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mardi 12 juin 2018

Casse-gueule de Clarisse Gorokhoff


 Éditions Gallimard
★★☆☆☆ (J'ai moyennement aimé)

A priori, il avait tout pour me plaire : une écriture un peu mordante, un sujet passionnant, un personnage attachant. Et pourtant, je n'ai pas accroché. Pourquoi ? Difficile à dire. 
Peut-être d'abord parce que je n'ai pas cru à cette histoire de jeune fille qui se fait défigurer au coin d'une rue par un inconnu et qui, dès le lendemain ou presque, en ressent un immense soulagement, une libération : enfin délivrée de sa beauté qui l'empêchait d'être elle-même ! Cette acceptation immédiate de son visage devenu une vraie gueule cassée sonne tellement faux... Impossible d'y croire. 
Qu'une jeune femme vive un tel cauchemar et qu'éventuellement, avec le temps (et combien de temps…), elle finisse très progressivement par accepter ce qu'elle est devenue, constatant que les autres s'attachent dorénavant à ce qu'elle est vraiment, à son être intérieur, ce qui finit par bouleverser son rapport au monde, pourquoi pas ? L'analyse minutieuse de la lente évolution psychologique de la jeune femme, de sa métamorphose progressive, de sa renaissance à pas menus, de l'acceptation douloureuse de ce visage perdu à jamais m'aurait sans doute plus convaincue. Encore une fois, difficile d'admettre que du jour au lendemain, on accepte de passer d'un visage d'ange à celui d'un monstre et qu'on le vive comme un soulagement !
Le personnage de la mère, de la même façon, m'a semblé frôler la caricature, même si j'imagine bien que des bourgeoises obsédées par leur nombril et uniquement préoccupées par l'apparition de leur dernière ride, ça doit bien exister ! Mais là, la pauvre Nicole n'a vraiment rien pour elle.
Enfin, je n'ai pas été convaincue non plus par cette invention d'une société secrète nYx qui se charge de défigurer les gens (ils appellent cela une TP ou transition de phase) pour qu'ils quittent le monde des apparences et en reviennent à l'essentiel en « dessinant enfin le modèle de leur propre vie ». Et les membres de cette société, ce Lazare, cette Notchka, qui sont-ils au fond, quel est leur parcours, quelles sont leurs motivations ? Ce que j'ai cru comprendre me semble un peu fumeux et tiré par les cheveux. Non, vraiment, trop c'est trop. Bon, je sais, la science-fiction, car ne s'agit-il pas de cela finalement ?, n'est pas mon genre de prédilection et donc peut-être suis-je mal placée pour parler d'un tel livre.

Cela dit, j'espère que ce roman, bien écrit et dont le sujet a le mérite de nous inviter à réfléchir sur un vrai problème de société : le règne des apparences, trouvera son public. Si vous l'avez lu, dites-moi ce que vous en avez pensé. J'aimerais découvrir d'autres points de vue sur le sujet !




