreur qu'on me dévoile le quart de la moitié du début de l'intrigue, donc, je respecte… Évidemment, c'est un peu compliqué après pour chroniquer, mais ça devrait le faire quand même.
Bon, qu'est-ce qui fait que je suis un peu réservée sur ce roman ? J'ai eu le sentiment (ressenti tout personnel) qu'il embrassait peut-être un peu trop de personnages qui, de ce fait, n'étaient, à mon goût, pas suffisamment approfondis, incarnés ni vraiment « exploités » d'un point de vue romanesque… Ils relèvent, pour certains, de l'univers de la BD avec un petit côté caricatural, un léger manque de nuances, qui m'ont empêchée de m'y attacher réellement et de les trouver vraiment crédibles.
Et puis, pour certains, on a à peine le temps de faire connaissance avec que... pschitt, ils disparaissent (pour différentes raisons) et l'on reste un peu sur sa faim en se demandant finalement à quoi ils ont servi… Dommage...
(Qu'est-ce que j'avais aimé le couple des deux flics amoureux dans « Les Infidèles »… Eux, ils étaient sacrément incarnés !!! Mais ça, c'est une parenthèse...)
D'ailleurs, la profession un peu « hors normes » de certains personnages - un prof de ciné, une audio-naturaliste, un braconnier... - aurait pu être davantage exploitée... J'ai eu l'impression parfois d'un feu d'artifice prometteur dont les lumières retombaient en minces filaments à peine visibles...
Il m'a semblé aussi que l'intrigue s'effilochait doucement et que l'on finissait par se disperser, par se perdre dans des espaces, des situations, dont on ne tirait finalement pas suffisamment parti…
Un peu de la même façon, sont abordés de nombreux sujets d'actualité (écologie, bitcoins, réseaux sociaux...) mais leur traitement reste assez superficiel voire artificiel et sans lien profond avec l'intrigue ... Tout m'a semblé un peu épars, disparate, sans unité profonde ni vraie cohérence… Le propos, le sujet même du roman, aurait peut-être gagné en puissance en étant plus recentré, plus cadré.
Enfin, les chapitres intitulés « L'élue » (il s'agit de chapitres -avec changement de typographie- un peu mystérieux, qui évoquent l'errance poétique et onirique d'une femme amnésique en quête de son identité mais l'on ne sait pas qui parle) bref, ces passages ne m'ont pas convaincue : je les ai trouvés trop nombreux, trop longs, trop détaillés… Sans doute faudrait-il, pour en apprécier pleinement le contenu, les relire une fois que l'on sait qui est la narratrice afin d'en tirer parti et mieux les comprendre... 
Un peu déçue donc par ce roman. Bien entendu, ce n'est que mon très petit avis et je sais que certains chroniqueurs ont parlé de ce roman en des termes très flatteurs…
Le mieux, c'est que vous le lisiez pour vous faire votre propre idée… On en rediscute après ?

dimanche 10 mai 2020

En cette veille de déconfinement ...




