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lundi 15 juin 2026

Le Volume du temps de Solvej Balle

Éditions Grasset
traduit du danois par Terje Sinding
★★★★★

LU D’UNE TRAITE et pourtant je suis loin d’être une grande lectrice de science-fiction. Les univers futuristes, les prouesses technologiques ou les récits d'anticipation ne sont pas vraiment ce qui m'attire en littérature. Pourtant, « Le Volume du temps » de Solvej Balle a retenu mon attention. Pourquoi ? Peut-être parce que l’histoire de l’autrice est incroyable : après avoir voyagé, suivi des études de lettres à Paris VII et travaillé à Shakespeare and Company, elle s’est retirée du monde sur l’île de Ærø au sud du Danemark pendant vingt ans pour écrire ce texte auto-édité. Elle a reçu en 2022 le Grand Prix de littérature du Conseil Nordique.

Et j’ai bien fait de m’y intéresser car c’est une de mes plus belles découvertes de ces derniers mois.

Honnêtement, ça ne ressemble à aucun livre de science-fiction. Que je vous raconte : Tara Selter, antiquaire spécialisée dans les livres anciens, installée avec son mari dans la région de Lille, se réveille un matin et découvre qu'elle revit un jour qu’elle a déjà vécu : le 18 novembre. Le lendemain aussi. Puis les jours suivants. Elle seule semble consciente de cette anomalie, ce qui la plonge dans une grande solitude.

Je vous le dis tout de suite : la boucle temporelle dans laquelle Tara est coincée n'est pas un ressort narratif essentiel même s’il crée un certain suspense. Elle devient plutôt le point de départ d'une réflexion vertigineuse sur le temps, la solitude, le rapport aux autres et notre manière d'habiter le monde.

Ce qui m'a particulièrement frappée, c'est que, d'une certaine façon, il ne se passe presque rien dans ce roman. Il n'y a pas de rebondissements permanents ni de révélations fracassantes. Le récit avance lentement, au rythme des observations de Tara, de ses tentatives pour comprendre ce qui lui arrive et de son adaptation progressive à cette situation absurde.

On est plus dans une réflexion existentielle voire philosophique ou métaphysique : Tara prête une grande attention aux plus petits détails : une pluie qui tombe toujours de la même manière, le mouvement d'un arbre dans le vent, le comportement des oiseaux, les objets déplacés, les gestes quotidiens répétés à l'identique. À mesure que les jours s'accumulent, Tara développe une connaissance presque intime de son environnement, ce qui lui donne une certaine forme de connaissance et de liberté puisqu’elle voit des choses qu’elle ne percevait pas avant.

J'ai adoré le ton du livre, fait de silence, de contemplation et de réflexion. Solvej Balle prend le temps d'explorer ce que signifie vivre lorsque toute perspective d'avenir disparaît. Comment continuer à exister quand plus rien n'avance ? Comment préserver un lien avec les autres ? Comment donner du sens à ses journées lorsqu'elles sont toutes identiques ?

Il y a également quelque chose de profondément poétique dans l’écriture. L'autrice fait du quotidien, de l'ordinaire, sa matière romanesque et parvient à rendre passionnants les gestes les plus anodins, nous invitant par là même à ralentir, à observer, à réfléchir à notre propre rapport au temps.

« Le volume du temps » est un texte singulier, vraiment fascinant, hyper addictif qui m'a complètement embarquée. J’ai déjà commandé le 2e tome… il y en a 7 !


 

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