vendredi 8 juin 2018

Qui a tué mon père d'Édouard Louis


  Éditions du Seuil
   ★★★★★

J'ai tout entendu sur ce livre : indigent, ni fait ni à faire, simpliste, creux, inutile, un livre qui se moque du monde… Une telle volée de bois vert peut sembler suspecte. Ayant lu et vraiment beaucoup aimé En finir avec Eddy Bellegueule et Histoire de la violence, je me devais de jeter un oeil sur le dernier opus qui déchaîne actuellement les passions.
Eh bien... qu'il est beau ce livre !!!!
Complètement essentiel à mes yeux.
Avec des phrases simples, il dit exactement et précisément l'immense douleur du fils qui ne reconnaît pas son père. C'est quand même quelque chose ça ? Ne pas reconnaître son père ! Non ? Ce fils qui voit le corps du père usé jusqu'à la corde, pompé par le boulot, le corps d'un homme qui, à cinquante balais, ne peut plus marcher, ne peut plus respirer. Alors ce fils accuse. Il dit les noms de ceux qui, du haut de leur tour d'ivoire, n'imaginent même pas une seule seconde que leurs décisions politiques puissent avoir des conséquences directes, concrètes et terribles sur les plus démunis. Parce que « La politique ne change pas la vie » de ceux qui la font. « Pour les dominants, le plus souvent, la politique est une question d'esthétique, une manière de voir le monde, de construire sa personne. Pour nous, c'était vivre ou mourir. » Faut-il rappeler que quelques euros en moins signifient pour certains des fins de mois où l'on ne donne aux gamins que des tartines de pain, le soir ? Au mieux. La cantine du midi a intérêt à être à la hauteur. C'est débile de rappeler des choses comme ça ? Je suis enseignante et je vois des parents d'élèves aux doigts noircis par le gel des compartiments frigorifiques de l'entreprise où ils travaillent toute la nuit, des gens pliés en deux à cause des charges qu'ils transportent toute la journée et ces gens-là me disent : mon gamin faut qu'il fasse autre chose, moi ma vie est pourrie, faites ce que vous pouvez, madame.
Des gens détruits, bousillés, épuisés, bouffés par leur boulot. Pas même besoin d'un accident de travail pour être réduits à néant.
Pourquoi ne pas pointer du doigt les responsables ? Pourquoi ne pas citer des noms ? Pourquoi rester dans l'abstrait ? Encore une fois, les choix politiques ont des répercussions concrètes sur les gens.
« L'histoire de ton corps accuse l'histoire politique »
Quand je lis que ce livre est simpliste, ça me fait sortir de mes gonds.
Non, ce livre dit clairement que dans notre société, certains ont « une existence négative » : « Tu n'as pas eu d'argent, tu n'as pas pu étudier, tu n'as pas pu voyager, tu n'as pas pu réaliser tes rêves. Il n'y a dans le langage presque que des négations pour exprimer ta vie. »
« Ta vie prouve que nous ne sommes pas ce que nous faisons, mais qu'au contraire nous sommes ce que nous n'avons pas fait, parce que le monde, ou la société, nous en a empêchés. Parce que ce que Didier Eribon appelle des verdicts se sont abattus sur nous, gay, trans, femme, noir, pauvre, et qu'ils nous ont rendu certaines vies, certaines expériences, certains rêves, inaccessibles. »
Sur quelle planète vivent ceux qui jugent ces propos creux ou inutiles ???? N'ont-ils pas entendu ne serait-ce que l'écho de certains combats? Ne savent-ils pas que pour les catégories citées ci-dessus, il faut encore se battre pour être respecté, pour trouver du travail, un logement, pour ne pas se faire cracher dessus ? Rien n'est acquis. Et des livres comme celui d'Édouard Louis le disent. Pas de langue de bois, pas de propos vaseux. Rien de sibyllin. La langue est claire, nette, dépouillée, elle heurte par sa franchise, sa netteté, sa vérité. Elle dérange parce qu'au fond, toute interprétation est devenue inutile. C'est clair comme de l'eau de roche et tellement évident que ça devient gênant !
Peter Handke dans Le malheur indifférent (1972), texte qui a beaucoup influencé Édouard Louis, parle de sa mère qui s'est suicidée à l'âge de 51 ans en ces termes : « Naître femme dans ces conditions c'est directement la mort… Fatigue / Épuisement / Maladie / Maladie grave / Mort. » CQFD. Et c'est la rage qui pousse l'auteur à dénoncer ce que la société a fait à sa mère, ce que la société fait aux femmes.
Il y a aussi dans le roman d'Édouard Louis le retour vers le père et c'est magnifique, d'une beauté sidérante dans le dépouillement des mots employés : « Il me semble souvent que je t'aime. » Dans les mots si simples de l'auteur, j'entends la voix du petit garçon « Tu as dit que tu n'avais jamais connu d'enfant aussi intelligent que moi. Je ne savais pas que tu pensais tout ça (que tu m'aimais?). Pourquoi est-ce que tu ne me l'avais jamais dit ? »
Faites ce que vous voulez, moi je pleure.

Magnifique, sublime et indispensable.



mercredi 6 juin 2018

Saisons du voyage de Cédric Gras


 Éditions Stock
★★★★★(J'ai adoré)