J'ai l'impression de sortir comme lessivée de cette longue période hors du temps où les échos du réel ne nous sont parvenus qu'à travers des chiffres qui, chaque jour, nous ont laissés ahuris, pitoyables et malheureux.
Je n'ai pas eu peur ou très peu, les premiers temps peut-être, lorsqu'il fallait traverser quelques villages déserts pour acheter de quoi manger. Je n'oublierai jamais ce vide, cette absence de vie, comme si la mort avait déjà tout raflé, d'un coup, et qu'il ne restait plus rien ni personne. Oui, j'ai trouvé ça terrible… J'avais le sentiment que nous étions punis d'avoir joué aux cons, d'avoir dépassé les bornes, ivres de tout, grisés par une consommation effrénée, dépendants d'une société aux injonctions de plus en plus exigeantes, prisonniers de normes que nous réclamions pour nous rassurer et éviter de penser.
Je me suis dit : nous ne sommes pas heureux.
Si c'était le cas, nous gesticulerions moins, nous ne serions pas sans cesse à la recherche d'un bonheur après lequel on court sans cesse et qu'on réclame à cors et à cris tandis qu'on le voit s'éloigner toujours plus loin devant.
Et pourtant, il est là, à portée de main. Et comme des imbéciles, on détourne le regard parce que là-bas les lumières sont plus vives, les couleurs plus franches et les cris plus stridents. On veut, coûte que coûte, entrer dans la danse, courir, sauter, être secoué et entraîné ailleurs, toujours ailleurs, où l'agitation bat son plein, où les gens rient à gorge déployée, où l'alcool coule à flots. On se dit : c'est ça la vie. Je la veux. Je ne veux pas rater ça. Attendez-moi, attendez-moi. Et l'on cavale comme des imbéciles après des fantoches insignifiants, des joies chimériques, des étoiles en carton et tant d'amours illusoires.
Et l'on pleure d'avoir perdu son temps, les bras lourds d'un mirage de bonheur et de quelques plaisirs factices.
J'ai eu le sentiment que ce confinement, en m'immobilisant, avait décuplé mes sentiments, mes émotions, ma sensibilité. J'ai senti au plus profond de mon être ce que je n'avais jamais senti, j'ai vu ce que je n'avais jamais pris le temps de voir alors que c'était là, sous mes yeux, tellement beau que je n'en revenais pas d'avoir traversé pendant des années, dans une grande indifférence et un profond détachement, un monde aussi sublime, aussi harmonieux. Comment cela avait-il été possible ? Allais-je redevenir aveugle ou bien ce confinement provoquerait-il en moi ne serait-ce qu'une esquisse de changement, une volonté d'insurrection, de résistance ?
Je ne me fais aucune illusion. Aucune.
Je vais finir, moi aussi, moi la première peut-être même, par reprendre le chemin de l'agitation, de la précipitation, du tourbillonnement. Je vais de nouveau traverser comme un fantôme aveugle et sourd les chemins les plus beaux, les sentiers les plus doux ; de nouveau, je vais m'endormir la tête lourde et bien vide sans un rêve pour ceux que j'aime, abrutie par tant de paroles hypocrites, de mouvements vains et d'espoir inutiles.
Je ne me fais aucune illusion. Je n'échapperai pas à cela. Je ne pourrai que retarder le moment du désastre mais il viendra, c'est certain. Il m'aura à l'usure, il me contraindra à suivre le mouvement, il me ligotera et m'ôtera toute la liberté que ce temps de confinement m'avait permis de gagner.
Je replongerai. Je m'enfoncerai de nouveau.
Pas tout de suite.
Mais un jour, c'est certain.
Et je repenserai à ces jours lointains où j'avais été heureuse avec rien, où je n'avais pas eu besoin, pour trouver la vie belle et les jours enivrants, de m'acheter un objet qui ne me servirait pas ou de parler à des gens qui ne feraient jamais battre mon coeur .
Je me suis rendu compte pendant ce confinement que le bonheur était là et que je ne le voyais pas. Tout était évident et je détournais la tête à la recherche de vaines promesses ou d'espérances stériles. La leçon vient peut-être trop tard. Je ne sais pas.
J'appréhende beaucoup les jours à venir et la folie qui sera la leur. Je n'ai jamais eu la naïveté de croire que tout serait mieux après ni que nous tirerions des leçons des jours passés. Trop pressés d'oublier ce qui nous aura contraints à l'immobilité, les pantins que nous sommes vont de nouveau s'agiter, rire à gorge déployée, le bruit va résonner un peu partout dans la cité. Et l'on croira qu'on a gagné, que le tour est joué, qu'on s'en est bien tiré. Et l'on pensera voir le jour mais c'est une nuit profonde qui s'abattra sur nos vies, étouffera de nouveau nos plaintes et recouvrira nos rêves d'une épaisse fumée noire.
J'ai peur de ne plus voir ce que j'ai aimé, j'ai peur d'être entraînée dans cette effrayante farandole creuse et laide, j'ai peur de la folie vulgaire et tapageuse des gens qui s'amusent comme s'il fallait s'étourdir pour continuer d'avancer.
Tout était là, devant moi, juste là, sur les visages de mes proches que j'ai tant aimés, dans le coeur de mon père qui s'en est allé, sur les petits chemins que j'ai traversés, dans le pelage chaud des bêtes qui sont venues me parler …
Je ne veux pas que tout cela s'efface. Ce que j'ai vu doit rester. Je ne veux rien oublier.
Je ne participerai pas à l'ivresse collective. Je n'ai pas besoin de boire, de parler ou de m'agiter pour m'enivrer. Il me faut simplement partir sur les chemins, observer la fougère folle qui se déploie délicatement, l'âne qui galope pour me rejoindre et la lumière du ciel les soirs de printemps. Je veux simplement penser à ceux que j'aime, prendre tout mon temps et les sentir en moi pour longtemps.
Mais j'entends déjà une douce folie s'emparer du monde… Pourvu qu'elle ne m'atteigne pas… Pas tout de suite en tout cas...

