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lundi 12 mars 2018

Les soeurs de Fall River de Sarah Schmidt


 Éditions Rivages
 ★★★★☆(J'ai beaucoup aimé)

« Lizzie Borden prit une hache
Et en donna quarante coups à sa mère
Et quand elle vit ce qu'elle avait fait,
Elle en donna quarante et un à son père. »
Charmant, n'est-ce pas ? C'est la petite comptine que criaient les marchands de journaux le jour du procès de Lizzie Borden...
Une histoire incroyable et ...vraie, en plus ! Je vous en dis deux mots :
Nous sommes le 4 août 1892, à Fall River (Massachusetts) au 92 Second Street. En cette fin de matinée, il fait une chaleur étouffante. Dans la famille Borden, tout le monde est malade et passe son temps à vomir … Enfin, quand je dis tout le monde, ce n'est pas tout à fait exact : Lizzie (la fille), 32 ans, semble avoir échappé à l'intoxication alimentaire ou à… l'empoisonnement…
Le père, Andrew Borden, est rentré du travail plus tôt tellement il se sentait mal, la belle-mère Abby se plaint de maux de ventre et la bonne Bridget a du mal à accomplir le travail harassant qu'on lui a demandé : laver les vitres.
Seule, Lizzie traînasse d'une pièce à l'autre, désoeuvrée, cueille une poire dans le jardin, la mange et poursuit son errance... Elle en veut à son aînée, Emma, d'être partie chez son amie Helen à Fairhaven. Lizzie trouve le temps long. Heureusement John, son oncle, a rendu visite à la famille et introduit un peu de mouvement dans cette maison où chacun semble dans un sale état. La journée avance lentement. L'air est irrespirable. Le silence est tel qu'on entendrait une mouche voler. Lizzie entre soudain dans la pièce où se repose son père. C'est le choc. Elle découvre horrifiée un cadavre atrocement mutilé. Le crâne a été fendu par plusieurs coups de hache, la pièce baigne dans le sang. Lizzie hurle : « Quelqu'un est entré et l'a découpé ». La bonne accourt, crie, fonce chercher le docteur Bowen puis arrivent Mme Churchill, la voisine et la police.
Tous demeurent incrédules : qui a pu commettre un crime d'une telle violence à Fall River ? Peu de temps après, montant chercher un drap pour envelopper le corps d'Andrew Borden, les voisines découvrent un deuxième cadavre : celui de la belle-mère qui a été assassinée elle aussi !
Panique à bord !
La maison était fermée à clef. Ni Lizzie ni Bridget n'ont entendu le moindre bruit. Ni l'une ni l'autre n'ont la moindre tache de sang sur leurs vêtements…
Je ne peux m'empêcher de penser au crime dont parle Philippe Jaenada dans La Serpe : père, tante et bonne assassinés, portes du château verrouillées de l'intérieur, aucune tache de sang sur les vêtements du suspect, Henri Girard…Et le mystère demeure...
Je suis allée fouiller sur Internet : les faits décrits dans Les sœurs de Fall River, dans l'ensemble, sont exacts (à un élément près que je tais pour des raisons de suspense), Sarah Schmidt livre d'ailleurs au lecteur une chronologie très précise à la fin du roman.
Ce qui fait, à mon avis, l'intérêt de ce texte, outre l'évocation de cette histoire absolument incroyable qui est devenue un mythe et a donné lieu aux États-Unis à un nombre incroyable de romans, BD, films, pièces de théâtre, musiques, ballets….. , c'est cette atmosphère étouffante, voire parfois franchement écoeurante, qu'a réussi à créer l'auteur (âmes sensibles s'abstenir) : on sent un terrible malaise et l'on a l'impression que les liens entre les personnages, s'ils contiennent de l'amour, sont loin d'être dépourvus de haine, ce qui laisse supposer que chacun d'entre eux aurait très bien pu commettre un tel crime.
En effet, dans ce roman choral, les personnages prennent la parole tour à tour, exprimant leur point de vue sur les autres membres de la famille, les événements.
Le portrait de Lizzie, femme-enfant assez fantasque, sensible, un peu folle, est particulièrement fascinant : qui est-elle au fond ? est-elle aussi fragile qu'elle en a l'air ? cache-t-elle quelque chose ? C'est vraiment un personnage étrange, difficile à cerner : elle dit une chose, puis son contraire, répond souvent à côté ou en usant de formules assez étranges, rit et pleure presque en même temps, à tel point qu'on se demande quels sont ses sentiments profonds.
De son côté, Bridget, la bonne, rêve de retourner dans son Irlande natale mais sa patronne la retient contre son gré : jusqu'où serait capable d'aller la jeune fille pour se libérer de cette prison qu'est devenue pour elle la maison des Bowen ?
Et Emma, la sœur aînée ? Était-elle vraiment chez son amie, aurait-elle eu le temps de faire un aller-retour ? Comment supporte-elle cette sœur un peu loufoque à laquelle on passe tous les caprices, cette sœur dont elle doit s'occuper et qui l'empêche de vivre sa propre vie ?
Et l'oncle John, pourquoi est-il revenu ? Que cherche-il ? Quelle haine porte-t-il en lui ?
Un monstre se cache-t-il à l'intérieur de l'un de ces personnages? Ou bien, quelqu'un est-il venu de l'extérieur régler ses comptes avec Andrew Borden ?
Plus l'on avance dans l'oeuvre, plus nous sont dévoilés des éléments du passé ou de la personnalité de chacun des protagonistes. Tous semblent avoir leurs secrets, leurs mystères, leur part d'ombre.
On ressort de ce roman avec l'impression d'avoir baigné dans une atmosphère oppressante au possible, à la limite je trouve, parfois, du fantastique : en effet, Lizzie semble percevoir le monde de manière déformée et la maison elle-même, les meubles, la pendule donnent l'impression de participer à ce sentiment d'étouffement, de suffocation. Tout semble collant, sale, poisseux et même, disons-le, puant (ah les odeurs de ragoût de mouton...)
Le lecteur semble lui aussi comme retenu prisonnier dans ce terrible huis clos macabre.
Quelle atmosphère effrayante !
Un thriller psychologique envoûtant...

Une vraie réussite !


                                  Lizzie Borden

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