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mardi 17 septembre 2019

Murène de Valentine Goby


Éditions Actes Sud
★★★★★ (magnifique!)


Je n'ai jamais été déçue par les romans de Valentine Goby, non, jamais. Ils sont assez rares ces auteurs qui ont suffisamment de talent pour se lancer dans une VRAIE histoire avec de VRAIS personnages, forts, puissants, éblouissants même, en tout cas impossibles à oublier et que l'on suit comme s'ils étaient un ami ou un frère : en tremblant, en espérant, en pleurant.
Extrêmement documentés, les romans de Valentine Goby nous projettent dans une époque précise et nous placent au coeur d'un problème de société qui soudain va nous surprendre puis, très vite, nous passionner, devenir essentiel et mettre en lumière tout un monde qui nous était jusqu'à présent inconnu.
C'est simple, on est embarqué par la prose dynamique, vivante, l'écriture riche, dense, ardente, qui fouille, donne à voir, à sentir, à entendre. La puissance, la force d'évocation et la sensualité qui s'en dégagent ont peu d'équivalent dans la littérature actuelle.
Quelle conteuse que cette écrivaine !
Allez, je vous dis deux mots de François. Il est beau François, il a la beauté fulgurante de ses vingt-deux ans, le visage de l'amour, le corps d'un dieu : il a la vie devant lui, la vie et ses belles promesses, là, à portée de main… Il a hâte de se jeter à corps perdu dans cette vie bouillonnante qui l'attend, avec Nine, celle qu'il aime, celle qu'il rêve de tenir serrée dans ses bras, tandis qu'en cet hiver extrêmement froid de 1956, il se trouve dans un camion avec un certain Toto qu'il vient de rejoindre porte de Clichy. Ils partent pour les Ardennes : il doit donner un coup de main à un cousin, dans une scierie, près de Charleville-Mézières.
Très vite, ils sont obligés de ralentir, la route est gelée, le brouillard de plus en plus dense. S'ils calent, ils ne redémarreront pas, c'est certain. Le pire (qui n'est jamais sûr) arrive soudain : le dix tonnes s'immobilise net. Toto envoie François chercher de l'aide, lui reste garder la ferraille qu'il transporte. C'est tout droit, tu trouveras. Un paysage tout blanc s'étend à perte de vue.
François n'aura pas le temps de rencontrer quelqu'un, non. Sa vie va soudain basculer. Il y aura un avant la panne et un après, deux vies en une, deux hommes en un.
Et l'on assistera à la métamorphose magnifique de François...
Je n'en dis pas plus, vous conseille (comme d'habitude) de ne pas lire la quatrième de couverture et de vous plonger dans ce roman au sujet passionnant (je dis, je ne dis pas ? Non, franchement, pour le plaisir du lecteur, mieux vaut laisser tout cela intact), un roman profondément émouvant : les personnages sont décrits avec tant de finesse, de précision, sur un mode si nuancé, qu'ils évoluent, là, devant nous ! Oui, Valentine Goby les rend vivants et on les aime tellement, tellement, vous verrez…
Et puis, l'écriture, pleine, serrée, rythmée, saisit le lecteur, l'emporte, l'arrache à son présent : nous sommes François, nous sommes ce personnage magnifique et nous avançons dans le silence profond de cette grande étendue de neige, nous marchons vers notre destin.
C'est parti.

vendredi 23 juin 2017

Quand sort la recluse de Fred Vargas


Éditions Flammarion
✦✦✦✦✦ (J'ai adoré)