J'ai seize ans, je suis en Première littéraire et je découvre L'antivoyage de Muriel Cerf : la claque. L'envie de partir, d'aller où le vent me mènera. Je n'irai nulle part. Je passerai mon bac, poursuivrai mes lectures et découvrirai Alexandra David Néel (lue et relue), Nicolas Bouvier, Annemarie Schwarzenbach.
Plus tard Sylvain Tesson, cet été le magnifique Hautes solitudes. Sur les traces des transhumants d'Anne Vallayes.
Là, je viens de finir Saisons du voyage. Et de nouveau, s'empare de moi cette sensation qui s'apparente à de la faim ou plutôt à de la soif. L'impression de se balader le long d'un cours d'eau bien frais un jour de grande chaleur. Juste une envie : se jeter dedans !
Je tiens ça de mon père qui, jusqu'à ce qu'il finisse par se paumer dans des rues qu'il connaissait par coeur à cause de sa maladie de m---- , passait tout son temps à marcher. A peu près n'importe où.
Heureux dehors.
Ma sœur est pareille. Mon frère serait bien aussi dans le même genre. Maintenant que j'y pense, ma mère aussi.
C'est de famille.
Saisons du voyage dit à quel point partir est un besoin vital. « Demain ne pouvait que se trouver ailleurs. » L'auteur, étudiant en géographie, ne tarde pas. Il part. Il part car il s'ennuie. C'est lui qui le dit. Peu importe la destination au fond. Ce qui compte, ce sont les paysages traversés. Ils s'accompagnent d'une terrible prise de conscience : plus rien n'est à découvrir.  Tout a été vu, revu, photographié. Il ne reste plus qu'à marcher « sur les traces de ». Terrible constat : il est arrivé trop tard. Il ne peut que ramasser « les miettes du grand festin de l'exploration ». Sa génération doit se contenter de « lambeaux d'aventure ».
Sans compter que le tourisme de masse et la modernité viennent ternir encore davantage le tableau. On le sent un peu dépité notre Cédric ! Il s'en remettra. Il comprendra qu'on voyage à un instant T et que le monde qui nous est offert à ce moment-là est le nôtre et qu'il faut le prendre comme il est. Pourquoi en vouloir un autre ? Pourquoi toujours penser à ce qu'il y avait avant ? On appartient à une époque. On n'a pas le choix. Oui, maintenant on peut se rendre au Tibet « en wagon pressurisé ». Eh bien, allons-y quand même. Je comprends bien l'amertume de celui ou de celle qui aurait voulu y aller déguisé(e) en mendiant(e). Mais Alexandra David Néel serait, je crois, la première à nous inviter à la sagesse, à la contemplation de nos voisins de compartiment, à leur façon de manger, de dormir, de s'occuper d'eux-mêmes ou de leurs enfants.
« À Luang Prabang, il aurait fallu venir dix ans plus tôt. À La Paz les jeux sont faits. À Iguazu nous sommes des milliers. Je suis un voyageur en retard. »
On sent, dans les premières pages du livre, du dépit, de la colère même peut-être. Parce que le tourisme « proscrit la rencontre et folklorise le dépaysement », parce que le tourisme « ne peut s'immerger dans les lieux qu'il submerge », parce qu'en un mot, il « se moque du monde. »
Mais par la suite, j'ai eu le sentiment, en avançant dans ce récit, que Cédric Gras avait pris conscience qu'au fond, en faisant juste un pas de côté, on pouvait avoir le sentiment d'être seul, enfin dans un lieu où aucun touriste ne va : il suffit « d'éviter les incontournables, les tropismes communs, Ushuaïa, la vallée de Khumbu... », il faut « tracer des perpendiculaires aux circuits des superlatifs, ne pas s'émouvoir à l'unisson de ses pareils. »
Un simple pas de côté, vers un monde « absent de nos écrans, de nos ondes radio, du creux de nos assiettes » par exemple ! Aller là où les gens vous demandent pourquoi vous êtes là, bien persuadés qu'il n'y a pas grand-chose à photographier chez eux.
Pas si difficile que ça finalement. Car, à mon avis, ils sont bien nombreux, les lieux où personne ne va.
Et puis, si c'est possible, ajoutez à cela un petit décalage temporel : « Je me déplace avec les saisons, pas les périodes touristiques et les calendriers décrétés par les ministères, mais celles de la mécanique céleste. »
Et le tour est joué !
Au fond, la sagesse ultime, n'est-ce pas, finalement, accepter d'explorer « SON monde » c'est-à-dire, le monde tel qu'il est dans l'époque qui est la nôtre.
Saisons du voyage est l'histoire, me semble-t-il, d'un itinéraire spirituel, le récit d'une acceptation, celle qui consiste à regarder le monde dans lequel on vit avec ses brouillards de pollution, ses objets en plastique fluo, ses touristes à appareils photo, ses autoroutes infinies, son uniformisation-rouleau-compresseur et à l'accepter tel qu'il est. Je repense soudain à la façon dont Apollinaire dans « Zone » intègre, à sa poésie, le quotidien de son époque : Tour Eiffel, automobiles, enseignes, plaques, journaux, aéroplanes. Oui, c'est cela, Saisons du voyage est l'histoire d'un cheminement vers une forme d'adhésion à ce qui fait notre époque, qu'on le veuille ou non. « Je m'étais vu explorateur, au temps du bureau des Longitudes à l'intitulé si extraordinaire. Je suis devenu un simple voyageur emporté par la vitesse des transports, autour d'une planète rétrécie et uniformisée sous l'hégémonie des plus forts. Je n'en suis pas moins comblé, je ne me suis même jamais véritablement senti floué par l'époque. C'est dans ce monde-là que je me suis plongé la tête la première, pour feuilleter les pages de l'humanité dissemblable ou clonée, déchiffrer les sociétés en éruption et disséquer les pays anesthésiés. Voilà tout le voyage aujourd'hui. Lire le monde, partout, quel que soit ce qu'il nous raconte, observer les yeux grands ouverts. Le regard : la vraie définition du voyage. »
C'est un homme « résigné » qui termine l'écriture de ce livre magnifique (et je ne vous ai pas parlé des mille lieux évoqués dans une prose poétique ciselée), « résigné » dans le sens d'apaisé car enfin en accord avec le monde qui est le sien, SON monde, peut-être un homme qui a mûri, qui n'est plus l'enfant qu'il était lors de ses premières escapades, mais quelqu'un qui a compris que le passé appartient au passé, que lui marche dans le présent et que ce présent, si on veut bien le regarder en face, révèle ses beautés à qui est capable de les voir. Un homme qui a compris qu'il ne pourra jamais tout contempler, parce qu'il est humain, qu'il n'a plus vingt ans et que certaines terres lui resteront à jamais inaccessibles.
« Résigné » et heureux.
Capable, un soir d'été, de se laisser porter par la mer « sous la voûte scintillante et démesurée », de contempler le ciel et d'avoir le sentiment profond d'être là où il doit être.

