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lundi 7 mai 2018

Un mariage anglais de Claire Fuller


 Éditions Stock
traduit de l'anglais par Mathilde Bach
★★★★☆ (J'ai beaucoup aimé)

Il y a fort longtemps, je m'étais entichée de Carson McCullers au point de dévorer toute son oeuvre et toutes les biographies à son sujet. Or, il m'a semblé retrouver dans le dernier roman de Claire Fuller : Un mariage anglais des éléments qui m'ont rappelé les textes de l'écrivaine américaine. Quoi précisément ? Alors là, je vais avoir du mal à justifier ma pensée car ces lectures commencent à dater, mais peut-être... le portrait de certains personnages comme Flora, jeune femme sensible, fragile, un peu en marge, la présence aussi de dialogues parfois énigmatiques et pas toujours très logiques dans leur progression, mimant en cela le réel, et enfin une certaine dimension féministe.
J'ai beaucoup aimé ce roman fondé sur une triple temporalité : 2004, 1992, 1976.
Nous sommes en 2004 donc : tandis qu'il fouinait dans une librairie de livres d'occasion à la recherche de la perle rare, Gil Coleman a cru apercevoir Ingrid, sa femme, dans la rue. Le problème, c'est que son épouse a disparu en 1992. S'est-elle noyée accidentellement comme tout le monde le pense, ou bien a-t-elle volontairement quitté le domicile conjugal pour refaire sa vie ailleurs ?
Des lettres d'Ingrid datées de 1992 qu'elle destinait à son mari, préférant lui écrire ce qu'elle n'osait lui dire, lettres qu'elle a cachées dans différents romans, vont petit à petit livrer au lecteur leurs secrets et révéler la façon dont en 1976, la jeune étudiante est tombée amoureuse de son professeur de littérature à l'université, le séduisant et très séducteur Gil Coleman. C'est alors que le destin de cette femme qui rêvait de voyager avec son amie Louise, d'être indépendante et de ne surtout pas suivre le modèle de sa propre mère va totalement basculer : elle va se retrouver dans un petit village du sud de l'Angleterre, mariée, avec deux petites filles et un mari devenu écrivain à succès, souvent absent. Comment cette femme, Ingrid, va-t-elle faire face à une situation qu'elle n'avait absolument pas envisagée ?
Ce que j'ai aimé dans ce roman, c'est que tout se met en place très progressivement, aussi bien le portrait des personnages que les événements qui ont eu lieu dans le passé. Le mystère se dévoile petit à petit et le puzzle prend forme, ce qui tient évidemment le lecteur en haleine jusqu'au bout.
Par ailleurs, comme je le disais au début de l'article, j'ai apprécié la vivacité des dialogues et leur caractère parfois décousu et ainsi très crédible, notamment lorsque la plus jeune des deux filles de Gil, Flora, d'un tempérament entier et vif, s'emporte ou s'interroge avec angoisse sur le sens de la vie et des événements qu'elle traverse. J'ai trouvé ce personnage, qu'on croirait directement sorti d'un roman de Carson McCullers, particulièrement attachant . Elle est entière, spontanée, souvent obstinée et, au fond, très naïve. Elle n'a pas compris le sens de ce qui se passait chez elle quand sa mère a disparu et c'est normal puisqu'elle était très jeune. La voir prendre progressivement conscience de la réalité est très émouvant. Elle veut croire que la femme que son père a vue sur le trottoir est bien sa mère et s'attache comme elle peut à ses rêves. Or, la réalité la heurte constamment et souvent violemment. Proche de son père Gil, elle ressemble, à la réflexion, beaucoup à sa mère. Quant à sa sœur, Nan, elle en sait peut-être plus que ce qu'elle veut bien dire sur les événements passés...
Que cache ce mariage anglais ? De l'amour, c'est certain mais aussi beaucoup de souffrance, de regrets et surtout, une culpabilité telle qu'elle torture les êtres au point de les empêcher de vivre.
Je voulais ajouter aussi deux choses qui me resteront de ce roman : l'admirable évocation de la nature, notamment de la mer et du plaisir indicible de nager et d'offrir son corps au mouvement des vagues.
Enfin et surtout, l'évocation des livres qui envahissent petit à petit toute la maison de Gil, des piles et des piles qui atteignent une hauteur vertigineuse menaçant à tout moment de s'effondrer...
Des personnages McCullersiens (?), des livres jusqu'au plafond et la mer, la mer… Tout ce que j'aime au fond !


PS : J'en profite pour préciser qu'en 2017, les Éditions Stock ont réédité en grand format les titres suivants : Frankie AddamsLe Coeur est un chasseur solitaireReflets dans un œil d'orL'Horloge sans aiguilles et La Ballade du café triste et autres nouvelles. Ces titres sont préfacés par Arnaud Cathrine, Eva Ionesco, Nelly Kaprièlan, Véronique Ovaldé.  






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