vendredi 8 mai 2020

Le pays des autres de Leïla Slimani


Éditions Gallimard
★★★★☆ (j'ai bien aimé)


Oh, j'en ai lu quelques-unes de ces critiques pas gentilles du tout sur le ton excédé du enlevez-moi-ça-des-yeux au sujet du dernier roman de Leïla Slimani (à moins que ce soit son fameux journal de confinement qui ait tapé sur les nerfs de certains? Mystère)… En tout cas, j'avais presque renoncé à le lire ! Or l'occasion s'est présentée et franchement, ce fut une lecture tout à fait agréable : un récit classique dans sa forme (construction irréprochable / écriture fluide) et une narration qui a le mérite d'être efficace… Quant aux personnages, j'y viens !
Certains font remarquer une très nette rupture entre « Chanson douce » et « Le Pays des autres »… Je ne trouve pas. Notamment sur deux points : Leïla Slimani est particulièrement douée pour mettre en scène des personnages qui n'ont rien de manichéen, de caricatural, et qui broient en leur for intérieur des pulsions violentes souvent en lien avec la mort ou la sexualité, capables du pire comme du meilleur (se dévouer ou tout abandonner), des personnages complexes bourrés de contradictions, aux motivations qui peuvent sembler au premier abord étranges et dont les agissements sont parfois commandés par l'instinct, la pulsion…
Ce qui donne lieu (et c'est mon second point) à des scènes surprenantes et très marquantes parce que complètement inattendues et loin de tout cliché. J'adore ça, être surprise, voir un personnage quitter la ligne droite sur laquelle l'auteur l'avait engagé et se révéler bien différent de ce que l'on pensait de lui. Son parcours prend alors la forme d'errements, d'hésitations voire d'égarements. Et c'est alors l'occasion de scènes particulièrement géniales (déjà présentes dans ses précédents romans), impossibles à oublier et l'on se demande où l'auteur va chercher des idées pareilles et c'est là que l'on comprend que l'on a affaire à une vraie romancière.
Car oui, on lit avec plaisir, ce qui n'est déjà pas mal, cette histoire de la jeune Alsacienne Mathilde qui en 1944 tombe amoureuse d'un Marocain, Amine Belhaj, combattant avec l'armée française. Elle va le suivre jusqu'à Meknès au Maroc et s'installer avec lui dans une exploitation agricole en pleine campagne, une terre aride dont ils auront bien du mal à tirer quoi que ce soit…
Mathilde devra donc se plier à des mœurs, une culture, une religion, une géographie, un climat différents pour tenter de vivre dans cet ailleurs qui restera à jamais pour elle -et malgré ses efforts- un pays étrange où elle est l'étrangère, la déracinée, celle qui vient du pays des colons que l'on veut chasser en cette période de décolonisation, celle qui vit dans un monde d'hommes où la femme doit rester à sa place, celle qui finit par devenir étrangère à elle-même au point de flirter parfois avec la folie… (Il y a du Emma Bovary chez Mathilde, c'est certain… )
Et la greffe peine à prendre...
Se pose alors la question de l'identité : qui sommes-nous ? Sommes-nous à jamais le résultat d'une histoire, d'un pays, de mœurs, de traditions ? Sommes-nous pour toujours enfermés dans un sexe, soumis à ce qui est attendu de ce sexe ? Bref, quelle est notre part de liberté dans tout ça ?
Des personnages puissants (même les personnages dits secondaires acquièrent une force remarquable), une belle maîtrise de la narration, des scènes inoubliables et une évocation toute poétique et sensuelle des lieux traversés…
J'ai vraiment hâte de lire la suite ...

samedi 2 mai 2020

Terres brûlées d'Eric Todenne


Éditions Viviane Hamy
★★★★☆ (J'ai bien aimé)