La sagesse ? Oui, ça s'appelle peut-être comme ça ...


lundi 4 juin 2018

LaRose de Louise Erdrich


Éditions Albin Michel
★★★★☆ (J'ai beaucoup aimé)

Fille d'Indienne Ojibwé, Louise Erdrich appartient au mouvement de la Renaissance amérindienne (Native American Renaissance) créé pour qu'on n'oublie pas ce peuple, ses coutumes, sa mythologie et qu'il continue d'exister à travers la voix d'auteurs modernes.
Dans ses romans, Louise Erdrich fait revivre une culture et des traditions amérindiennes, espérant maintenir vivante la mémoire des anciens. Et le sens même de son écriture se trouve peut-être là, précisément, dans ce projet de lutte contre l'oubli.
C'est donc un monde un peu étrange que le lecteur découvre, monde dans lequel, par exemple, les morts peuvent revenir partager l'existence de ceux que l'on appelle les vivants, les frontières entre les deux « états » étant plus poreuses que dans nos sociétés rationnelles.
En 1999, dans le Dakota du nord, Landreaux Iron part à la chasse au cerf, cérémonial obligé pour célébrer l'arrivée de l'automne. « C'était un catholique pieux et respectueux des coutumes indiennes, un homme qui, lorsqu'il abattait un cerf, remerciait un dieu en anglais et faisait une offrande de tabac à un autre en ojibwé. » Landreaux est un excellent chasseur : lorsqu'il voit l'animal, il n'hésite pas une seconde et tire. Il tue accidentellement Dusty Ravich, petit garçon âgé de cinq ans, le fils de son voisin et ami Peter Ravich.
C'est le drame, la tragédie absolue.
La mort d'un enfant.
Or, la coutume indienne veut que, pour se racheter ou tenter de se faire pardonner, on doive donner son plus jeune enfant à la famille qui a perdu le sien : c'est ainsi que le petit LaRose Iron part vivre chez les Ravich.
Offrande incroyable, offrande impensable…
Et pourtant...
Comment Landreaux va-t-il pouvoir continuer à vivre avec un immense sentiment de culpabilité et un si terrible chagrin? Comment les deux familles vont-elles cohabiter sans chercher à s'entre-tuer, sans vivre dans la haine, sans désir de vengeance et en respectant les coutumes de leurs ancêtres ?
Que va devenir cet enfant, LaRose, partagé entre deux familles ? Peut-on se construire de cette façon ? Et les frères et sœurs dans l'une et l'autre famille vont-ils savoir contenir leur douleur, leur ressentiment, leur souffrance ?
Quant aux mères, Nola et Emmaline… Qui aura la force de pardonner ? De quelle façon une justice peut-elle être rendue ? La sagesse des anciens est-elle capable de panser les plaies, d'aider chacun à supporter un réel à peine pensable ? Une forme de solidarité, d'entraide est-elle encore possible ?
C'est le quotidien bouleversé de ces deux familles que nous découvrons, leur façon de gérer chaque heure, chaque jour qui passe, chacun se reconstruisant, petit à petit, comme il le peut, en passant par des phases de douleur extrême, de désir de mort, de solitude profonde, de haine viscérale, d'amour ou de don de soi.
Ces différents personnages, enfants et adultes, ont tous quelque chose de fascinant : ils n'ont rien de manichéen, loin de là, et sont très humains dans leurs réactions et très touchants donc. Je pense notamment à la figure du prêtre, le père Travis, toujours à l'écoute des autres, lui dont les sentiments pour une femme le mettent au supplice. Je pense aussi au personnage de Romeo, père biologique d'un des enfants élevés par Landreaux, la figure même de l'antihéros malmené par la vie, dépossédé de tout et qui semble, dans l'ombre, préparer une terrible vengeance. A moins que...
L'auteur, fine observatrice, a le souci du détail : une mimique, une expression, un geste permet de visualiser le malaise, la tension ou la joie de tel ou tel personnage. L'effet de réel est saisissant. J'ai beaucoup aimé la minutie de ses descriptions qui en disent tant sur les gens et qui traduisent si bien la complexité des sentiments.
De nombreux retours dans le passé permettent de mieux comprendre le poids des traditions, des croyances qui se heurtent parfois à la modernité et expliquent le comportement de certains personnages, ce qu'ils sont devenus avec le temps. S'ils vivent tous au XXe siècle (et dans une Amérique où l'on noie dans l'alcool ou la drogue son ennui et son désespoir), leurs racines les rattachent à un passé ancestral dont ils ne peuvent s'affranchir complètement. Ils sont les héritiers de coutumes d'un autre temps, vivent en équilibre instable entre deux mondes.
LaRose est un récit ambitieux : si les nombreuses digressions, les retours en arrière retraçant, par exemple, la généalogie des LaRose sur quatre générations nous éloignent momentanément du récit principal, ils permettent surtout au lecteur de découvrir une culture, une mythologie, des croyances surnaturelles et magiques avec lesquelles il est nécessaire de se familiariser pour mieux interpréter le texte.
LaRose est donc un roman exigeant qui se mérite, et j'avoue qu'il m'a fallu une seconde lecture pour me sentir plus à l'aise et plus à même de mieux appréhender cet univers.
Mais c'est ainsi que j'ai eu le sentiment de pénétrer dans un texte d'une grande richesse de par son écriture et sa construction bien sûr, mais aussi de par la vivacité et la complexité de ses personnages. L'évocation de cette culture amérindienne, monde fascinant où les morts jouent avec les vivants, discutent avec eux, monde où rêve et réalité se mélangent, m'a fascinée.
Enfin, ce qui touche dans cette œuvre, c'est qu'au fond, même les plus mauvais se révèlent finalement avoir une âme sensible et généreuse et l'on sent à chaque page le regard bienveillant que l'auteur pose sur l'humanité.
Par les temps qui courent, on peut dire que ça fait du bien !