Il n'y a pas que la chaleur qui m'accable! Non, il y a que je viens de terminer le dernier Vargas et ça, ça veut dire qu'il va falloir que j'attende au mieux un an pour « revoir » Adamsberg, évidemment, et les autres. Car au fond, bien au-delà de l'intrigue, il faut l'avouer, ce sont surtout les personnages qu'il me presse de retrouver! Un an sans la brigade, un an sans Danglard, l'érudit, exceptionnellement un peu « con » dixit Adamsberg dans ce volume, mais bon, chacun fait comme il peut (et puis, on a tous le droit d'être un peu « con » à un moment donné de sa vie, le tout est de l'admettre et de passer à autre chose!), un an sans le café d'Estalère (c'est un don de savoir bien faire le café et certains ne l'ont pas!), sans le fidèle lieutenant Veyrenc, sans l'angoissée Froissy au placard secret rempli de pâtés de sanglier et de mousses de canard au poivre vert, un an sans l'hypersomniaque Mercadet protégé par toute la brigade, sans Voisenet le zoologue contrarié, sans Violette Retancourt et ses 110 kilos de force et de solidité, sans Mordent, sans Kernokian et Lamarre, sans La Boule, le chat qui dort sur la photocopieuse et qui ne mange qu'à l'étage dans la salle du distributeur à boissons, enfin, un an sans … Adamsberg (silence... gorge serrée ... oui oui, la mienne ... ET ALORS, J'AI LE DROIT D' ÊTRE AMOUREUSE ? NON ?)
BREF, un an voire deux, ça va être long, très long… sans eux !
Bon, reprenons-nous : oui la recluse est une araignée (Loxosceles rufescens, selon Danglard, de loxo « oblique », par extension… « qui ne marche pas droit », « vicelard » et peut-être de celer « qui se cache », ça, c'est pour mon collègue de Lettres classiques à qui je laisse le soin de s'interroger sur la pertinence de l'étymologie !)
Quant à mon collègue de SVT (il est grand temps que je parte en vacances, je ne parle plus que du boulot, ça doit être la chaleur!), il a eu la gentillesse de me montrer sur son smartphone (oui, il est mieux équipé que moi et lui, il a « l'idée », la « curiosité » d'aller voir ce genre de trucs sur Google) à quoi ressemblait une morsure de recluse : eh bien, ça n'est pas beau à voir car sachez que « son venin n'est pas neurotoxique… mais nécrotique. C'est à dire qu'il décompose les chairs autour de la morsure. » Beurk !
Et alors, qu'a-t-elle fait cette recluse ? Elle a mordu des petits vieux et… ils en sont morts. Et c'est embêtant, d'un, parce qu'ils sont morts (et que normalement, maintenant, avec nos médocs, on s'en sort!) et de deux, parce qu'Adamsberg trouve ça étrange des morts si rapprochées dans le temps ! 
En effet, comme son nom l'indique, la recluse vit… en recluse et n'attaque que pour se défendre. Aurait-elle muté ? Avec tout ce qu'on nous fait avaler maintenant, même les araignées sont un peu bizarres... Non, décidément, quelque chose ne colle pas. Mais chez Adamsberg, c'est intuitif, il sent les choses, des bulles s'agitent dans sa tête et puis des souvenirs enfouis remontent à la surface… Aurait-il été piqué lui aussi ? Et comment convaincre toute une équipe de le suivre sur un chemin bien nébuleux (depuis qu'il est rentré d'Islande, il est toujours un peu dans la brume… Mais ça lui va si bien…) ?
Avec un Danglard qui devient « con », un Voisenet devenu ichtyologue (une murène de l'Atlantique à robe marbrée en décomposition, ça vous dit ?), une Retancourt amoureuse (si,si!) et un Veyrenc qui l'est aussi … (manquait plus que ça!), des étocs dans lesquels on se prend les pieds, des blaps descendus un à un (j'en ai du vocabulaire, hein?), des merles qu'il faut nourrir de vers (de lombrics, pas d'alexandrins!) et de framboises, des proto-pensées adamsbergiennes qui s'accumulent sur un petit carnet et des tonnes de repas à La Garbure (restau qui tient son nom d'un plat des Pyrénées à base de chou et de porc) et ce, parce qu'on ne peut plus bosser correctement dans les locaux de la police, BREF, avec tout ça, pas simple de mener une enquête !
Ah, je les envie, ceux qui n'ont pas entamé ce roman !

Allez-y, foncez ! C'est dé-li-ci-eux (avec une belle diérèse en plus…!)