Si je vous dis que lire ce livre, c’est voyager, vous allez me dire que je sombre dans les pires clichés (avec cette chaleur, l’esprit tourne au ralenti!) Et pourtant, c’est VRAI : tandis que je me liquéfiais entre deux heures de cours dans une salle des profs devenue une étuve, je profitai d’une légère percée de lumière entre deux lattes de volet cassé pour lire « Une saison à Téhéran » et honnêtement, le climat aidant, je me suis sentie loin, très loin, perdue dans les petites rues de Yazd sous un soleil de plomb... et c’était merveilleux.
Ce n’est pas le premier livre que je lis sur ce pays mais la différence, c’est que Lucie Azema n’a pas souhaité partir pour prouver qu’elle n’avait peur de rien ou ne parler du pays qu'à travers son régime politique. Non, elle a fait le choix de raconter la vie quotidienne : celle des tasses de thé qui ponctuent les journées, des taxis qui sillonnent Téhéran (coup de coeur pour le mostaghim qui n’avance qu’en ligne droite!), des cafés et des librairies où l'on passe des heures à discuter, des marchés, de la cuisine, des oiseaux qui accompagnent les matins, de la musique, de la poésie, des histoires d'amour et d'amitié et de cette manière si particulière qu'ont les Iraniens de prendre le temps (être en retard est une règle de vie!)
Elle a vécu plusieurs années en Iran, appris le persan, enseigné le français et partagé le quotidien de nombreuses familles. À travers son regard sensible, sincère, on découvre un Iran intime : elle nous fait entrer dans une culture qu'elle aime plus fort que tout. Elle s’intéresse à la poésie et à la langue persane qu'elle décrit avec passion et précision, à l’art des délicates miniatures, aux motifs des tapis, aux traditions.
Elle raconte des anecdotes souvent très drôles sur les mœurs si différentes des nôtres comme cette règle de politesse qui consiste toujours à refuser quand on vous propose quelque chose.
Elle n’oublie pas de parler de la situation politique et des atteintes aux libertés mais elle préfère mettre au centre de son livre les femmes et les hommes qu'elle a rencontrés, leur hospitalité et leur immense générosité.
C'est sans doute ce qui rend ce texte si touchant : il ne cherche ni à idéaliser ni à condamner mais simplement à montrer un pays dans toute sa complexité et son humanité. On ressent à chaque page l'attachement profond de l'autrice pour cette terre où elle a vécu, aimé et construit une partie de sa vie.
Son écriture est poétique, sensuelle, parfois mélancolique, toujours lumineuse. On découvre Téhéran, mais aussi Ispahan, Shiraz ou Persépolis et même l’île de Qeshm dans le détroit d’Ormuz... autant de lieux chargés d'Histoire où l’on peut admirer palais, jardins, mosquées ou paysages somptueux qu’elle nous dévoile à travers SON regard, SES sensations et SES émotions. Son texte donne à voir, à écouter, à sentir, à respirer. Il est vivant et incarné.
J’ai adoré cette lecture profondément humaine qui m’a « physiquement » fait voyager. Je suis simplement triste de me dire que je ne verrai peut-être jamais ces lieux ni ne rencontrerai ces gens…
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