Un texte intense que je n'oublierai pas. 




dimanche 27 mai 2018

My Bloody Valentine de Christine Détrez


 Éditions Denoël
★★★★★(J'ai adoré)

Oh, quelle belle surprise que ce roman ! Attirée par cette magnifique photo de couverture, vaste étendue d'eau turquoise dans laquelle on a envie de se plonger, je m'empare de ce roman sur lequel je n'ai lu ni entendu aucune critique… Délicieux chemin inconnu… Impression d'entrer en pays vierge et de jouer aux explorateurs… (Même si je ne lis aucun commentaire sur un livre avant de m'en faire moi-même une idée - je me sais tellement influençable que… - il est néanmoins difficile d'échapper aux étoiles qui accompagnent les articles et aux commentaires radiophoniques.)
Donc, je tourne les premières pages de My Bloody Valentine sans trop savoir où je mets les pieds et là… il suffit de quelques lignes, je sens que je tiens du bon, du très bon même, disons-le : l'écriture ciselée, l'atmosphère tendue et étouffante, le portrait précis et si juste des personnages, les descriptions d'une telle puissance évocatrice qu'on croirait partager ces vacances en Corse… En quelques phrases, me voilà embarquée ! Je ne reposerai le roman qu'après l'avoir achevé...
Nous sommes en Corse, c'est l'été. Delphine, dont nous suivrons le point de vue, professeur des écoles, séparée de son mari, a rencontré Paul qui, de son côté, a rompu avec Isa pour vivre auprès de sa nouvelle compagne. Pour la petite Émilie, la fille de Paul, cette situation n'est pas facile à vivre, d'autant que pour elle, ce sont ses premières vacances sans sa mère. Ils ont décidé de partir avec un couple d'amis : Véro et François, accompagnés de leurs deux ados et de la copine de l'un des deux. De son côté, Delphine est venue, elle aussi, avec ses deux garçons, au moins, ils ne vont pas s'ennuyer… les ados aiment être avec leurs pairs… Même si Delphine se sent vaguement angoissée, elle se répète - c'est sa méthode Coué - que tout va bien se passer...
Ils sont donc dix et vont vivre un mois en huis clos dans cette très belle maison surplombant la mer, au beau milieu d'une végétation aride et odorante. Le paradis ? Non, pas vraiment… Des tensions vont vite éclater : les centres d'intérêt et les valeurs divergent, les revenus des uns ne sont pas ceux des autres et puis, qui est cette Valentine, à quoi joue cette Lolita d'une beauté insensée ? Et la petite Émilie, est-elle ange ou démon ? Et Véro, toujours pendue au téléphone à discuter avec l'ex de Paul, Isa, que cherche-t-elle au fond ?
Entre tensions et non-dits, silences pesants et éclats de rire tonitruants, crises de pleurs et corps enlacés, Christine Détrez peint très justement les relations complexes qui se nouent entre des gens qui se connaissent à peine et vont devoir cohabiter pendant un mois.
La justesse et la précision de son écriture traduisent à merveille cette tension qui va grandissant, la violence que l'on sent monter progressivement chez les individus, exacerbée par la chaleur étouffante de l'été et les senteurs entêtantes de la garrigue.
Et, puis, franchement, j'ai rarement lu une description si pertinente des ados de notre époque : c'est DU VÉCU (ou bien, du très très bien observé - l'auteur est professeur de sociologie!), et je SAIS de quoi je parle, j'en ai QUATRE (oui, QUATRE) à la maison ! Bluffant de réel ! Dans un sens, ça m'a rassurée, je me suis dit qu'il n'y a pas que chez moi que le frigo est à remplir tous les deux jours, les portes de placards continuellement béantes, les vêtements épars, les plats arrosés de ketchup et le langage parfois (souvent) à peine compréhensible (en plus de cela, je deviens sourde, ce qui n'arrange rien !)
Ce que j'ai trouvé aussi passionnant dans ce texte, ce sont, toujours latents, omniprésents et clivants, les rapports de classes. Dis-moi d'où tu viens, je te dirai qui tu es. Impossible d'échapper à ce qui nous détermine, nous enferme… On n'est pas loin de la tragédie grecque finalement! 
Christine Détrez, retenez ce nom, car pour un premier roman, c'est un VRAI coup de maître !

jeudi 24 mai 2018

Scherbius (et moi) d'Antoine Bello


Éditions Gallimard
★★★★★+++ (J'ai ADORÉ!!!)