J'ai d'abord cru que j'allais avoir affaire à une histoire de cow-boys sur un vaste domaine agricole dans l'Iowa. Eh bien pas du tout… Comme quoi certaines couv' sont trompeuses… Nous sommes à Nancy en novembre 2016 et le lieutenant Andreani a le moral en berne : d'abord parce qu'il rentre de quelques jours de vacances en Corse, qu'il va devoir retourner au taf, réentendre les gueulantes du commissaire Berthaud - sous pression depuis qu'il sait qu'une visite des bœufs-carottes, autrement dit de l'IGPN - est plus qu'imminente…
Évidemment, il pourrait aussi s'arranger avec son Sig Sauer et appuyer gentiment sur la détente en ayant pris soin au préalable de s'le coincer dans la bouche… Autre possibilité...
Pour faire diversion et penser à autre chose, il peut fort heureusement s'échapper de l'épais marasme quotidien en allant manger un bout « Au Grand Sérieux » (où le patron se prend pour le Gaffiot et parle le plus velouté des latins de cuisine), s'offrir de jolis millésimes chez Rodrigo l'épicier espagnol, s'approvisionner en délicieux desserts chez Armorino et surtout, écouter du bon jazz, de la soul ou du rhythm and blues en lançant sur la platine un p'tit Charles Bradley, à moins que vous ne préfériez Curtis Mayfield ou Gerry Mulligan (le titre « Terres brûlées » serait d'ailleurs repris de « Burned Lands » de Charlie Mingus). Il peut aussi compter sur sa fille Lisa pour le secouer un peu et tenter de le recaser (avec la psy du service, Francesca, tiens, en voilà une riche idée !)
Quant à son poto, le lieutenant Couturier, faudra pas trop compter sur lui pour rebooster le moral des troupes : il est dans de sales draps depuis qu'on lui impose de passer une visite médicale à laquelle il a toujours refusé de se soumettre, pour attester de son éventuelle forme physique (pas vraiment un adepte du lifestyle, le gars Couturier...)
Bref, en attendant, un dossier traîne et il va falloir régler ça au plus vite : un incendie domestique dans un pavillon à Laxou, rue des Chartreux… Bon, oui, il y a un cadavre : celui du proprio, un certain Rémi Fournier, un gars poli, discret dont personne ne sait rien. Pas d'effraction, pas de vol : bref, l'affaire n'intéresse personne et le dossier commence déjà à prendre gentiment la poussière. Probablement un accident, conclut l'expert. Ah… C'est le « probablement » de trop, celui qui retient l'attention d'Andreani… Ben oui, quelques zones d'ombre, oh… trois fois rien : l'homme n'a pas cherché à fuir… Et ?… pas grand-chose : juste un expert qui trouve tout ça un peu troublant mais qui ne saurait dire pourquoi... Chouette, on est bien avancé avec ça.
Basta… On classe.
Sauf que… c'est quand même étrange de trouver dans l'inventaire des biens de ce Rémi Fournier, grenouille de bénitier et généreux donateur au denier du culte, une... mezouzah ! Au cas où vous ne sauriez pas ce que c'est, il s'agit d'un étui contenant un parchemin sacré fixé au montant des portes des maisons juives.
Quel rapport ce gars pouvait-il bien avoir avec tout ça ? Et s'il fallait un peu fouiller dans le passé, mettre le nez dans des histoires aux odeurs nauséabondes d'antisémitisme, de haine, de délation, de vengeance remontant aux deux grandes guerres et même peut-être à celle de 1870 sur des terres de Moselle que l'Histoire n'a cessé de balader de force entre la France et l'Allemagne ? Ça laisse forcément des traces ces trucs-là, des pas belles et qu'on aimerait mieux oublier… Mais certains ont beau se frapper la tête contre les murs, ils ne parviennent pas à passer à autre chose… Eh oui, certains guss n'ont pas vraiment la mémoire courte et préfèrent un plat qui se mange froid, très froid même...
Évidemment, pour le duo Andreani/Couturier continuer à bosser sur cette enquête comporte des risques : l'IGPN ne va pas apprécier qu'on traîne sur un dossier vide alors que des affaires très urgentes sont à traiter …
Ils risquent gros les gars, très gros même. Mais c'est sans compter sur leur côté cabochard, rebelle et indiscipliné… Des gars bien, donc. CQFD.
Un très bon polar du duo Eric Damien/Teresa Todenhoefer : bien documenté, solidement construit, au suspense efficace et dont l'atmosphère teintée de fantaisie, d'humour et de poésie achève de nous régaler...
Un bon cru à déboucher au plus vite…

Pour la bande-son, c'est ici: 
https://www.youtube.com/watch?v=4fzBrTgClmI

https://www.youtube.com/watch?v=OO5bTG4nebA

https://www.youtube.com/watch?v=a2LFVWBmoiw




mardi 28 avril 2020

Domovoï de Julie Moulin


 Éditions Alma
 ★★★★★ (j'ai beaucoup aimé)

