J’ai quelques réserves au sujet du film « Fjord » qui a remporté la Palme d’Or 2026. Rien à dire sur le jeu des acteurs. En revanche, le message du film me gêne un peu. Deux mots sur l’histoire : une famille roumaine vient s’installer au bord d’un fjord en Norvège. Ils ont cinq enfants. Lui (Mihai) est informaticien, elle (Lisbet), aide-soignante. Ils sont très croyants, quasi intégristes et élèvent leurs enfants de façon très traditionnelle : prières régulières, lectures de la Bible, récitations de passages bibliques, obéissance absolue aux parents sinon fessée, points distribués pour leurs bonnes et mauvaises réponses au catéchisme dispensé par le père, piano, chants religieux en compagnie de gens de la paroisse, lectures, éducation stricte sans jeux vidéo ni téléphone portable. Ils sont très humains, très empathiques, gentils avec tout le monde, prêts à aider, à rendre service. Une vraie petite famille Amish bien organisée. Personne ne bronche là-dedans. Des gens dévoués et des gamins bien éduqués.
Mais les parents vont être accusés de battre leurs enfants. Le film ne dira pas si c’est le cas, le père avouant seulement quelques fessées.
De l’autre côté, la Norvège progressiste en prend un sacré coup avec une peinture froide et complètement caricaturale d’une Aide Sociale à l’Enfance à la fois inhumaine et sans empathie aucune qui retire violemment les enfants à leurs parents, sans preuves et pour des raisons qui semblent relever plus d’une forme de xénophobie qu’autre chose. La justice ne s’en sort guère mieux : l’avocat de l’Aide à l’Enfance étant présenté comme un être glacial ; quant à l’école laïque,
bornée, elle ne supporte pas que quelqu’un -Mihai en l’occurrence- joue par inadvertance un petit air de musique religieuse sur un piano, et surtout, elle s’empresse de dénoncer cette famille, sans savoir et sans comprendre ce qui s’y passe vraiment. Les voisins (le directeur de l’école et la future avocate des accusés) ont pourtant des côtés plutôt sympathiques mais leur fille, un brin hystérique et contestataire, a tendance à détourner les enfants roumains du droit chemin en leur faisant prendre des risques : sauter par la fenêtre, faire du bateau la nuit, tenter une fugue (mais ouf, les enfants-roumains-bien-élevés-et-droits-dans-leurs-bottes sauront refuser), fille non soumise à son père (dont une scène suggère rapidement qu’il est peut-être incestueux), fille dont on devine qu’elle entraîne la gamine roumaine vers l’homosexualité. J’ajoute aussi que ce n’est qu’en la présence de Lisbet que le grand-père handicapé vivant chez les voisins parlera enfin et c’est encore à Lisbet (capable d’écoute, elle!) qu’il confiera ses dernières volontés. Au sein de la famille, il reste muet (personne pour communiquer avec lui,) et seul (il finira placé dans un EHPAD malgré Lisbet (encore elle!) qui souhaiterait continuer à s’occuper de lui.) Bref, le pays le plus démocratique du monde n’est pas beau à voir. Ainsi, il m’a semblé que dans ce film, du côté norvégien, tout est caricaturé à l’extrême : les institutions, la justice, les gens...
Même la géographie avec les avalanches à répétition et les montagnes jusqu’au ciel n’aide pas à s’y sentir bien.
Au contraire, Mihai et Lisbet catholiques intégristes (interprétés par les deux acteurs les plus connus du film : Sebastian Stan et Renate Reinsve) et possiblement maltraitants apparaissent comme les pauvres victimes d’une société occidentale moderne pervertie qui marche à l’envers, met les gens en prison pour quelques fessées (qui n’ont jamais tué personne, hein, c’est bien connu), qui laisse les gamins s’abrutir avec les portables et les jeux vidéo, parler de sexualité en classe et sortir la nuit pendant que les parents boivent du vin, langoureusement assis sur un canapé bien douillet. Bref, du grand n’importe quoi qu’il faut quitter très vite si l’on veut élever correctement ses enfants.
La sympathie du spectateur va naturellement du côté des Roumains, les seuls à avoir un peu de coeur et d’humanité dans ce pauvre monde de gens insensibles, sans empathie, aussi réfrigérants et froids que leur pays ...
Autrement dit, loin d’être équilibrée, la balance penche à mon avis trop nettement d’un côté et cela m’a gênée. Dommage que la société norvégienne et notamment ses institutions soient caricaturées à ce point et décrédibilisées.
Et vous, qu’en avez-vous pensé ? Avez-vous eu la même lecture que moi ?
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