Imaginez : vous êtes un jeune psychiatre et vous vous installez dans ce cabinet dont vous rêviez depuis longtemps, situé sur le prestigieux boulevard Saint-Germain. Ici vous placez une bibliothèque bourrée de livres qui saura certainement rassurer votre clientèle, là un beau bureau avec un plateau en verre où vous poserez votre bloc tout neuf d'ordonnances. Vous vous reculez un peu, admirez l'ensemble, fier d'imaginer l'avenir prometteur qui se dessine devant vous lorsque, soudain, le téléphone sonne.
Premier appel…
Pour un rendez-vous?
Non, pas vraiment… C'est un éminent collègue, Francis Monnet, directeur du service de psychiatrie de l'hôpital Cochin… Un ponte, quoi !… Comme tous les étudiants en psychiatrie, vous connaissez par coeur son Manuel de la schizophrénie paranoïde.
Pourquoi appelle-t-il ? Votre curiosité s'en trouve pour le moins aiguisée !
Il vous explique que les services du Premier Ministre lui ont confié le soin de s'occuper d'un « imposteur » (les guillemets sont importants), un certain Scherbius, est-ce que vous accepteriez de vous occuper de lui? Vous venez juste de vous installer et l'on ne peut pas dire que vous crouliez sous les rendez-vous, alors, vous acceptez. Votre collègue viendra chez vous demain pour vous expliquer le cas. Vous acceptez…
Vous acceptez, certes, mais avez-vous pris conscience de ce qui venait de se passer ? Dans quelle galère vous vous étiez embarqué ? Non ? Eh bien, sachez-le quand même, c'est fort dommage pour vous… Vous êtes maintenant embarqué… POUR LE MEILLEUR ET POUR LE PIRE… C'est le moins qu'on puisse dire !!!
Bon, que je vous dise tout : je ne connais Antoine Bello que depuis peu mais je suis FAN. 2016 : Ada, j'adore ; 2017 : L'homme qui s'envola, même chose ; 2018 Scherbius (et moi), et toujours le même enthousiasme. J'ajouterais même qu'il me semble que le 2018 est un très très bon cru. Pourquoi ? Parce que ce texte est bourré d'humour (ah, les scènes improbables, les notes en bas de page etc, etc !) Franchement, je ne me souviens pas de m'être autant amusée en lisant un texte littéraire. Quelle invention, mais quelle invention !
Et je ne vous parle même pas de la construction… Je vous laisse la surprise !
On se balade entre la franche parodie, un mélange de vrai… (c'est hyper-documenté : vous saurez tout sur le DSM, le TPM et la psychanalyse n'aura plus aucun secret pour vous…), et de faux (à vous de démêler l'un de l'autre - après tout, Scherbius n'est-il pas un imposteur ?) Franchement, certaines situations sont hilarantes et j'imagine aisément avec quel plaisir Bello s'est amusé à raconter les histoires les plus folles, les plus déjantées… On se régale, on rit, on sent que Bello nous manipule à travers ses personnages et on en redemande.
Car au fond : QUI EST SCHERBIUS ? A cette question, s'en ajoutent bien d'autres : d'où vient-il, que veut-il, que cherche-t-il, quelles sont ses motivations, qui parle lorsqu'il prend la parole - lui ou un autre ? Porte-t-il toujours un masque ? Qui est cet homme ?
Un mystère… Une énigme…
Il faudra tout le talent de notre jeune psychiatre pour tenter de cerner ce personnage à faces multiples…
Mais Scherbius est-il un personnage classable, étiquetable, son cas est-il diagnosticable ? Est-il un escroc ou un malade ? Doit-on le mettre en prison ou tenter de le soigner (ou les deux à la fois?) Un manipulateur ou un manipulé ? Et s'il n'était pas celui qu'on croyait, à moins que...
Mais chut...
J'ajoute juste une chose : vous trouverez, au coeur de l'oeuvre, comme souvent chez Bello, une réflexion sur les pouvoirs de la littérature, de la fiction, une interrogation sur l'acte même d'écrire...
Un roman brillant, complètement JUBILATOIRE et, évidemment, à lire ABSOLUMENT !!!

(Volontairement, je vous en dis peu sur l'intrigue… croyez-moi, j'ai mes raisons!)