Imaginez : vous faites changer la porte de votre appartement. Oui, vous avez décidé d'investir dans une porte blindée. Ça coûte un bras ces petites choses-là… Deux ouvriers arrivent enfin avec votre nouvelle porte. Ils enlèvent l'ancienne, celle qui ne vaut pas un kopeck et disparaissent avec... la porte blindée qui vaut de l'or  ? Non ! Avec la vieille, juste bonne à être jetée ! Et vous restez là, ahuri, sur le seuil de votre appartement désormais ouvert au tout-venant, avec une porte blindée aussi rutilante qu'inutile posée contre le mur décrépi de la cage d'escalier…
Eh bien, sachez-le, vous touchez là quelque chose qui relève du non-sens, de l'absurde, de l'irrationnel, peut-être même du mystère, en deux mots, de l'âme russe.
C'est précisément, je crois, ce que Julie Moulin a tenté d'approcher dans « Domovoï », cette fameuse « âme russe » si difficile à cerner sans que nous ayons sans cesse l'impression d'être toujours un peu à côté, fondamentalement étrangers à ce monde assujetti à des années de tsarisme, puis de communisme dont on ne sort pas indemne, loin de là, mais qui ne permettent pas non plus de définir ce qu'est un peuple devenu.
Et cette fameuse et quasi indéfinissable « âme russe », eh bien, j'ai eu le sentiment de la sentir, de l'approcher, voire de la toucher du bout des doigts, tout au long de ce roman que l'on avale d'un trait (comme un p'tit verre de vodka en temps de confinement!) tellement on est pris par ses personnages. Le sujet en deux mots : Clarisse, étudiante à Sciences-Po, décide de faire un voyage d'études en Russie sur les traces de sa mère, décédée dans un accident.
En effet, tout comme elle, la jeune femme est fascinée par ce pays et elle a le sentiment qu'en y séjournant, elle pourrait peut-être mettre des mots sur des silences et des non-dits que son père refuse de dissiper par le moindre début d'explication susceptible de mettre un peu de lumière sur ce que fut cette mère et ce qu'elle vécut lors de ce voyage fondateur.
Clarisse est donc à la recherche de celle dont elle a hérité, corps et esprit, et dont elle ne sait rien ou presque…
Et les tâtonnements de Clarisse en proie à cette quête des origines sont extrêmement touchants : on sent à quel point la jeune fille a besoin de combler des vides pour enfin pouvoir tenter de se construire.
Nous lisons en alternance le périple de la mère puis celui de la fille dans ce pays où, malgré les vingt ans séparant les deux époques et les nombreux changements ayant suivi l'ouverture à la société de consommation (qui, paraît-il, rend les gens heureux), on a l'impression que fondamentalement, les choses n'ont pas vraiment changé : pénurie récurrente, logements vétustes, alcoolisme, chômage, misère, machisme, toujours la même débrouille, le même recours à la ruse si l'on veut survivre, à tel point que certains Russes éprouvent même de la nostalgie pour l'ère soviétique !
Bon, ce que nous dit aussi Julie Moulin, c'est que la Russie, on aime ou on n'aime pas. Pas de juste milieu, pas d'eau tiède.
 Moscou, objectivement, n'est pas la plus belle ville du monde (oui d'accord, le Kremlin, la Place Rouge etc etc...) Eh bien, Julie Moulin, Clarisse et Anne en sont folles.
Ajoutez-moi sur la liste.
Je n'y ai jamais mis les pieds, je vais rattraper ça bien vite. Et je sais que j'aimerai tout là-bas. Je me pâmerai devant les immeubles délabrés, les trottoirs défoncés par le gel, les parcs poussiéreux, les enseignes criardes et les chopes bling-bling à l'effigie de Rambo-Poutine.
Je le sais d'avance, le glauque, le terne et le lugubre enchanteront chacune de mes déambulations. J'aime ce pays que je ne connais que par la littérature et aussi peut-être parce qu'il y a fort longtemps, au début du siècle, mon arrière-grand-mère, née Véra Bobrov, quittait la ville de Serpoukhov pour la France…
Si j'ai connu Véra, j'étais bien trop petite pour qu'elle ait pu me transmettre quoi que ce soit… Quant à ma grand-mère, elle est morte tellement jeune que mon propre père et ses frères en ont été privés… Et pourtant, je reste bien persuadée que cette « âme russe » ne m'est pas étrangère… Une part de moi vient de là, d'un pays que je ne connais pas.
Et précisément, Domovoï m'a permis d'y entrer un peu plus, de rencontrer des Maria Grigorevna et des Serioja avec qui j'espère bien, un jour, trinquer et retrinquer et faire quelques pas aussi, du côté de Souzdal peut-être, entre les petites maisons peintes en bois et une jolie forêt sortie tout droit d'un tableau de Chichkine…

En attendant, le très beau texte de Julie Moulin m'a permis de partir en « âme russe », un beau pays dont on ne revient jamais vraiment…