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samedi 5 novembre 2016

Les feuilles d'ombre de Desmond Hogan


Éditions Grasset

« C’est une image de verre qui persiste quand je repense à ces années, la confection d’un vitrail, pièce par pièce sur fond de ciel. Il y avait tant d’images, chacune un atome de ce vitrail, une couleur, un ton, une variation, chacune en partance vers une vérité totale. »
Cette métaphore du vitrail m’évoque précisément l’impression que m’a laissée ce livre : un ensemble de scènes empreintes de nostalgie, écrites dans une langue très poétique, et qui  évoquent l’adolescence de cinq jeunes gens d’un milieu aisé dans une Irlande en proie à de violents déchirements entre catholiques et protestants.
Quelque chose, peut-être, comme Jules et Jim d’Henri-Pierre Roché réécrit par Whitman…
Le narrateur Sean McMahon, avocat, marié, trois enfants, a trente-sept ans lorsqu’il ressent le besoin de faire « un détour vers le passé. »
 « Des images envahirent ma vie comme des ballons, dit le narrateur, je revivais des moments, pimpants comme des jonquilles écloses ».
Alors surgit, comme dans un rêve, avec le flou lié aux contours imprécis du souvenir, l’adolescence de Sean en Irlande dans les années cinquante auprès de son ami Liam, beau jeune homme dont la mère Mme Kenneally, d’origine russe, femme fragile, marquée par la révolution russe, fascine le narrateur.
Après avoir été internée, celle-ci se suicide en entrant « au fond d’un fleuve sans fond ».
Le fantôme de cette « femme de légende » restera présent tout au long de l’œuvre, jetant le voile de la mort et de la perte sur l’existence de son fils et de Sean.
Après le lycée, les deux garçons entrent à l’université de Dublin. Liam étudie la littérature et lit Whitman, Sean étudie le droit. Ils fréquentent les cafés, les cinémas, les filles : Christine Canavan qui traverse Dublin sous une ombrelle couleur lilas et Sarah Thompson, jeune dublinoise vêtue de « jupes longues, blanc et citron. » Cette dernière attire les deux garçons… Et, tandis qu’ils pensent peut-être s’étourdir de danse, de whiskey, de sexe, de poésie et de vent soufflant sur la mer d’Irlande, ils entendent rugir les tensions au loin. Des jeunes gens de leur âge sont blessés, d’autres sont tués…
Sean se souvient avec nostalgie des « Wicklow », au sud de Dublin : « Parcourez ces sentiers, ces lieux féériques, sortis des contes de Grimm et d’Andersen », paysages qu’il traverse et qu’il aime, pièce de vitrail qui s’ajoute à toutes ces pièces de souvenirs qui affleurent à la surface de la mémoire et qui font dire à Sean qu’il a vécu quelque chose de merveilleux.
Illusion, réalité ?
Je me suis laissé porter par cette prose poétique envoûtante évoquant sans cesse une nature colorée d’une beauté fulgurante : boutons d’or, tulipes jaunes, primevères, iris, narcisses sur fond de ciels gris parsèment le texte de touches de pinceau… Presque un livre à colorier…
Tentative de reconstitution d’un « puzzle de vie », pièces colorées que l’on tente de rapprocher, dessins que l’on essaie de recréer tout en sachant que chaque trait est à jamais effacé. Des personnages, telles des ombres, des silhouettes diaphanes, que l’on croise sans jamais savoir qui ils sont vraiment…

Un roman-poème élégiaque et mélancolique sur l’amour, l’amitié, la perte, le temps qui passe et l’indicible beauté mystérieuse des terres d’Irlande. 

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