                                



dimanche 20 mai 2018

Le Jeu d'échecs d'Édith Thomas


Éditions Viviane Hamy
★★★★★ (J'ai adoré)

Pourquoi ai-je dû attendre l'âge que j'ai - et je ne suis plus toute jeune ! - pour découvrir Édith Thomas ? Pourquoi, au hasard de mes lectures, n'ai-je jamais entendu parler de cette femme hors du commun ? 
Très engagée dans la Résistance, féministe et d'une exigence morale exceptionnelle - appelle-t-on cela de la droiture, de l'intégrité ou de la rigueur ?- elle eut beaucoup de succès en son temps. Entre 1933 et 1970, elle écrivit beaucoup : articles de presse, conférences, essais historiques, journaux intimes, mémoires, romans (écrire, pour elle, est « une nécessité organique ».) Après sa mort, elle sombra dans l'oubli.
Pourquoi ? Difficile de comprendre !
Non seulement, j'ai découvert une œuvre (et quelle œuvre!) mais j'ai aussi rencontré quelqu'un dont la lucidité et son corollaire, le désenchantement, m'ont beaucoup touchée.
Je tiens Le jeu d'échecs comme un roman majeur que l'on devrait élever au rang de classique, et je ne peux que remercier les éditions Viviane Hamy de m'avoir permis cette rencontre qui n'aurait jamais eu lieu sans la publication de ce roman.
Celui-ci, écrit neuf mois avant la mort de l'auteur, à 61 ans, est publié chez Grasset en 1970. Le succès est immédiat, il faut dire que l'écriture est d'une telle beauté que le texte ne peut que s'imposer immédiatement.
Mais ce qui frappe avant tout, outre cette écriture, c'est le ton de ce roman que l'on sait en grande partie autobiographique : j'employais tout à l'heure le mot « désenchanté », oui, c'est cela, un texte sans illusions et d'une telle lucidité sur soi-même et sur l'existence que l'on imagine aisément toute la souffrance qui en découle, la vie apparaissant, pour la narratrice, comme un fardeau plus ou moins lourd à porter selon les périodes mais dont le poids se fait, de toute façon, toujours sentir.
Dans ce roman, Aude, la narratrice, s'adresse à un homme qu'elle a rencontré et qu'elle a aimé. On peut penser que si elle a eu d'autres amours dans sa vie, ce fut pour compenser la non-réciprocité de ce sentiment intense qu'elle a ressenti pour cet homme et aussi bien peut-on conjuguer ce verbe au présent. Alors, elle s'adresse à lui et lui explique. Aude est une femme sincère, honnête avec elle même, incapable de se bercer d'illusions ou de se perdre dans ses rêves. Elle se connaît, connaît les gens et sa lucidité, au fond, est une arme qui se retourne à tout moment contre elle, au risque même, à certains moments, de la tuer. « Je m'efforce toujours d'entrer dans le jeu de l'autre et de me regarder du dehors avec les yeux d'autrui : telle que je suis et non telle que je voudrais être. »
Comment vivre au quotidien avec cette vérité, cette sincérité sur soi-même ?
Elle le sait, Stevan est perdu à jamais pour elle. « … je sais que rien, ni personne, ne peut plus m'aider du dehors, que rien du dehors ne viendra jamais plus jusqu'à moi. Le mur est maintenant sans fissure. »
La désillusion n'empêche pas la présence de « fragments » de souvenirs, moments uniques et fugaces passés auprès de lui, instants teintés de tristesse et de mélancolie. Les pages évoquant ces rencontres assez rares et dont la narratrice sait qu'elles sont sans lendemain apparaissent comme d'une pure beauté et je ne me lasse pas de les relire…
Comment espérer ce que l'on sait au fond impossible ? Comment ne pas rechercher alors, pour se protéger, une forme de « détachement sans aigreur, une indifférence sans mélancolie » pour enfin accéder à un certain « apaisement ». Faire en sorte d' « être » le moins possible, s'oublier dans le travail, l'étude, ne plus sortir.
Évidemment, le lecteur s'interroge sur cet homme, Stevan, communiste comme Aude, et qui, à demi-mot avoue être « enfin libéré d'une ancienne liaison... »
Quelle terrible souffrance traîne -t- il comme un poids mort l'empêchant d'avancer ?
C'est la rencontre avec une femme, Claude, qui va permettre à Aude de tenter d'exister de nouveau malgré une époque terrible qu'il lui faudra traverser, celle de la Seconde Guerre, du nazisme, du fascisme, des bombes atomiques, bref, de la folie humaine. « C'est à Claude que je dois d'avoir pu reprendre pied dans ce monde absurde », confie Aude.
Comment supporter l'insupportable ?
Les journaux intimes d'Édith Thomas regorgent de pages sur cette période : on la sent touchée au coeur, meurtrie au plus profond de son être, tentant d'agir comme elle peut en tant que Résistante. Elle fut d'ailleurs une des premières à participer au Comité national des écrivains, organisant des réunions chez elle. Elle collabora à des journaux liés à la Résistance, publia des textes aux Éditions de Minuit, créées, on le sait, de façon clandestine par Jean Bruller, autrement dit, Vercors. Elle organise, chez elle, des réunions du Conseil National de la Résistance, ira rejoindre le maquis.
Revenons à Aude…
« Que me restait-il entre le néant de ma vie personnelle, l'horreur du monde et l'absence de Dieu ? » La sincérité de la déclaration, l'absence encore une fois d'illusions m'interpellent, comme on dit. Il y a quelque chose de viscéral dans la façon dont l'auteure à travers son personnage vit son époque et son rapport au monde. Il y a du Meursault chez Aude, du Camus chez É.Thomas dans ce sentiment profond d'absurdité qui est le leur et qui constitue la matière même de leur existence.
« J'avais perdu Claude et je n'avais jamais atteint Stevan. Le travail d'archéologie que je faisais pour gagner ma vie n'était pas un but, mais le moyen de vivre une vie sans but. Je me moquais éperdument des chapiteaux de romans.
Mes collègues du musée m'ennuyaient. Mes amis m'étaient indifférents. Aller au cinéma ou au théâtre m'ennuyait autant que de tricoter, de lire des romans ou de ne rien faire. Tout était en somme égal, et égal à zéro. »
Terrible lucidité dans l'analyse que quiconque s'empêcherait de faire pour se protéger du néant. Aude a le courage (mais a-t-elle le choix?) de sa clairvoyance, de son discernement, de son analyse, sans illusions, d'elle-même. Elle semble marcher sans cesse sur un fil, au risque, à tout moment, de chuter. Aude est archéologue de métier (Édith était archiviste paléographe) : elle semble s'observer elle-même, classant, analysant ses sentiments, ses émotions avec la rigueur d'une scientifique, ce qui la conduit à un bilan pour le moins désespéré, s'il en est.
Ce qui fascine chez Aude, c'est aussi la modernité de sa pensée. Est-elle féministe ? Oui, elle l'est assurément et remet en cause ce que l'on assigne aux femmes, la place où la société leur demande de se tenir : « je n'ai jamais accepté d'être une femme, ou plutôt je me suis toujours révoltée contre l'idée qu'on m'en proposait. L' « éternel féminin » me semblait ridicule, une invention masculine fabriquée au cours des siècles par les hommes et pour eux. », « Une femme n'est-elle jamais qu'un reflet qui change au gré de l'homme qu'elle rencontre ? » Mais cela va bien plus loin : Aude refuse presque la notion de genre et ce qu'elle dit de ses sentiments pour Claude me semble d'une modernité incroyable : « En y réfléchissant, je m'apercevais que je ne songeais jamais à Claude comme à une femme. Nous étions seulement deux êtres humains en face l'un de l'autre, spirituels, presque asexués ». Quant aux relations physiques, ses propos frappent par leur sincérité : « J'avais cru aimer les hommes et ils n'avaient pas été mes amants. J'avais pris des amants, et c'étaient des hommes que je n'aimais pas. L'amour et l'acte de l'amour avaient toujours été pour moi parfaitement distincts. Ces expériences me permettaient de considérer l'acte physique de l'amour comme dénué de toute importance. Parmi les différentes actions que l'on peut commettre, c'est encore celle qui vous engage le moins. »
Quelle honnêteté dans les propos de cette femme qui refuse, au nom de sa liberté, de se plier aux convenances de la morale bourgeoise, une femme qui « ne se paye pas de mots. » Seule, la vérité est son guide. Tant pis si les autres n'ont pas la même. Elle l'exprime à plusieurs reprises dans le texte : tous ses actes, ses propos sont réfléchis et assumés. Aude est une femme libre, elle fera ce qu'elle croit être juste et en correspondance avec sa vision de la vie.
Inutile de vous dire, encore une fois, que la découverte de ce texte et de cette auteure ont été pour moi une expérience essentielle : ce refus du mensonge et de l'illusion m'apparaît digne du plus grand respect . « Ni à travers un être, ni à travers une idée je n'avais su donner un sens à ma vie. Des millions de gens vivent ainsi et s'en contentent. Je n'étais pas de ceux-là. » Qui peut avoir le courage d'oser penser cela ?
De plus, j'admire cette nécessité fondamentale qu'elle a d'être en accord avec elle-même et d'assumer jusqu'au bout ses moindres actions, si opposées soient-elles à la morale de la société. Comment ne pas l'admirer ?
Une postface passionnante de Nicolas Chevassus-au-Louis rappelle à quel point Édith Thomas a été de tous les combats, osant dire à voix haute, à travers de nombreux articles de journaux notamment, ce que d'aucuns préféraient passer sous silence, et ce, avec une telle perspicacité dans ses analyses et une telle indépendance d'esprit que l'on ne peut qu'être fasciné par l'intelligence et le courage de cette femme.
Je ne peux que vous conseiller de lire Le Jeu d'échecs. Qui sait ? Vous n'aurez peut-être pas l'occasion de recroiser Édith Thomas et donc de la rencontrer et croyez-moi sur parole, vous perdriez beaucoup. Vous serez inévitablement touché par la modernité de son propos et la sincérité qui est la sienne à chaque page. Quant à son écriture, elle achèvera de vous enchanter.
A découvrir (auteure et œuvre) de TOUTE URGENCE !!!